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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

top 10 livres 2014

Publié le 30 Décembre 2014 par F/.

C'est une tradition qui vaut ce qu'elle vaut. Pour info, cette sélection est celle que j'ai communiquée à Chronicart. Je suis à peu près sûr d'oublier plein de romans merveilleux ; à vrai dire, j'espère seulement donner à certains d'entre vous l'occasion de découvrir de nouveaux titres, et je n'aurais rien contre le fait que vous me rendiez la pareille. Sans ordre particulier, donc :

Le Chardonneret, Donna Tartt (Plon)
Dead Stars, Bruce Wagner (Sonatine)
Dans le grand cercle du monde, Joseph Boyden (Albin Michel)
Le Fils, Philipp Meyer (Albin Michel)
Percival Everett par Virgil Russel, Percival Everett (Actes Sud)
Enon, Paul Harding (Cherche-Midi)
Jambes fluettes, etc., Tom Robbins (Gallmeister)
Fonds perdus, Thomas Pynchon (Seuil)
L'ardeur, Roberto Calasso (Gallimard)
Et rien d'autre, James Salter (L'Olivier)
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heart-shaped box

Publié le 23 Décembre 2014 par F/.

heart-shaped box

Sur ma table de chevet, longtemps, comme une supplique, les Collected Stories d'Amy Hempel. Et aussi longtemps qu'elles s'y trouvaient, cette question : pourquoi personne - à l'exception de Flammarion, avec le bien-nommé Reasons to live, sorti ici-bas en 1992 et depuis longtemps épuisé - n'a jamais pris la peine de traduire ces trésors ? Cent réponses, évidemment, aucune réconfortante, mais la plus juste, sans doute : parce que bon courage. C'est quasi par hasard que j'ai appris, il y a deux semaines, que les éditions Cambourakis, louées soient-elles, s'étaient récemment attelées à la tâche avec tout le sérieux et la dévotion requis : et voici En forme de cœur, pour commencer, la traduction signée Jean-Pierre Carasso et Jacqueline Huet de Tumble home, paru aux Etats-Unis en 1997.

On ne peut pas trop parler d'Amy Hempel, hélas, sauf à opter pour l'éloge résigné ("C'est une merveille", écrit Alice Munro) ou l'emphase comique ("Tout ce que l'on peut faire, c'est s'allonger face contre terre, et lui rendre grâce", renchérit Chuck Palahniuk). On peut lire et se taire - mais on ne veut pas. Pardon d'insister, donc. La grâce infinie des textes d'Amy Hempel résidant dans des détails invisibles à l’œil nu, toute tentative se résumera à un échec nécessaire et joyeux. L'écriture de cette femme est de celles qui rendent humble, voilà. Humble et reconnaissant. Nul effet de manche, pas un mot de trop, on le sait quand on essaie de faire pareil. On le sait, parce qu'on a l'impression de décrire le plus beau coucher de soleil du monde avec des mots qui ne seront jamais les bons, et jamais dans le bon ordre. On s'arrête, alors, on attend l'éclair, et soudain "- dignes de ton pinceau - trois aigrettes s'immobilisent un instant dans trois poses différentes, comme si elles n'étaient qu'un seul oiseau à trois moments consécutifs." Amy Hempel confond votre cœur avec une cible, c'est son travail, et elle ne rate jamais sa cible.

Noël, 16€90, pour les fous de la vie comme elle va.

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les choses qu'on brûle le plus de dire

Publié le 17 Décembre 2014 par F/.

les choses qu'on brûle le plus de dire

D'abord, lire cette fascinante interview. Kate Braverman s'y dévoile telle qu'en elle-même : fine, folle et féroce, juste ce qu'il faut, c'est-à-dire trop pour ce monde. (Conseils aux aspirants écrivains ? "I would ask the unpublished why they think they must publish. This planet needs far fewer utterly mediocre writers and many, many more real readers." C'est dit. Kate est l'un de ces génies aux ailes en flammes pour lesquels on ne cesse de trembler (on se souvient du sort de Kathy Acker) : sûrement, on ne devrait pas. Voilà une femme qui sait d'où elle vient, qui pratique la littérature comme d'autres s'adonnent au meurtre, avec une tendresse et un sérieux irrévocables. Sur sa mère, le sujet sacré et maudit de ses histoires largement autobiographiques : "The more dysfunctional I was, the stronger she felt, the more secure and happy. When I got sober, I saw her make a cost benefit analysis of what it would cost to get me on track. Like half a million, psychiatry, plastic surgery, dentists, clothes, and she told me it was better to stay on drugs."). Prier, alors. Prier et œuvrer pour que le recueil de nouvelles de cette walkyrie formidable, traduit au plus juste par Morgan Saysana, ne soit pas son dernier livre publié en France. Bleu éperdument, c'est le titre de ce bijou, et c'est ainsi qu'on ne peut que l'aimer - sans retenue, en aveugle.

"Almost all books are now are published by editors who come from the sales department and literary quality is the last thing they seek, in fact, it's a negative." Une chose est sûre : Quidam n'a jamais fait partie de ces éditeurs guidés par la trouille. Contre vents et marées, c'est une maison qui se bat, qui creuse, qui fouille et qui offre. Lithium pour Médée, le premier roman largement autobiographique de Kate Braverman, avait été exhumé par ladite en 2006. Il a récemment fêté ses 25 ans, et je me souviens avec bonheur de l'émotion que j'ai pu ressentir, à l'époque en tournant ces pages pleines de douleur et de vie brûlante. Publié aux États-Unis en 1990, Squandering the blue (ici, la première nouvelle en anglais), de "squander", prodiguer, répandre - creuse le même sillon : des histoires épouvantablement belles, la plume d'une poète toujours droite, trempée dans l'acide du ciel californien. Kate Braverman ment tout le temps, c'est-à-dire jamais. Le don de l'auteur au lecteur, le don du temps, de la grâce, de l'intensité mise en chaque mot, chaque phrase polie telle un diamant crasseux, livrée avec les autres "avec splendeur et abjection", il est là, vibrant, il ne vous fera pas défaut. Non plus que les saynètes crépusculaires, "cette heure où la bouche meurtrit et souille la nuit" et la vie qui s'y déploie, sale, hantée par la mort sous le ciel de L.A. impavide, évoquant par endroits une Joan Didion sous influence, ailleurs un Bret Easton Ellis habité enfin, et plus seulement par le vide. "Elle arrêta sa voiture à un feu rouge. En ce début d'après-midi sur fond d'été indien, en sa trente-huitième année, elle réalisa que tout avait une justification. Sur un balcon, quelqu'un compte des camélias rouges dans leur pot en terre cuite. Quelqu'un sourit à l'objectif. Quelqu'un saute. Et voilà." Voilà, en effet : l'écriture de Kate Braverman est un majeur dressé aux ateliers de creative writing et aux responsables des ventes pour qui un livre n'est qu'un objet et pas une promesse en flammes. Sortie le 7 janvier. Soyez là.

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la bête humaine, commissaire

Publié le 16 Décembre 2014 par F/.

la bête humaine, commissaire

"On est au cœur du mal, Carpentier." Dans P'tit Quinquin, la soudaine vague de meurtres qui ensanglante la Côte d'Opale n'a rien à envier aux sinistres mises en scène de Twin Peaks ou True dectective. Un premier corps est retrouvé, découpé dans une vache qui, apparemment, l'aurait mangé ? Qui, pourquoi, comment ? On ne saura rien. Tout juste suit-on, ahuri, les errances saccadées du commissaire Van der Weyden lequel, peut-être remis d'un AVC, ne cesse de cligner des yeux très fort comme s'il avait du mal à croire qu'il n'évoluait pas dans un rêve, et de son fidèle lieutenant Carpentier, contemplatif adepte des dérapages contrôlés, un idiot factice qui, plus souvent qu'à son tour, interroge la ligne d'horizon comme si le monde allait se mettre à table (mais quand il le fait, on le constate par deux fois, c'est en envoyant valser, sans le moindre état d'âme, assiettes et couverts).

Les acteurs n'en sont pas : ce sont des locaux, des trognes, des funambules, ils jouent mais ils sont eux, inénarrables, hilarants, sinistres parfois, mais toujours cadrés avec tendresse par la caméra d'un Bruno Dumont qu'on n'avait jamais connu si étrangement drôle. Burlesque, émouvant, lardé de scènes cultes (les funérailles, le 14 juillet "mystique") et de dialogues à l'avenant ("Bon, police nationale, hein, quand même ! Alors, hein ... Bon !", prévient le commissaire, moyennement sûr de son fait), P'tit Quinquin est une féérie radicale et sombre, une glissade à la Tati, si Tati avait troqué ses chorégraphies millimétrées contre une danse de Saint-Gui - un OTNI qui interroge la France profonde, malaxe son épaule, caresse pensivement sa peau verruqueuse.

Amateurs d'intrigues alambiquées, de résolutions retorses, de virtuosité scénaristique, passez votre chemin. Van der Weyden ne sait rien, ne comprend rien, ne cherche rien, il avance, buté et magnifique, sous les nuages effilochés du mal, hanté par de troubles convictions - une philosophie atone. P'tit Quinquin, surtout, c'est un regard, le gamin qui donne son nom au titre, un ch'ti au front bas, déterminé, bagarreur et raciste mais capable d'incomparables élans de tendresse, aussi, qui observe et prend acte, perdu au cœur d'un maelstrom d'ondes néfastes. Vous aimerez si vous lâchez prise : P'tit Quinquin, à l'instar de son commissaire, est une réponse sans équivoque aux séries américaines - un drôle de type qui hausse les épaules, tourne le dos et disparaît sans autre forme de procès. Démerdez-vous avec vos meurtres, vos secrets et vos vaches carnivores, chante une voix dans son sillage. Depuis Faulkner, Shakespeare et l'invention de l'alcool, on sait bien que la vie est folle.

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vers chez les morts - toujours

Publié le 14 Décembre 2014 par F/.

On m'a beaucoup posé la question, ces derniers temps - et à juste titre : oui, le projet "parlez à vos morts" est toujours d'actualité. Simplement, ces choses-là prennent du temps et du temps, j'en manque un peu. Mais j'essaie d'avancer. J'avance.

Un e-mail est parti ce matin vers ceux qui m'avaient écrit directement sur l'adresse projet_morts@yahoo.fr

Merci de votre patience et de votre compréhension.

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fondu au noir

Publié le 7 Décembre 2014 par F/.

fondu au noir

Tout est trucage : Woody Allen pleure l'inexistence de la magie. Ses derniers films (et ses dernières interviews) sont non seulement assez déprimants - après tout, c'est sa marque de fabrique - mais aussi dépourvus, à de rares exceptions près, de l'humour pétillant, de la verve tongue-in-cheek tour à tour féérique et féériquement geignarde qui en faisaient tout le sel. Le problème de Magic in the moonlight, son dernier film, c'est qu'au delà de sa lourdeur et de ses clichés, il se résume à une démonstration par l'absurde : la proclamation affligée, via le personnage joué par Colin Firth, d'un existentialisme athée à laquelle le réalisateur n'oppose, de façon très caricaturale, que l'imbécilité des crédules. Le Cap d'Antibes en 1928, c'était les Murphy, les Fitzgerald, Picasso et bien d'autres - , une ère tragique et sublime, un crépuscule sophistiqué baigné d'or et de blue smoke. De ce bouillonnement, Woody Allen n'a tiré que quelques cartes postales falotes, quelques tirades sans conviction, et les acteurs traînent leur peine le long d'une histoire cousue de fil blanc. Si l'amour gagne à la fin (on le sait dès le titre), c'est une victoire à la Pyrrhus, morne et désenchantée, une défaite en soi. Le jazz fatigue, les étoiles sont rares. Nous continuons de regarder les films du vieux singe de Brooklyn par habitude, avec l'espoir de plus en plus ténu que la mémoire lui reviendra un jour : la vraie magie se niche dans l'art.

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extension du domaine

Publié le 5 Décembre 2014 par F/.

Joie et fierté ! J’ai reçu il y a quelques jours la confirmation de ma nomination au comité de la SGDL dirigée par Marie Sellier, que j'ai déjà le bonheur de cotoyer à la commission jeunesse du CNL. J’y retrouverai notamment Carole Zalberg (secrétaire générale, qui n’est pas pour rien dans ma venue), Laure Limongi (nommée en même temps que moi) et quelques membres de la Nouvelle Fiction que je fréquentais déjà dans les années 2000.  

Les missions la SGDL, vénérable institution fondée en 1838 sur une idée d’Honoré de Balzac, sont encore trop peu connues aujourd’hui, notamment des écrivains, qui sont pourtant les premiers concernés. On trouvera une première présentation de la société et de ses missions ici, mais je reviendrai bien sûr plus longuement sur cette aventure au cours des mois à venir.

 

***

 

Quelques précisions maintenant sur une polémique attachée publiquement à mon nom à la suite du débat sur l’anthologie Rêver2074. Contrairement à ce que j’ai pu lire ici et là, je n’ai jamais écrit – l’idée serait risible si elle ne flirtait pas dangereusement avec la diffamation – la moindre suite au Petit Prince. Mon travail s’est borné à rédiger les novelisations des épisodes d’une série inspirée du Petit Prince, la nuance est de taille ; c’est d’ailleurs pourquoi mon nom ne figure nullement sur la couverture des livres mais seulement à l’intérieur, en tant qu’adaptateur, et non auteur.

Evidemment, on peut gloser à l’infini sur l’opportunité de créer une série animée tirée du Petit Prince et critiquer la participation de tel ou tel à ce projet global (en incluant, dans le cas qui nous occupe, Guillaume Gallienne et Marie Gillain, qui prêtent leur voix aux personnages, ou Alexandre de la Patelière, le réalisateur du Prénom, qui a jeté les bases de la série). Tout ce que je puis avancer ici, c’est que plus de 200 000 exemplaires de ces petits livres se sont vendus depuis 2009 (sur lesquels, je vous rassure, je n’ai touché aucun droit, tant la liste des intermédiaires est longue), que j’ai personnellement rencontré des centaines de lecteurs, et que certains se sont mis à lire pour la première fois « parce qu’ils avaient vu le dessin animé du Petit Prince à la télé ». Tout nouveau lecteur, de mon point de vue, representant un gain pour la lecture en général, fût-il improbable ou modeste (personnellement, j’ai commencé avec Le Sorcier de la montagne de feu), je m'en tiens à ce constat. Pour le reste, chacun sera naturellement d’accord pour dire que l’œuvre de Saint-Exupéry est unique, sans doute immortelle, et que la série, les livres et tout le reste n’en constituent au mieux qu’une sorte de prolongement récréatif.

A présent, si certains parmi mes lecteurs estiment de leur devoir de mettre en évidence un parallèle entre le fait de participer à une anthologie commanditée par des professionnels du luxe et mon travail sur cette série ou sur d'autres, grand bien leur fasse : les commentaires, ici ou ailleurs, seront toujours les bienvenus – leur modération ne visant, pour ceux qui se posaient encore la question, qu’à laisser hors du débat provocations et insultes.

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je préférerais ne pas

Publié le 5 Décembre 2014 par F/.

je préférerais ne pas

La plupart des raisons d'écrire sont mauvaises : on ne devrait jamais se lancer dans cette douteuse aventure que par nécessité. Des écrivains qui auraient été bien inspirés de ne pas commencer, de ne surtout pas tenter de confirmer, on en connaît, on ne connaît même à peu près que ça, tant il est vrai qu'on est toujours le gros nul superfétatoire de quelqu'un. Avec Les 30 écrivains qui n'ont jamais donné suite (Le Contrepoint, illustrations parfois hilarantes de Simon Roussin), Stéphane Legrand braque le projecteur sur des personnages autrement singuliers : ceux qui, par choix, par fatalité, par hasard ou par impossibilité de faire autrement, en sont restés à un livre unique ou - ce qui revient en gros au même -, à la démultiplication frénétique du même livre. Alain Fournier, John Kennedy Toole, Romain Gary..., quelques noms viennent bien sûr immédiatement à l'esprit, mais c'est surtout quand il s'amuse avec la proposition première, c'est à dire à peu près tout le temps, que Stéphane Legrand excelle. Dieu, Christine Angot, Hitler, Marc Lévy, Salinger : tous ces créateurs plus ou moins bien partis se sont rendu célèbres parce qu'ils n'ont jamais su, pu, ou voulu dépasser l'élan initial. Faut-il les plaindre, les remercier, espérer qu'il existe un monde parallèle ou prier pour que ce ne soit pas le cas ? L’ambiguïté permanente du questionnement fait tout le sel de cet ouvrage tour à tour tendre et féroce, érudit et potache, où chacun trouvera matière à ricaner et à apprendre - connaissiez-vous l'indispensable Cezaro Rossetti, par exemple ? Moi pas - sorte de contrepoint (tiens) imaginaire et vengeur au 3000 écrivains incapables de s'arrêter qui, jour après jour après jour après jour, font notre joie et notre malheur.

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