Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

étoiles et autres catastrophes

Publié le 31 Mai 2014 par F/.

étoiles et autres catastrophes

Map to the stars, d'abord, le nouveau Cronenberg, avec Bruce Wagner au scénario, et ça se voit, et ça se vit. Pour ceux qui l'ignorent, Bruce Wagner, dont le premier roman est sorti chez Sonatine il y a quelques années (le deuxième arrive), est une sorte de Bret Easton Ellis un peu plus ample et un peu moins égotiste (et de fait, légèrement, très légèrement moins cruel) dont les talents de, disons, "chroniqueur acerbe du cauchemar hollywoodien" ne sont plus à démontrer. L'histoire de Map to the stars est absolument terrible. Sans rien en dévoiler, disons que c'est la dissection d'une malédiction, gravée dans les étoiles, i.e. dans le feu du ciel - une fable moraliste à l'inéluctable conclusion et portée part des interprétations sidérantes (Julianne Moore est grande, en star à l'éclat palissant, mais elle n'est pas la seule - Mia Wasikowska est terrible aussi, en fantôme vivant, et John Cusack en gourou sans âme, et Evan Bird, en petit enculé d'enfants-star, déçu parce que la fille qu'il vient voir à l'hôpital n'a pas le SIDA mais juste une maladie mortelle au nom trop compliqué). Comme d'habitude, le rire est la seule façon de se protéger de l'horreur, le problème étant qu'il la renforce du même coup. Ainsi de Havana Segrand, dansant de joie à l'annonce de la mort d'un enfant qui va lui permettre d'endosser le rôle de sa mère (eh ouais) au cinéma - une scène horrifique et parfaite, qui m'a cloué sur mon siège. Wagner habite la cruauté comme on ouvre les volets d'une maison en flammes, en chantant très fort. Nombreux, nombreux seront les spectateurs qui n'aimeront pas ce film, qui le trouveront creux, outré, et peut-être ridicule. Il faut souffrir d'un amour absolu pour L.A. et pour ce drame unique qui s'y rejoue chaque jour depuis les années 20 pour aimer Map to the stars, il faut trouver de la beauté au vide - ce film est un constat d'accident devant lequel les juges que nous sommes ne peuvent que hocher la tête, écœurés et fascinés. J'avais beaucoup aimé Cosmopolis déjà, et je tiens Cronenberg pour un très-grand - en fait, le snobinard en moi adore aussi l'idée qu'il soit de moins en moins compris, exactement comme B.E.E. De fait, le type invisible qui brandit les pancartes "pleurez", "riez", "ayez la trouille", etc. est un vrai psychopathe, ici - il mélange tout, il finira très mal. We are accidents waiting to happen - et nous sommes seuls sur la route.

commentaires

pour une retenue active

Publié le 26 Mai 2014 par F/.

Il semble que personne, dans mon entourage, ne soit en mesure de proposer une analyse circonstanciée et un tant soit peu dépassionnée du "séisme politique" que nous venons de connaître, et encore moins de proposer un semblant de solution. Suis-je étonné ? Un séisme, c'est quand la terre tremble. En vérité, c'est nous tous qui tremblons, même si nous ne savons pas exactement pourquoi. Et nous tremblons si fort que nos livres quittent nos mains et que les mots s'entrechoquent dans nos bouches. Est-ce que nous venons de découvrir quelque chose ? Non. Nous habitons absolument, et depuis toujours, un pays peuplé notamment de gens racistes, haineux ou suffisamment ignares, amnésiques, terrifiés, inconséquents ou paresseux pour voter pour un parti d'extrême-droite (alors même que celui-ci, dans un sidérant renversement de perspectives, envisage désormais d'attaquer en justice quiconque le taxera de la sorte ; on attend toujours les sanctions, à ce propos). Nous devons vivre avec ces gens. Nous devons vivre, aussi, avec l'idée d'un parti jadis aux limites extrêmes de la légalité démocratique, et dorénavant assez sûr de lui pour arriver en tête d'élections concernant une idée - l'Europe - qu'il rejette en bloc. Le Front National est une faction nihiliste : elle se délecte de sa propre existence mais ne peut visiblement supporter de vivre avec. On sait comment tout ça se termine, s'est toujours terminé. Le Mal est un expert du travestissement. Il est capable de se donner tous les rôles (actuellement, il est le jongleur qui manipule des quilles en flammes). Et, plutôt que de faire disparaître l'idée même du Bien (ce qui ne serait pas une mauvaise chose dans le contexte actuel, ce qui nous ferait grandir : on est en politique, pas sur un échiquier), il se pare de ses atours les plus grotesques, réussissant là où l'UMP n'en finit plus d'échouer. C'est le triomphe de l'audace idiote et de l'infantilisme nerveux. "Vous avez le droit d'être en colère", nous dit Marine Le Pen. "Vous avez le droit de casser tous vos jouets." Merci, maman.

Ne nous y trompons pas. Nous avons affaire à un adversaire redoutable, qui n'hésitera jamais à utiliser nos veuleries et nos stupidités contre nous. Ce qui me surprend, dans les commentaires lus ça et là hier soir et ce matin, c'est le nombre de personnes envisageant du coup d'aller vivre "ailleurs". Voilà bien l'exemple d'égotisme le plus navrant que l'on puisse proposer, et l'opposition la plus faible. "C'est très important de voter, et ceux qui ne le font pas font le lit du FN, mais si les fachos gagnent, moi, je mets les voiles " : alors c'est ça, l'idée ? Les élections Kinder Suprise ? Si le jouet démocratique ne me plaît pas, je le jette sous un camion ? J'avoue que ça m'échappe. Quand ça sent mauvais chez moi, j'ouvre les fenêtres : je ne quitte pas la maison. Quand la nuit arrive, je me couche et j'attends qu'elle passe - ou mieux : je parle dans la nuit, je parle avec d'autres gens qui attendent le jour, et entendent faire de ce jour un jour bon. Et donc, vous allez aller où ? Dans le pays merveilleux où les gens sont plus intelligents que votre tonton ou que votre voisine de pallier ? J'ai dû noter son nom quelque part, moi aussi, mais j'ai perdu le papier.

Le problème, avec les idées du FN - et on l'a bien vu au moment de l'affaire Dieudonné - est qu'elles sont d'une bêtise abyssale mais qu'elles ne peuvent se combattre qu'avec mesure, calme et patience - toutes vertus dont elles prennent grand soin de nous désarmer. "Les électeurs du FN sont des fachos, des connards patentés, il faut les tabasser, leur faire fermer leur gueule, etc." : j'ai lu ça en toutes lettres sur Facebook hier soir, sur des murs de gens a priori de gauche. Mais chers amis en colère, à votre tour, et terrifiés, vous aussi : nous valons mieux que ça. Respirons un grand coup : l'odeur nauséabonde ne nous empêche pas encore de le faire. Et puis ramassons nos livres et nos idées, si nous en avons, humons l'odeur de la pensée, de l'attente, préparons les conditions de l'espoir - nos petits poings serrés n'intéressent personne. Fomentons des fêtes, parlons à des inconnus, éteignons M6, utilisons les réseaux avec parcimonie, comme passerelles et non comme champs de bataille, et sortons de nous-mêmes. Ce qui est fait est fait, mais en quelle mesure sommes-nous changés, nous ? En quelle mesure avons-nous compris quelque chose ?

"Le problème, écrit Hakim Bey dans un texte que je relis souvent et que j'échoue chroniquement à mettre en pratique (ce qui n'est pas une très bonne raison pour cesser d'essayer), n’est pas que trop de choses ont été révélées, mais que chaque révélation se trouve un sponsor, un directeur général, un mensuel mielleux, un clone de Judas & un peuple de remplacement. On ne peut devenir malade de trop de savoir, mais nous pouvons souffrir de la virtualisation du savoir, de ce qu’il s’éloigne de nous & de ce qu’il est remplacé par un substitut ou simulacre bizarre et terne, les mêmes informations, certes, mais mortes à présent, comme des légumes de supermarché ; pas d’ « aura ». Notre malaise surgit de cela : nous n’entendons pas le langage mais l’écho, ou plutôt la reproduction à l’infini du langage, son reflet par-dessus toute une série de reflets de lui-même, encore plus auto-référentiel & corrompu. Les perspectives vertigineuses du paysage informatif de la réalité virtuelle nous donnent la nausée parce qu’elles ne contiennent aucun espace caché, aucune opacité privilégiée."

Marine Le Pen ne se taira pas, - ses électeurs non plus -, mais nous pouvons créer un monde où son existence deviendra superflue, anachronique, idiote. C'est très long, et horriblement difficile, c'est l'affaire de notre vie, l'une des affaires en tout cas, mais ce n'est pas en quittant la France et en nous consolant avec l'idée d'une fuite sans fin que nous parviendrons au moindre succès. Nous cherchons un second souffle. Nous ne pouvons pas cesser de le chercher.

"La situation est telle, nous dit le Yi-King ailleurs, que les forces hostiles avancent, favorisées par l'époque. Dans ce cas la retraite est l'attitude correcte, et c'est précisément par elle que l'on parvient au succès. [...] Elle ne doit pas être confondue avec la fuite qui est un simple sauve-qui-peut. La retraite est un signe de force. On ne doit pas laisser passer le bon moment tant qu'on demeure en possession de sa force et de sa position. On sait alors interpréter en temps voulu les signes de l'époque et se préparer à une retraite provisoire au lieu d'engager un combat désespéré à la vie ou à la mort. Ainsi l'on n'abandonne pas purement et simplement le champ de bataille à l'adversaire, mais on lui rend l'avance difficile en manifestant encore de la résistance en des points isolés. De cette manière on prépare déjà la contre-offensive dans la retraite. Comprendre la loi d'une telle retraite active n'est pas aisé. La signification que recèle un tel moment est importante."

pour une retenue active
commentaires

des mots et des notes

Publié le 21 Mai 2014 par F/.

Je serai demain, et pour trois jours, aux Imaginales d’Épinal. L'occasion de croiser des copains, de saluer des lecteurs, et de revoir un documentaliste messin chez qui j'ai eu la chance de faire une rencontre assez extraordinaire la semaine dernière (il se reconnaîtra)(il s'appelle Yannick). De façon générale, le rythme de mes interventions en collèges, lycées et médiathèques devrait enfin se calmer pour 2013-2014 - j'en aurai encore fait une quarantaine cette année, sans compter celles de La Réunion et, de façon globale, j'ai l'impression que le niveau grimpe (ou alors, je deviens très indulgent). Cela fait maintenant plusieurs années que je me dis qu'il serait opportun de publier un petit billet expliquant ce qu'est, de mon point de vue, une rencontre réussie - un billet qui livrerait quelques conseils aussi, pour ce que vaut mon expérience. Je vais essayer de faire ça prochainement.

Nombreux projets éditoriaux à l'horizon mais je ne peux en évoquer aucun à ce stade. Septembre verra néanmoins la sortie d'un livre assez à part dans ma bibliographie, consacré à l'entrée en sixième. Je vous en dirai plus quand je serai autorisé à le faire et, surtout, que j'aurai des choses à montrer. Pour le reste, je suis actuellement plongé - le terme est approprié s'il décrit une descente en apnée effectuée d'une traite ; quelques phrases comme des comètes, des heures de méditation - dans les Aphorismes de Zürau de Kafka, écrits, ou plutôt composés, lâchés comme des rêves multicéphales pendant le séjour de l'écrivain chez sa sœur Ottla - huit mois presque paisibles, loin de Prague, loin de la guerre, au sein d'un petit village de Bohème. C'est absolument sublime, et ça enfonce une bonne partie de TOUT ce qui a été publié par la suite, mais là n'est pas la question. Les Aphorismes se vivent ; ils sont comme des lumières inversées dans un monde sans cesse mouvant, celui du combat et des signes tronqués. "Deux règles pour commencer ta vie : réduire toujours plus ton cercle et vérifier à chaque fois que tu n'es pas caché à l'extérieur de ton cercle."

Le Salad Days de Mac DeMarco, branleur et parfois kinksien, évoque les premières heures de Beck, soit une certaine langueur laidback teintée de malice et de joie naïve. Un seul reproche (à part le fait que ce garçon ne révolutionnera jamais rien, mais ça ira très bien comme ça) : sa brièveté. A part ça, et puisqu'on parle des Kinks, je réécoute en boucle le Odessey and Oracle des Zombies, gemme pop discrète et merveilleuse - l'une des plus belles des sixties, qui n'en manque pourtant pas. Indéboulonnable.

commentaires

jambes fluettes et mémoire courte

Publié le 9 Mai 2014 par F/.

jambes fluettes et mémoire courte

Très joli film que ce Philomena, vraiment. Quelques minuscules redondances, à mon avis, mais ce vieux renard de Stephen Frears évite avec son élégance coutumière les pièges que ce sujet brûlant (une vieille femme cherche son fils, qui lui a été enlevé très jeune par les Sœurs du couvent de Rosecrea - un journaliste sur le retour décide de l'aider dans une quête qu'il devine vaine) lui tendait. Je n'ai pas trop compris ce truc de charge contre l'Eglise, pour ma part, attendu qu'il s'agit d'une histoire authentique. Si raconter ce qui s'est vraiment passé constitue une attaque frontale, les gars, il faudrait peut-être songer à changer de réalité.

A part ça (et je dis ça comme s'il s'agissait d'un truc parfaitement banal, alors qu'il s'agit objectivement de l'une des meilleures nouvelles de l'année littéraire en cours), un nouveau Tom Robbins sort dans un mois aux éditions Gallmeister. Paru aux USA en 1990, Jambes fluettes, etc. est le cinquième roman du natif de Blowing Rock, et l'un de ses plus délirants, en admettant qu'une telle notion ait un sens. Si quelqu'un vous explique de quoi parle ce livre, il ment forcément, férocement. Lire Tom Robbins, si vous ne l'avez jamais fait, c'est comme découvrir au détour du sentier de la guerre que la joie est soluble dans l'intelligence : on est dégoûté d'avoir perdu toutes ces années mais on est heureux pour le reste de sa vie. "Cuillère à Dessert et Chaussette Sale se demandaient alors comment Boîte de Haricots pouvait savoir tant de choses sur les samouraïs" : voilà le genre de trucs qu'écrit Tom Robbins au milieu d'un roman sur la politique, la religion, et le fait que le sens de la vie réside en partie dans l'existence de bouquins se permettant encore et toujours de poser la même question débile. Thomas Pynchon + Hunter Thompson dans le même shaker, avec un zébu, des seringues et des orchidées rares : si vous ne connaissez pas, je vous envie salement.

commentaires

kulture

Publié le 7 Mai 2014 par F/.

Non, je ne suis pas très présent sur ce blog ces temps-ci, ni sur FB, ni sur Twitter, d'ailleurs - et j'ai plein de bonnes raisons pour ça, notamment le besoin de me recentrer un peu. J'étais à Bordeaux aujourd'hui et hier pour la deuxième fois en une semaine, je suis allé à Genève, je vais aller à Metz, Chassieu, Grenoble, Epinal, tout ça en deux semaines - je m'efforce d'écrire dans le train, de répondre aux questions, de lancer de nouveaux projets, de réfléchir à ce que je veux faire - s'il reste de la place pour faire quelque chose.

Un film : Enemy, avec Jake Gyllenhaal et Mélanie Laurent - une histoire de sosie et de femme-araignée. Je n'ai pas lu le roman de Saramago dont le film est tiré, mais en tant que symptôme fantastique (je ne trouve pas de mot plus approprié), cette adaptation m'a paru, au premier niveau, assez ratée, l'élément de sidération obsédant, celui qui prête à interprétation, me semblant comme plaquée sur une intrigue par ailleurs extrêmement ténue (et que le mec qui s'occupe des filtres gris-jaunes trouve une autre occupation, par pitié). Ceci étant, des gens trop malins pour moi proposent une lecture tout à fait intéressante, et je comprends maintenant pourquoi ce film plaît tant à mon subconscient.

Par ailleurs, j'ai essayé de regarder Nymphomaniac Vol.1 mais j'ai trouvé ça chiant comme la mort, et nettement moins profond, en fait - j'ai arrêté au bout de 40 minutes. J'avais adoré Melancholia pour sa sensualité perverse. Ici, j'ai eu l'impression qu'on essayait de m'expliquer la vie en me parlant de bite et de chattes, mais pas vraiment. Bref => trop smart pour moi, encore.

Musique ? Un très mauvais album : celui de Lily Allen. Un album pas très intéressant : celui de The Horrors, qui portent assez mal leur nom. Un album sur lequel je dois continuer à me pencher : celui de Tune Yards.

commentaires