Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

le chagrin sans pitié

Publié le 29 Juillet 2011 par F/.

J'ai rencontré le diable : Kim Jee Woon serait un peu, et toutes proportions gardées, un Shakespeare malade du 21e siècle, mâchoires serrées & rictus aux lèvres. Drame absolu, violence inouie, et toujours un brin d'humour - ce film, il faut bien l'avouer, m'a cloué à mon fauteuil. Idée de promo (ou peut-être pas) : une vidéo amateur me suivant ensuite dans le bobo-store du MK2 Bibliothèque, errant, hébété, et ne cessant de murmurer "putain, putain." Voilà ce qui arrive quand on va voir un film tout seul et qu'on décide de se laisser maltraiter. La qualité exceptionnelle de la photographie et de la mise en scène, la band-son graduellement réduite à une série de martellements sourds forment, hélas, un écrin parfait à cette tragédie. L'histoire est connue : un agent secret dont la fiancée a été sauvagement assassinée décide de se faire justice lui-même. Ayant retrouvé le meurtrier, il le force à avaler un émetteur qui lui permet désormais de le suivre à la trace et de le torturer à loisir. Qui est le plus cinglé des deux ? Si c'était une question, il n'y aurait pas de réponse. Le tueur, superbement incarné par Choi Min-sik (l'inoubliable Old Boy), est une machine hors de contrôle, insensible à la douleur et à la peur, pour lequel aucune rédemption n'est possible. Qu'on se représente la chose : la fiancée de Soo-hyun, enceinte, suppliante, a été violée, méthodiquement massacrée, découpée en morceaux. Que feriez-vous si vous saviez vous battre ? Le vengeur frappe en aveugle qu'il est devenu, sans passion, mécaniquement. Le diable du titre, c'est son âme à lui, morte, vidée de toute substance. Il espérait trouver, en la noirceur de son double, un contrepoint à sa douleur ; il ne découvre en vérité que du vide. J'ai rencontré le diable est un film sans concession, presque sans pathos, une danse vaporeuse habitée par l'idée de l'irrémédiable perte : des repères, de l'humanité, de l'espoir. Dans une Corée visiblement livrée à une violence sans retour, où la plupart des meurtriers et des flics - scènes très étranges, d'ailleurs - ne peuvent s'empêcher de sourire ou de ricaner (comme, d'ailleurs, un certain nombre de spectateurs - manière pathétique de tenir l'horreur à distance) dans les situations les plus incongrues, deux trajectoires s'entrelacent, irrémédiables et perdues. La froide violence de Soo-hyun est sans objet, elle se suffit à elle-même. La dernière minute, où on le voit tituber, foudroyé par la douleur qu'il consent enfin à accueillir en lui, lave si besoin était le film de tout soupçon de complaisance. Kim Jee-Woon montre simplement les choses telles qu'elles sont parfois : sans lumière. Un public averti en vaut deux.

 

http://data-allocine.blogomaniac.fr/mdata/4/2/1/Z20080309092053843918124/img/1310045394_i_saw_the_devil.png

commentaires

here and now

Publié le 26 Juillet 2011 par F/.

Super 8 : mouais, assez déçu. Encore un film écartelé entre son thème (le cinéma) et son sujet (E.T. en plus couillu). L'hommage obsessionnel aux années 80, transparaissant jusque dans la gestion des éclairages et la platitude du scénario, détourne in fine le réalisateur de son histoire. Du coup, c'est du Spielberg-like, certes, c'est une performance, d'accord, mais who cares ? On le sait, que J.J. Abrams est potentiellement un réalisateur de talent. Mais quand est-ce qu'il nous offre un vrai film ? Star Trek, Mission impossible, et maintenant ça... Quelqu'un devrait peut-être lui expliquer que le 21e siècle a officiellement commencé.

D'une façon générale, je crois que ce genre d'excercices de style m'ennuie. On finit toujours par se demander si les intéressés ont réellement quelque chose à raconter, s'ils ne sont pas juste fascinés par le medium et prisonniers d'une époque. Présenter J.J. Abrams comme le héraut d'une nouvelle génération serait un peu comme affirmer que Amy Winehouse a révolutionné la pop-music. Ah, pardon, on me signale que ça a déjà été fait.

 


 

Joy & freedom : je vais prochainement, et non sans jubilation, me remettre à la dramatique radiophonique. Tous les deux ans, je revois ma copine de France Culture et tous les deux ans, c'est comme si c'était hier : les projets se bousculent. Des nouvelles tout bientôt.

 


 

Commencé le premier tome de 1Q84 de Haruki Murakami que je dois chroniquer pour fluctuat.net. Toujours le même mystérieux et lancinant plaisir. Toujours cette action lente, cette impression factice de répétition, ce fil invisible tendu entre Marc Lévy et une immense poésie urbaine - toujours cette faculté de rester du bon côté et cette question dont la réponse annihilerait tout : bon sang, mais comment fait-il ?

 

http://www.culture-cafe.fr/site/wp-content/uploads/2011/05/1Q84_Livre-1p-150x150.jpg

commentaires

elle et lui de l'autre côté

Publié le 22 Juillet 2011 par F/.

Elle est là, affalée plus qu'assise, la tête renversée en arrière, les lèvres trop sèches, réduite à l'état de squelette. Elle ne nous voit pas. Elle ne peut plus parler. Elle ne peut plus bouger. Il paraît qu'elle nous entend. On nous l'affirme. C'est difficile à imaginer. De temps en temps, elle émet un son, une sorte de grognement dont nous ne connaissons pas le sens. Nous disons les mots qu'on dit dans ces moments-là, presque sans y penser. Ma femme lui touche la main. Elle dit "nous sommes là." Je lui touche la main aussi, le genou. Je n'ose plus rien regarder, je n'ose plus rien, juste les détails de la chambre, un tableau, un rideau froissé, quelques menus objets.

Il vient la voir chaque jour que Dieu fait, et parfois deux fois par jour. Il viendrait à genoux s'il le fallait, c'est une certitude. Ici ? Il connaît tout le monde. Il plaisante avec les malades, avec les infirmières. A Noël, il a offert une bouteille de Crémant d'Alsace à chacune d'elle. Cinquante-sept bouteilles. Il est, depuis toujours, coutumier de ce genre d'exploits. C'est un surhomme, il est connu pour ça. Quand il avait vingt-cinq ans, dans sa grande maison à Strasbourg, les gens venaient chez lui, tout le monde, et lui dormait dans le couloir. La première fois que je l'ai vu, il m'a dit voilà, tu peux me tutoyer, je suis ton oncle. C'est quelqu'un qu'on ne peut qu'adorer. C'est quelqu'un à qui il est difficile de penser sans pleurer, désormais. C'est quelqu'un qu'on aimerait être et qu'on ne sera jamais.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrent ; l'ascenseur donne presque directement sur sa chambre à elle. La porte est ouverte. Nous entrons. Il y a ce silence contre lequel nous ne pouvons rien. Il y a le temps qui ne passe pas de la façon qu'il faut. Il y a l'impression tenace que tout est déréglé, que quelqu'un, quelque part, s'est trompé. Il s'avance comme si de rien n'était. Il la rajuste dans son fauteuil. Il bouge un peu sa sonde. Il lui parle. Il lui dit que nous sommes là. Il lui dit que nous étions en famille hier et que nous avons bien rigolé mais qu'elle nous a manqué, bien sûr. Je ne sais pas comment il fait - vraiment, je n'en ai pas la moindre idée.

Je me penche vers elle. Je lui dit "je vais t'embrasser mais je te préviens, je ne suis pas rasé du tout alors ça va piquer un peu." Et je me penche et je l'embrasse et ses lèvres bougent et nous savons tous trois qu'elle sourit, et ça me transperce. Elle sourit. Elle comprend tout. J'avais espéré le contraire mais elle entend tout - elle comprend tout, mon Dieu.

Nous partons à reculons. Nous ne disons pas "au revoir" ou "bon courage" ou "à bientôt" car tout ça ne signifie rien. Lui, il reste, il va rester, il doit rester. Il nous souhaite bon retour. Déjà, il nous tourne le dos. Il est à elle, c'est tout. Et nous croyons savoir ce que c'est que l'amour. Et nous gémissons parce que machin a dit ça, parce que truc nous emmerde, parce que les gens sont mesquins, parce qu'il pleut, parce que l'essence augmente, parce que tel livre ne se vend pas si bien que ça. Décidément, nous sommes encore des enfants.

Il va lui humecter les lèvres avec une sorte de coton. Il va la redresser un peu sur son fauteuil encore. Il va lui dire qu'elle est coquine. C'est un mot qu'il est capable de dire. "Coquine." Elle pèse 38 kilos et elle ne bouge plus. Est-ce qu'il voit ça ? Est-ce qu'il sait ça ? Peut-être qu'il est ailleurs. C'est ce que je dis à ma femme. "Dans un autre monde." Une bulle de passé. Protégé par l'amour. Nous ne mesurons pas ce que ça signifie. Etre là pour elle. Etre là.

Il va plaisanter un peu. Il va lui demander si elle a vu son "amoureux" aujourd'hui. Et puis il va parler aux médecins. Pour qu'ils lui racontent quoi ? J'ignore s'il y a quelque chose à dire, à régler, à ajouter. J'ignore si le mot "décision" peut revêtir encore un sens. Lui ? Je crois que j'ai déjà tout dit sur lui, je crois qu'il n'y a rien à ajouter. J'essaie de m'imaginer à sa place mais ça ne mène nulle part. Une fois encore, je le regarde, debout sur le seuil. Nous pensions tous qu'il ne survivrait pas à ça, qu'il ne lui survivrait pas à elle mais, de toute évidence, c'est ce qui va se passer, il va le faire. Ils se connaissent depuis plus de quarante ans. Ils ont tout traversé. Et maintenant ça. Il me dit "c'est idiot, non ?" Je pourrais le serrer contre moi, et puis quoi ? Nous pleurerions, ce serait si facile. 

Sur la route du retour, nous n'échangeons que quelques paroles. Nous pensons à nous avant tout - toujours à nous, c'est la vie. Nous ne vivrons pas ça, c'est ce que nous nous promettons. Nous ne laisserons pas ça advenir. De toute façon, nous n'en serions pas capables. Je dis "c'est ce qui se rapproche le plus de l'enfer". Mais qu'est-ce que je connais à l'enfer ? Je revois son visage crispé, ses yeux révulsés. Je revois cette ombre de sourire quand je me suis penché vers elle. Je me dis qu'entre ça ou rien, il est difficile de faire son choix. Et pourtant. Il reste de l'amour, là, quelque part. Il reste une pièce d'or, perdue au sommet d'une énorme montagne de merde. Il ne nous appartient pas de juger. Tout ce que nous pouvons faire maintenant, et la seule façon de leur rendre hommage, c'est de vivre, vivre, vivre parce que tout découle de ça, parce que c'est ici et maintenant et que nous n'avons rien d'autre ici-bas.

commentaires

Afghanistan

Publié le 22 Juillet 2011 par F/.

Est-ce qu'aller à Disneyland après avoir fumé des machins qui font rire est une bonne idée ? Euh, ça l'était il y a dix ans, il me semble. Mais plus maintenant. Ou alors, c'est la Tower of Terror, l'enchaînement direct avec le roller coaster Aerosmith, ou l'approche de la quarantaine, je ne sais pas. Je n'ai pas tant ri que ça, si je me souviens bien. J'étais assis, le monde bougeait lentement, j'étais débout, le monde reculait tout aussi lentement, j'étais Hunter Thompson-4 et des gens se sont gaussés, des filles surtout, j'ai les noms, si si. Du coup, aujourd'hui, je suis tranquille, comme on dit, et je vous aime tous - n'hésitez pas à me jeter des cailloux.  

 


 

Cut / BJW / Sonatine : j'ai mes volontaires, ayé. Merci à tous ceux qui se sont proposés, choisir a été déchirant, je vous jure. La sélection, évidemment, s'est établie sur des critères très personnels (qui complète qui, en gros), et j'espère que personne ne m'en tiendra rigueur - de toute façon, il y aura d'autres occasions bientôt.

commentaires

deux merveilles

Publié le 21 Juillet 2011 par F/.

Une Séparation, le film iranien aux 600 000+ entrées, qui mérite amplement, pour une fois, le concert de louanges qui s'est abattu sur lui. Mensonges, traditions, écartèlements, contradiction, terreurs & egos - toute la complexité des rapports humains dans l'un des pays les plus fascinants au monde. On divorce à voix basse, on jure, tremblant, sur le Coran, on s'arc-boute, on se damne et on se tait - parfois, rarement - mais les regards prennent le relais, alors, et l'émotion envahit tout. Lâchez tout et allez-y : ce micro-drame d'une absolue modernité qui dit tant de l'Humain est mille fois plus convaincant (même si les sujets n'ont pas grand-chose à voir) que le très lissé Persepolis

The Rip Tide, le troisième et sublime album de Beirut, déjà un prétendant solide au podium de fin d'année. Tous les ingrédients habituels sont présents (folie suave, soubresauts balkaniques, gravité joyeuse) mais Zach Condon a pris de la bouteille, si l'on peut dire, et sa musique gagne encore en densité. La fanfare s'avance, bannière au vent, tous cuivres dehors, plus fière et foutraque que jamais, et le songwriting en remontre cruellement à la concurrence. Beirut, c'est la conquête du monde avec une trompette, un ukulele, et cette fêlure dans la voix à nulle autre pareille. Le 12 septembre à l'Olympia, les yeux brilleront pour de bon. Evidemment, le concert est complet. Quant à la vidéo ci-après présentée, elle est non-officielle bien sûr mais vous allez voir, c'est en soi un petit miracle.

 

 

commentaires

cut, ou blue jay way ?

Publié le 19 Juillet 2011 par F/.

La question du titre est posée ; l'éditeur, probablement, tranchera. En attendant, la première version "lisible" du roman, à paraître en février (i.e. demain), frétille sur mon bureau. Voici donc venu, en ce riant mois de juillet, le moment sacré de l'appel aux bêta-lecteurs. Je rappelle le principe : il s'agit de me dire si des détails ne collent pas, si des passages vous paraissent incompréhensibles, trop courts, trop longs, si des éléments pèchent selon vous par incohérence, si des contradictions vous sautent aux yeux. Les remarques sur le style ne me passionnent pas (je suis censé réécrire le bouquin une fois), à moins que vous ne trouviez quelque chose de super important ou pertinent à me signaler - un défaut récurrent, par exemple, un tic ennuyeux. Le délai ? Disons début août au sens large - avant le 10 au pire. Les gratifications ? Vous serez cités dans les remerciements et vous recevrez un exemplaire du roman, voire deux si vous voulez frimer auprès de votre mec/meuf/petit(e) ami(e) en devenir. Je suis toujours ravi d'aider les gens dans le besoin. Le profil ? Je cherche des lecteurs de polar, vous l'aurez compris, pas forcément spécialistes, mais amateurs au moins. Si vous avez déjà lu du Sonatine, c'est très bien - même si pas indispensable. Achtung, babies ! Ce bouquin n'a rien à voir, a priori, avec mes productions jeunesse. Il contient au moins un passage assez dur et il est long, en l'état, de 750 000 signes.

 

http://mikelehn.com/images/mulholland-drive-view3-800w.jpg

 

L'idéal, pour poser votre candidature, est de m'envoyer un mail : on trouvera facilement ce dernier sur mon site, notamment.

Je récolte les propositions jusque vendredi matin. Si vous ne recevez pas de réponse, c'est que j'aurais déjà trouvé mon bonheur. Merci d'avance à ceux qui se manifesteront.

commentaires

miracle fragile (à propos de Norwegian wood)

Publié le 19 Juillet 2011 par F/.

Par où commencer ? Né au Vietnam, Trần Anh Hùng (réalisateur, notamment, de L'Odeur de la papaye verte), est en réalité français, et nous pouvons être fiers, pour une fois. Son adaptation de La Ballade de l'impossible est une merveille en ce qu'elle restitue dans sa belle lenteur, sa poésie, ses moindres frémissements, l'essence profonde du roman d'Haruki Murakami lequel paraît pourtant, sur le papier, rigoureusement inadaptable. Ceux qui n'ont pas lu le livre savent quoi faire cet été : ils découvriront un monument de perverse tendresse, un trésor aux circonvolutions troubles, l'équivalent potentiel, en termes d'impact générationnel, de Gatsby le magnifique, Liberté pour les ours ou L'Attrape-coeur, trois romans parmi d'autres que Murakami a traduits. Le film, bien entendu, est passé plutôt inaperçu en nos contrées. Fugacement (si on pense aux Petits Mouchoirs, par exemple), ça peut donner envie de se tirer une balle ; en vérité, c'est plutôt comique : autant comparer un défilé militaire sur les Champs Elysées, par exemple, avec le vol auroral d'un jeune héron cendré, au-dessus d'un étang nappé de brume.

 

http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2010/12/11/296ed072d90a5be9a6333212f96e3a15_w350.jpg

 

La Ballade de l'impossible - le film - c'est ça : des silences, des caresses, la mort omniprésente, la folie en toile de fond et un personnage principal, Toru Watanabe, promené, balotté au gré des désirs de l'Autre, qui ne sait que dire "oui", et dont la gentillesse et le calme ne résolvent strictement rien. On ne guérit pas de la perte d'un être cher, soupire la voix off. Tout ce qu'on apprend, c'est que la prochaine perte sera tout aussi douloureuse. Le narrateur trébuche, reprend son souffle, s'allonge dans le silence et repart, titubant - et l'histoire, tandis que gémissent les violons tragiques de Jonny Greenwood, déjà entendus dans There will be blood, fait exactement la même chose. La photographie ? Sublime, forcément. Si la perspective de contempler des âmes perdues alanguies en d'immenses prairies ridées de vent grisâtre vous rebute, passez votre chemin et prenez la voiture (Il n'y aucun véhicule, dans La Ballade... Tout se fait à pied, toujours). Si vous aimez le Japon en rêve, si vous savez que la vie est lenteur, solitude, renedez-vous manqué, et que grandir est la réponse à une question qui n'existe pas, La Ballade de l'impossible est de celles qui vous emmèneront loin.

commentaires

laisse pas traîner ta fille

Publié le 18 Juillet 2011 par F/.

Voici l'un des films les plus dérangeants de ces dernières années (on passera rapidement sur l'abominable A serbian film qui, pour le coup, passe toute mesure) : tourné avec $ 25 000 et basé sur des événements "réels" (notamment, ai-je cru comprendre, le double meurtre perpétré par Ward Weaver III), Megan is missing raconte l'histoire de deux jeunes ados de L.A. qui chattent sur internet, entre elles et avec d'autres personnes. L'une, Megan, est délurée et déjà sexuellement active. L'autre, Amy, est plutôt du genre oie blanche. Etrangement - et pas tant que ça, en vérité -, Amy et Megan sont amies. Elles ont des rêves, des envies, des problèmes. A quelques jours d'intervalle, et après avoir été en contact avec un certain Josh, elles vont toutes deux disparaître.

Un disclaimer rapide s'impose s'il vous vient l'envie de tenter l'expérience : Megan is missing peut choquer. Je veux dire, réellement. Ma femme est partie dix minutes avant la fin, et, à en juger par certaines discussions de forums, elle n'est vraiment pas la seule.

Les 22 dernières minutes du film, qui montrent ce qui s'est "réellement" passé, hantent pour longtemps. Certes, on pourra gloser à loisir sur la platitude de la mise en scène, sur la nature même du procédé (largement galvaudé depuis Blair Witch, et pas toujours pour le meilleur), sur le réalisme de certains enchaînements (pourquoi Amy ne prévient-elle pas les flics plus tôt - pourquoi, dès lors, ne surveillent-ils ses communications ?). Mais de mon point de vue, Megan is missing travaille de façon intéressante l'éternelle et essentielle question du Mal, et c'est sans doute en cela qu'il dérange le plus. Aux Etats-Unis, les spectateurs semblent, dans leur majorité, y voir un plaidoyer pour une surveillance accrue des enfants - c'est aussi l'angle choisi par le réalisateur pour justifier son film : "The more crime scene photos and surveillance videos I saw, the more  the point was driven home that it is alarmingly easy to take a child. And it shouldn't be." Certes, pourquoi pas. Quelque chose, cependant, échappe au projet initial et résiste à cette simple grille de traitement. J'appellerai cela, faute de mieux, la supplication finale : un monologue de trois minutes à vous glacer le sang, qui interroge de poignante façon la nature capitaliste du mal et nous livre in fine un constat accablant : arrivé à un certain point de lassitude, d'errance et d'indifférence, tout ceci (le fric, le sexe, la valeur) n'a plus vraiment de sens.

 

 

commentaires

prague (6)

Publié le 14 Juillet 2011 par F/.

Rien de tel qu'une visite de la synagogue de Pinkas pour aborder la journée du bon pied : avec la liste exhaustive des Juifs massacrés pendant la Seconde guerre mondiale et les dessins des enfants de Theresienstadt assortis de notices biographiques du type "Maria, 1936 - 1942" (je vous passe la teneur des poèmes), on sait tout de suite que l'humour et la galéjade vont être au rendez-vous. Heureusement, avant ça, on m'a offert un livre sur Lidice : tant il est vrai qu'il est bon de rire parfois. Du ghetto, il ne reste rien ou presque et, malgré les efforts des marchands de souvenirs, on s'efforcera en vain à quêter à Prague les ultimes particules de l'âme juive. Les synagogues, elles, sont devenues des sentinelles de mémoire, inaltérables et fabuleuses par éclairs. Voilà, je suis désolé, je casse l'ambiance, mais il n'y a rien de marrant à raconter sur le sujet.

Le début d'après-midi a été consacré à la recherche du chocoalt chaud ultime, finalement déniché au Café Louvre, pour notre plus grand malheur calorique. Après quoi nous sommes rentrés nous allonger. Par la suite, les filles ont décidé d'aller acheter des "trucs" - j'avoue ne pas avoir très bien compris ce dont il était question. (Les filles, rappelons-le, sont des êtres futiles et fantasques, emplis de convoitises absurdes et de désirs impossibles à assouvir. Franchement, qui peut s'intéresser à des chaussures ? Qui peut vouloir se rendre trois fois dans un Tesco ? A côté de ça, les filles résistent à la douleur et ne sont pas très fortes en nazisme : rendons-leur un hommage fugace). Emplis d'un bienveillant dédain et d'une soif de connaissance intacte, Nathan et moi avons décidé de repartir à l'assaut du château via le quartier magique du Hradčany.

 

DSC01290

 

Ici, on voit le bus 22 arriver. "Papa mais papa le bus 22 il arrive mais qu'est-ce que tu fais papa mais le bus est là mais il faut monter dedans parce que sinon ça va être trop tard comme la dernière fois !" (Ouais, bon, mon fils est un peu à cheval sur le protocole).

 

DSC01292

 

Voici le Palais d'été, de style Renaissance : la classe incarnée. Question de Nathan : "y aura des jeux ?" Carrément pas, mon pote. Aujourd'hui, avec papa, on se cultive : l'exercice consiste globalement à marcher et à poser des questions. Ensuite, papa cherche des réponses dans le livre. Et toi tu opines. Thanks.

 

DSC01298

 

Nathan avec le château en arrière-plan. Juste derrière : le fossé aux cerfs (sans cerfs). Notez le sourire : signe que l'objet du cliché n'a pas encore compris qu'il allait falloir continuer à marcher, avec pour seule perspective une bouteille de coca-light.

 

DSC01305

 

Le pont poudrier, doté d'un con de garde. D'après ma femme, les gardes sont beaux pour la plupart. Cette fascination pour l'uniforme a quelque chose de malsain, mais je suis obligé d'en prendre note. Rigolade de Nathan : "est-ce qu'on peut faire comme Homer, quand il chatouille le monsieur ?" Une autre fois, mon petit poussin en sucre.

 

DSC01308

 

Le Nouveau monde (c'est le nom de la rue). Au numéro 1 vivait Tycho Brahe, l'astronome danois pote de Rodolphe II, mort, dit-on, d'un éclatement de la vessie parce qu'il n'osait pas aller pisser. Voilà un truc qui ne risque pas de m'arriver. De toute façon, les étoiles, je m'en tape.

 

DSC01310

 

La rue Cerninska. Les guides nous mettent en garde : "L'été, il y a foule à Prague, surtout dans les quartiers touristiques." Je peux vous dire que j'ai gardé une main sur mon portefeuille tout le long du chemin.

 

DSC01313

 

Alors là, je n'ai pas trop compris, parce que c'était fermé. Mais il y avait des trucs bizarres derrière les fenêtres. On ne s'est pas trop attardés.

 

DSC01317

 

Un ange de Loretta. Notez l'extravagance du baroque : on dirait que ce petit salopard vient de décocher une flèche à Carla Bruni.

 

DSC01322

 

Le monastère de Strahov : deux minutes avant la pluie. Ensuite, on est remontés au même endroit que la veille, la colline, les orages, tout ça - je tenais en effet à ce que mon fiston exorcise. L'histoire a failli mal tourner "euh, papa, on est déjà passés par ici, ne me dis pas qu'on retourne à la tour Eiffel parce que sinon, je me tue ou je te tue" mais finalement, le ciel est resté tranquille, et j'ai acheté des mugs Kafka, hooray.

 

DSC01331

 

Retour en centre-ville. Prague : au confluent des légendes et de la modernité, nous dit-on. Question de Nathan : "Euh, pourquoi tu prends ce machin en photo, papa ? C'est moche." Moi, curieux : "Qu'est-ce qui est moche ? L'enseigne, ou la statue ?" Soupir du fiston : "les deux."

 DSC01332

 

Je ne sais pas. Je vous jure, ça fait trois jours que je passe devant cette affiche, et je ne sais vraiment pas. Les tchèques aiment bien les animaux, c'est la seule explication pas trop flippante.

commentaires

prague (5)

Publié le 14 Juillet 2011 par F/.

DSC01202.JPG

DSC01164.JPG

DSC01216.JPGDSC01210.JPG

DSC01183.JPG

DSC01019.JPG

DSC01121.JPG

DSC01138.JPG

DSC01228.JPG

DSC01165.JPG

DSC01064.JPG

DSC00972

DSC01018.JPG

commentaires
1 2 > >>