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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

Robert, Bruce et les autres

Publié le 28 Juin 2012 par F/.

Alors ouais on s'en fout mais il y a cinq ou six ans, un soir, j'étais sur un vol Toulouse-Paris à côté de Robert Sabatier et ça secouait tellement à l'approche de la capitale que Vénus Khoury-Ghata, assise de l'autre côté, a pris la main de Sabatier dans la sienne en gémissant un truc comme "Oh mon dieu Robert nous allons mourir". Et l'homme, très calme, a eu ces mots magnifiques : "Bah, moi tu sais, j'y suis préparé." Rien que pour ça, et pour l'araignée des Alumettes suédoises : merci, vieux Bob.

 

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Hier, dans la joie, on est allés voir Moonrise Kingdom : parce que c'était ça ou Prometheus et, comment dire, on avait un sacré mauvais pressentiment à propos des aliens (présenté autrement : on est vieux maintenant, ça suffit ces conneries). Eh bien, Wes Anderson est un peu l'homme qui vous venge des avanies puériles de l'existence en vous parlant d'enfance, justement - le type capable de faire passer une tempête pour a) une poussée de puberté b) une explosion de colère existentielle c) une foutue véritable tempête, tout ça en vous brandissant sous le nez des vignettes colorées comme des bonbons à l'acide et en offrant à Bruce Willis son meilleur rôle depuis, euh, toujours. Ah, et aussi, Jason Schwartzman, en ce qui concerne cette proposition d'adoption, c'est d'accord.

 

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à sauver

Publié le 26 Juin 2012 par F/.

Ça s'appelle Personne ne te sauvera, ça fait dans les 160 000 signes, ça va sortir cet automne dans la collection Étonnantissimes de Flammarion / jeunesse, et c'est en quête de bêta-lecteurs, oh, trois ou quatre, pour lundi prochain-sorry, aux conditions habituelles : manifestez-vous ici, en MP, sur facebook, twitter, ce que vous voulez.

 

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people are people so

Publié le 24 Juin 2012 par F/.

Résumer les dernières quarante-huit heures ressemble, à y bien réfléchir, à un sale petit défi absurde (j'ai à peine eu le temps de poser mon sac, de fermer un oeil, d'ouvrir un livre), de ceux que je me contente généralement de solder par simple énumération, effet d'accumulation ou recension baroque - dont acte. Je sais que j'ai mangé, bien & plusieurs fois et que j'ai pris deux douches, je sais, côté auteurs, que j'ai parlé à SJ Watson, RJ Ellory, Paul Cleave, Tim Willocks, puis Jacqueline Cohen, Anna Gavalda, Guillaume Musso (eh ouais) et Yves Grevet, je sais que j'ai revu plein-plein de gens pas croisés depuis longtemps, que des visages souriants ont été mis sur des noms facebook, je sais que j'oublie plein de trucs importants parce que j'ai dormi 13 heures en 3 nuits, j'ai bien conscience, Votre Honneur, que mon copain de table au déjeuner d'hier était le député-maire de St Maur et que nous avons causé Murakami, Fuentes, BBQ et crise du livre ma bonne dame - je sais que j'ai rencontré beaucoup, beaucoup de gens super sympas du Livre de poche (fournisseur officiel de Colin pour les années à venir, jurerait-on) mais j'ai la tenace impression, en vous balançant tout ça, de passer à côté de l'essentiel et, comme je n'ai pas envie que ce blog ressemble à un monticule d'hommages larmoyants et débiles sur le thème de l'amitié et des rencontres et des serments tacites scellés dans la nuit parisienne, je me contenterai d'un merci désinvolte adressé en masse à la famille Sonatine, électrons libres inclus, tout autant qu'aux lecteurs d'hier qui m'ont fait l'honneur d'une visite - et je suis certain que chacun se reconnaîtra gentiment et en tirera les suaves conclusions qui s'imposent. [Quant au film  de Marion Laine A cœur ouvert, vu en avant-première vendredi matin, j'attendrai encore un peu pour vous en parler : ce n'est pas le genre d'odyssée qu'on aborde à la légère.]

 

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Sweet english music

Publié le 22 Juin 2012 par F/.

Le concept de concert en appartement, c'est, littéralement, le truc qui peut vous sauver de la Fête de la musique. Bon, il faut juste avoir un peu de bol. En bas (nous sommes dans le 5e arrondissement de Paris), des types massacrent Éteins la lumière d'Axel Bauer, si une telle chose est possible - et croyez-moi, elle l'est. En haut, à l'intérieur, au chaud : Sweet Billy Pilgrim, ladies & gentlemen, soit Tim Elsenburg, échalas-geek à la voix de velours, Jana Carpenter, ci-devant fée vintage (l'expression est ©ma femme), actrice (elle a joué dans un épisode de Dr Who, moi je m'en tape mais il y a des gens parmi vous à qui ça fera de l'effet) et timbre d'ange heureux, et Anthony Bishop,qui chante aussi, et taquine le banjo, ce qui est intéressant, dans la mesure où ma théorie est qu'un morceau contenant du banjo ne peut pas être entièrement mauvais, et que tous les titres de SBP en contiennent. Les Sweet Billy Pilgrim (les fans de Vonnegut auront reconnu l'allusion) viennent de la campagne anglaise - ils sont venus exprès à Paris - ... et c'est à peu près tout ce que je sais d'eux : je les ai découverts par hasard en traînant comme un naze sur Metacritic et il se trouve que leurs albums sont régulièrement encensés par la presse (ouais, encore heureux). Un statut enthousiaste sur FB plus tard, et ne vlatipas qu'une vieille copine de l'époque Points/Seuil me contacte (la vieille copine dirige Points/Seuil maintenant, ou peu s'en faut, en fait, elle n'est pas si vieille, ou alors nous le sommes tous), et me parle de ce showcase privé en me demandant si ça m'intéresse. Ah, ah. Ouais, comment dire, ça nous intéresse légèrement, et mon beau-frère aussi, qui, facéties du hasard, m'envoyait un texto le matin même pour me dire à quel point il kiffait le dernier LP. Bref => musicalement, Sweet Billy, c'est arpèges délicats, gouttes de piano, harmonies vocales à tomber, songwriting de feu, voilà. Disons qu'on navigue quelque part entre Divine Comedy, Elbow et les Wild Beasts, sans jamais frôler l'écueil - c'est du lourd, c'est du bon, et je suis bien content d'avoir oublié l'appareil photo que j'avais préparé exprès à la maison pour vous offrir à la place ce qui devrait rester comme l'un des clichés les plus laids de l'histoire du groupe, avec les compliments de samsung.

 

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Sweet Billy Pilgrim, chers amis, est typiquement le genre de groupe dont on a du mal à saisir pourquoi ses membres ne nagent pas dans des baignoires emplies de billets de 100£ en hurlant leur haine du système fiscal local alors même que, je ne sais pas, tant de combos merdiques non seulement existent mais prospèrent et nous cassent les couilles à coups d'hymnes de stade qui serviront ensuite à vendre des putains de voitures - et ce concert, eh bien, il tuait, tout simplement. Voir jouer des musiciens à deux mètres, les écouter tutoyer le ciel dans un salon et aller taper la discut' après en mangeant des tomates cerises, c'est un privilège qui n'a pas de prix. Merci à eux, donc, merci à Sandra & Julien, nos hôtes et merci à Marie L. sans qui le silence aurait été de mise.

 

 

 

 

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les voix de l'Amérique

Publié le 20 Juin 2012 par F/.

Excursion matinale chez Atout-Livre hier matin, en compagnie d'un ami qui me voulait du bien. L'homme en question, barbu, m'a remis un livre dont nous reparlerons et au sujet duquel, dans l'attente, nous nous contenterons d'un sobre indice visuel :

 

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Je suis reparti lesté du Whoosh ! de DBC Pierre, qui me faisait de l'oeil depuis trop longtemps, et du Témoignage de Charles Reznikoff, que je ne connaissais pas, et que l'éditeur P.O.L. présente ainsi : "(...) une vaste fresque pour décrire l'entrée des États-Unis dans l'ère moderne à travers la restitution minutieuse et la mise en forme de rapports d'audience de tribunaux amenés à juger aussi bien de conflits de voisinage ou de succession que d'accidents du travail ou de faits divers atroces." A parcourir les premières pages, j'ai brièvement pensé (même si la filiation paraît peu évidente) au Paterson de William Carlos William ainsi qu'au Spoon River de Edgar Lee Masters, magnifique récit constitué de paroles de fantômes, et désormais indisponible en français, hélas, mais dont j'ai eu la joie de recommander il y a quelques années la lecture à l'oncle de ma femme afin qu'il le transforme en autre chose - dont acte.

 


 

Calendrier, achtung, be ready : je serai au Virgin des Champs ce vendredi soir à 18h en compagnie de cinq autres auteurs Sonatine et non des moindres puisque excusez-du peu je vous demande pardon il y aura => Paul Cleave (Un père idéal), R.J. Ellory (Les Anges de New York), Jacques Expert (Adieu), Steve J. Watson (Avant d’aller dormir) et Tim Willocks (La Religion). Et le lendemain, paf : St Maur. Venez nombreux et légèrement vêtus, ce sera quasi l'été, dites donc.

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indépendant de notre volonté

Publié le 18 Juin 2012 par F/.

Petit fléchissement du rythme de publication ici-bas. Un PC à la poubelle, une vague de taf menaçante et surtout, un membre de la famille en fort mauvaise posture - les gens ont tendance à choisir l'été pour baisser les armes dans mon entourage, ou bien c'est l'été qui les choisit, 22 juin/23 juillet - et ce n'est pas la lecture de Tom Spanbauer qui risque de rendre tout ce bordel moins intense, mais tant mieux, en un sens. Je me dis aussi que tenir un blog n'est pas simple quand on sait qu'il est lu par des éditeurs, des membres de la famille ou des gens que l'on n'aime pas, et que l'on ne s'efforce que vaguement d'éviter les pièges de l'auto-fiction, de la chronique quotidienne douce-amère et cynique-comme-il-faut mais globalement joyeuse. Quelques nouvelles du front littéraire : j'ai rendu le premier jet de 49 jours il y a peu (je l'ai présenté aux représentants aujourd'hui), je me prépare à entrer dans l'écriture de mon deuxième roman pour Sonatine, j'ai un peu arrêté de micro-fictionner sur Twitter mais je vais m'y remettre, je fais des rencontres - une revue, des conférences, des projets plus ou moins solides et lointains - et je termine une nouvelle que vous pourrez tous lire gratuitement d'ici quelques mois tout en réfléchissant au fait qu'un truc sur deux sur lequel je suis en train de bosser ces temps-ci est un truc dont je ne peux pas / n'ai pas le droit de parler.

 

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cette obscure forêt du désir

Publié le 12 Juin 2012 par F/.

(Un article paru dans le dernier numéro du mensuel Jalouse)

 

En dépit de ce qu’on veut bien raconter, il n’existe pas, de nos jours, trente-six façons de réussir sa vie. D’abord, un boulot qui ne vous donne pas envie de vous flinguer. Ensuite : l’amour, la paix, l’illumination – toute grâce est bonne à prendre.

Hélas ! Votre besoin de communication est impossible à rassasier ; il se dilue dans un océan social-virtuel rendant votre solitude plus prégnante encore. Avec un minimum de talent, vous pouvez traduire vos renoncements en roman. N’espérez pas, en revanche, squatter le top des ventes : tout ceci a déjà été écrit mille fois. Aussi excitante puisse-t-elle ponctuellement paraître, votre histoire se terminera selon toute probabilité par un cancer, un infarctus ou une maladie neurologique qui vous aidera à oublier à quel point l’expérience était merveilleuse, décevante et furieusement trop courte.

Certes, et à défaut d’une existence pleine, on n’est jamais à l’abri d’une mort spectaculaire. Au cours des trois dernières semaines par exemple, j’ai entendu parler d’un automobiliste tué au volant par une balle perdue, de deux ouvriers ensevelis sous plusieurs tonnes de sucre tandis qu’ils nettoyaient un silo et d’un ancien légionnaire ayant sauté d’une station pétrolière pour épater ses copains. Parfois, oui : le scénariste de votre vie évoque celui de Six Feet Under. Vous avez droit, alors, à un entrefilet sur le site du Figaro ou de l’Obs. « Ah, ah ! Trop pourri ! » commente immanquablement un brave atrabilaire anonyme. Tout ceci, avouez-le, reste assez peu engageant.

Faut-il pour autant baisser les bras ? Je dis non. Si l’idée de transcender votre vie ratée en quelque chose de surprenant, d’intense et de poétique vous tient vraiment à cœur, il existe au moins une option de secours. La révélation m’en est venue tandis que j’errais sur Wikipedia (ce fascinant labyrinthe qui, en trois clics, peut vous conduire de Nadine Morano à la vie sexuelle des dytiques) à la recherche de données sur le suicide pour mon roman Blue Jay Way. Soudain, j’ai découvert la forêt de Aokigahara, deuxième au classement des spots d’auto-meurtre les plus prisés au monde derrière le Golden Gate.

 

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Aokigahara s’étend au pied du mont Fuji. Elle a la réputation d’être hantée, et pas à moitié. Le taux de magnétite de son sol affole les boussoles. Ses crevasses inopinées, ses racines tortueuses, le fait que les GPS et les portables n’y fonctionnent pas en font un lieu peu recommandé pour une promenade dominicale. On y trouve des cartables abandonnés, des lettres d’adieu déchirantes, des mèches de cheveux coupées, des cordes pendant aux branches. Les jours de chance, on peut tomber sur un squelette. Esprits frappeurs coléreux y croisent, dit-on, serial-killers au taquet. « Pas glop », murmure la partie Lonely Planet de ma personnalité. « Crétin, rétorque la partie romancier : tu viens juste de découvrir le sujet de ton prochain bouquin. »

Aokigahara : les gens s’y enfoncent pour se perdre, mourir, disparaître au cœur d’un maelstrom de spectres hargneux et d’âmes tourmentées. C’est ce qu’on appelle du suicide augmenté. Un certain Wataru Tsutsumi a écrit un livre dans lequel il indique les meilleurs emplacements pour être sûr de ne pas se rater. Des panneaux tentent de dissuader les candidats. « Votre vie est précieuse, affirment-ils. Pensez à ceux qui vous aiment. » (Une suggestion, soit dit en passant, qui me semble assez contre-productive) ou « Contactez les urgences avant de décider de mourir. » Évidemment, il faut lire le japonais.

Bref. Si vous souhaitez que la fin de votre existence ressemble à un film d’horreur nippon plutôt qu’à un téléfilm France 2 sur l’euthanasie – si, de façon générale, vous voulez être acteur d’une farce singulière et puissante au moins une fois dans votre vie, voici the place to be. Le risque, bien sûr, c’est que vos seuls spectateurs soient des arbres. Mais ne vous en faites pas : le temps de cerveau disponible des Chamaecyparis obtusae est réputé quasi illimité.

 

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24 heures chrono

Publié le 12 Juin 2012 par F/.

Journée marathon hier. Lever 5h, direction le Vercors via Valence. Région magnifique, à couper le souffle. Pendant tout le trajet en voiture, j'ai la chanson de Bashung en tête.

 

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C'est l'une de mes dernières interventions de l'année. Peut-être la plus belle. La prof de Français, exceptionnelle, a mené ses élèves jusqu'à des sommets insoupçonnés. Sans doute, ils ne connaissent pas leur chance. Nous parlons Nabokov, nous parlons masques, Vertigo, Shakespeare, nous parlons rêves, personnages qui s'échappent, obsession de la trame.

 


Je rentre sur Paris. Match de foot dans un pub de Bercy, blindé, ambiance de fou (je reviendrai, et j'arriverai à l'heure, et je trinquerai avec des Croates, enfin, ce n'est pas certain, je ne le sens pas des masses, cet Euro) puis crochet par le Café des éditeurs, à Odéon, pour la remise du prix Landerneau polars, prix que j'ai raté, m'apprend-on, d'une petite voix - six contre sept à Caryl Ferey. Je suis censé être content, je crois : pour un premier thriller, Blue Jay Way a marqué un peu les esprits. Il y en aura un deuxième, vous le savez : je suis en train de travailler dessus. Discours de M.-E. Leclerc, de Caryl, dîner avec d'adorables libraires, puis je galope chez Claro pour voir Brian Evenson, croise ledit dans l'ascenseur, accompagné de sa nouvelle copine, eh merde. Pas grave : je gagne les sommets soupçonnés, pour le coup, il y a là Mathieu Larnaudie, Héloïse Esquié et Pierre Demarty, brillant traducteur lui aussi, que je ne connaissais que de nom et qui se révèle adorable - et quelques autres aussi. Il y a de la musique, du champagne et comme toujours du haut de ce 7e étage, j'ai l'impression de survoler Paris immobile. Oh, et il y a la douceur de ce couple aussi, ses rires si précieux, ses sourires, ses enfants, ils sont magnifiques - vous êtes souvenu magnifiques, Marion & Claro, il fallait que quelque vous le dise encore, et je suis bien content d'avoir couru hier, pas une fois de la journée je n'ai été ivre, ou alors il n'était pas question d'alcool.

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Au coeur

Publié le 7 Juin 2012 par F/.

Les gens qui se barrent de la salle. Les gens qui rient. Cette femme qui éclate littéralement de rire à la fin du film devant cette toile de Rothko (et peut-être était-ce Rothko qui l'amusait - on est passé de Pollock à Rothko l'espace d'une fin du monde, il y a effectivement de quoi se marrer). Sidérant, ce film. Sidérant. Parce qu'empoisonné par le langage. Parce que hanté par cette voix, la voix du Don. Un prophète d'asphalte et de chiffres, DeLillo. Cosmopolis, le roman, est paru en 2003 dans les ruines du WTC. On en reparlera un jour. On se retournera et on verra qui était ce type et, si on ne voit rien, c'est que la prédiction était valide. Un écrivain unique, absolument unique, seul sur ses terres. Alors bien sûr, aller voir le film  sans avoir lu le livre, c'est sans doute inutile, c'est assez pauvre en sens. Updike, à la sortie du roman : "The trouble with a tale where anything can happen is that somehow nothing happens." C'est à peu près exactement le contraire mais passons. Je suis sorti enchanté, les amis. En partie, ne nous le cachons pas, parce que j'avais l'impression que les gens n'avaient rien compris - comme si cette force centrifuge était aussi l'objet du film. J'ai des plaisirs simples. "C'était nul", dit un type à sa copine. "Euh, ouuuuuais ?" fait ma voisine en regardant l'écran. Voilà, c'est parfait. Et c'est un commentaire qui en vaut un autre. Évidemment, je suis moi-même incapable de parler cinéma, images, ce qui se passe dans le cerveau, le mien, le vôtre, toute cette foutue chimie, nada. Alors lisez ce qu'en dit le bien-nommé Transhumain. Et sachez juste ceci aussi : Cosmopolis est certainement l'un des meilleurs films que j'aie jamais vus parce que c'est un film impossible et vidé de lui-même. En cela, il est expérience. Et le sujet, c'est vous. Le virus du langage : n'a plus rien à contaminer. Les rats, jetés contre les vitres, laissent des traces de sang et les gens commentent les traces comme on commenterait une toile. Bienvenue dans une époque où les noms des chaussures - les noms, pas les marques - rendent fou. Ce texte, un choeur monophasé, ce texte écrit bien avant 2008 disait déjà tout mais ce "tout" n'est pas simple, ne l'a jamais été, ce "tout" n'est pas gaiement (ou tristement) de gauche, ce tout est la psychose du monde érigée en contenu et en référent indépassable. Il faudra du temps. Il faudra du temps avant qu'on se rende compte de la puissance du livre, du film, et peut-être que ce temps, on ne l'a déjà plus. C'est mon sentiment - pas une intuition : un sentiment. Cosmopolis suit peu ou prou la structure de L'attrape-coeur (une dépression à New York) avec cette question lancinante qui revient : où vont les limousines la nuit ? Avant, on s'occupait des canards. Demain (La Route), on regrettera les truites. Entre les deux, on roule, au ralenti maintenant, il n'est plus nécessaire d'aller vite, on s'avance d'un mètre dans la mort, pour voir. Les signes sont là. Une apocalypse qui ne révèle rien. L'asymétrie de la prostate comme mètre-étalon de la santé mentale et financière du monde. Et cette voix off. A-t-on déjà vu un film à ce point construit sur une voix, sur le silence autour de cette voix ? L'humour, à chaque instant, sauf que personne ne rit dans la salle, personne au bon moment du moins, parce ce verbe exsangue court-cicuite la pensée. Le monde extérieur convulse, la limousine souillée-défoncée trépide et Eric Parker sourit mystérieusement, comme si le médecin kidnappé qui lui enfonçait un doigt dans le cul, tout à l'heure, était toujours là et devenait un peu Dieu, fournisseur d'extase, chargé de la sécurité métaphysique et des procédures - déjà parti.

 

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dites-moi que je rêve

Publié le 5 Juin 2012 par F/.

Cette vidéo avait fait grand bruit lors de sa sortie ; il se peut toutefois que vous l'ayez manquée et que vous ayez une bonne raison pour cela. Musicalement, le duo Sound of arrows, présenté non sans désinvolture comme une réponse suédoise à Pet Shop Boys - ok, mais projetée en 2011 par une time machine facétieuse couplée à une fabrique de barbe à papa, alors -, s'aventure sur le terrain plus que miné de la synth-dream-euro-pop que vous ne pouvez aimer ici-bas, semble-t-il, que si vous êtes gay, ou, plus grave, incurablement englué dans les années 80 (ce qui, croyez-le ou non, n'est pas exactement la même chose). Amis des guitares sèches, des chansons à texte ou du stoner abrasif, passez votre chemin.

 

 

 


 

 

Il fallait que j'aille à cette soirée anniversaire des 40 ans de Folio. Il le fallait, parce qu'il y avait marqué "bowling" sur le carton d'invitation et que j'ai tendance à mal me nourrir en ce moment. Ah oui, et aussi parce que quelques centaines de bouquins concernés déforment délicieusement nos étagères Billy, chers gens, et qu'une journée passée sans voir Pascal G. en costard n'est pas exactement ce que j'appelle une journée. Lancée en 1972 suite à une rupture de contrat avec Hachette, la collection Folio n'est plus à présenter, il me semble, et cependant, le saviez-vous ? on lui doit la popularisation du format 10x18. Je sais, le monde est fou. Bon, je n'ai pas joué au bowling, malheureusement, toutes les pistes étaient déjà prises, mais la bouffe était somptueuse et j'ai retrouvé plein de copains. Moment de grâce semi-lynchien : une femme m'arrête dans une allée et me dit, d'un air assez préoccupé, "quelqu'un vous cherche". Elle essaie de se rappeler qui, puis s'éloigne en promettant de revenir, ce qu'elle ne fera jamais, évidemment. Nicolas R., à qui je narre l'anecdote, me fait remarquer que l'affaire aurait été autrement intéressante si la femme en question avait été un nain parlant à l'envers. On peut toujours compter sur un traducteur de Pynchon pour remettre les choses en perspective et pointer la différence entre réalité et cet-autre-truc-bizarre-dont-j'ai-oublié-le-nom, mec.

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