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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

a day in the life

Publié le 30 Juin 2014 par F/.

a day in the life

6:25 : lever. Ma fille, 11 ans, est avachie sur le canapé. Elle regarde la saison 24 des Simpsons et éteint précipitamment pour faire croire qu'elle dort, reposant la télécommande devant son visage soi-disant endormi, mais je ne suis pas né de la dernière pluie. Un enfumage intéressant s'ensuit (en gros, "ce ne sont pas ces droïdes que vous cherchez.").

6:30 : mails, FB, rien de bien palpitant - le Costa Rica a battu la Grèce aux tirs aux buts, un Nigérian annonce que son pays va gagner 2-0 contre la France.

6:35 : lecture. Un texte pour Super 8 sur Kindle, il est question de JD Salinger (décidément) et d'une conspiration, mais l'écriture est banale. Ma fille remet les Simpsons, volume minimal.

7:22 : réveil de La Femme - "ah, déjà ?, dis-je, charmé. Le truc, c'est que j'aurais bien aimé prendre ma dou -" Trop tard : la salle de bains n'est plus accessible.

7:23 : petit-déjeuner de ma fille.

7:24 : fin du petit-déjeuner de ma fille.

7:29 : café.

7:35 : Réveil de mon fils, 9 ans, par ma fille, munie d'une oie en peluche qui parle allemand et cite les Inconnus ("j'ai beau être matinal, j'ai mal.") Pour finir, l'un des pingouins du fils est sauvagement kidnappé.

7:40 : Petit déjeuner roboratif de mon fils. Par ailleurs, ce salopard a encore une leçon d'anglais à mémoriser - oui, il aurait pu s'avancer.

7:41 : préparation de l'interview de Paul Harding. Je lis ce que les gens ont écrit à propos de son livre sur amazon.com, notamment. "As well-written as it is, it was just too relentless in grief that I can't say I like it and I'm not sure who I'd recommend it to."

8:10 : départ de La Femme. Consignes - certaines seront respectées.

8:15 : départ de mon fils. J'écris les questions de l'interview. Je les trouves convenues et empruntées, mais je me dis que j'improviserai si le mec est sympa, et je ne doute pas qu'il le sera.

8:30 : je lis de nouveau.

8:45 : départ de ma fille.

8 :46 : douche.

9:15 : départ en Vélib' pour Belleville et café avec le sémillant Serge L. en prévision d'un RV avec un producteur.

9:30 : pour une fois, je suis le premier au RV. Serge m'explique qu'il est dans une phase créatrice très féconde. Joie.

10:00 : RV avec le producteur (qui s'intéresse à la Brigade Chimérique). Pour rester prudent, disons que ça se passe très bien. Prochain RV fin août après signature des contrats.

12:00 : détour par Paris Store. J'achète du curry japonais, de la sauce sucrée, des bières, et aucun légume.

12:15 : retour au bercail en deux roues.

12:30 : déjeuner. Le cochon d'inde de ma fille (qui est en fait le mien, mais elle ne le sait pas) a l'air content de me voir. Il n'a pas mangé depuis 3h.

13:00 : lecture et sieste réglementaire de 15 minutes, j'ai beaucoup de mal à fonctionner sans ça.

13:30 : boulot sur un scénario de BD pour Delcourt - une adaptation d'une novella de l'ami RJ Ellory. Le cochon d'inde m'observe, perplexe. Mec, à quoi rime toute cette agitation ?

15:30 : départ pour Saint-Sulpice en métro, pour une fois. Pris dans ma lecture, je me goure de sens au changement. Dans les écouteurs : le dernier Kasabian, qui n'est pas vraiment à la hauteur de ses prédécesseurs.

16:00 : Interview de Paul Harding pour Chro(nicart) dans un hôtel près des jardins du Luxembourg. Il est question de deuil, de Mystères grecs, de science, de fantômes, de transcendance.

17:00 : retour au bercail, en vélo toujours. Je me dis que je n'ai rien foutu aujourd'hui mais puis-je m'en vouloir ? Un coup de fil inattendu me retarde.

18:00 : France-Nigéria, poussif, stressant. Même mon fils s'emmerde.

20:00 : soirée de pré-vacances chez Claro. Sont notamment présents : Paul Harding, son traducteur Pierre Demarty, Nicolas Richard (qui s'est occupé du nouveau Pynchon), Jérôme Dayre, libraire devant l'éternel. Au menu : makis maison, guacamole, vin rouge.

23:30 : retour à la maison à pied avec la Femme. Nous raccompagnons Jérôme - c'est la mafia du 12e. Algérie-Allemagne, petits frissons mais finalement non.

0:30 : coucher / ce soir, je ne lis pas.

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pendant ce temps dans le New Hampshire

Publié le 26 Juin 2014 par F/.

pendant ce temps dans le New Hampshire

Une tendance intéressante sur Facebook, ces derniers temps : celle de réclamer la mort des gens. Ça marche pour les grévistes et pour les amateurs de foot, par exemple - des criminels, vous en conviendrez, pour qui le châtiment se doit d'être à la hauteur du forfait. Il faudrait les pendre, lit-on. Leur tirer une balle. Leur arracher les tripes, les pousser d'une falaise. Hé, les mecs, il y a un truc qui existe en vrai et qui s'appelle les jeux vidéos. Vous devriez essayer.

Ou bien des livres ? Ça tombe bien, la rentrée littéraire s'annonce musclée. Pynchon, Vann, Palahniuk, des essais de Sebald, Hustvedt (dont on me chante les louanges) - j'ai tout ça à la maison, sur des tables, par terre, et d'autres merveilles dont je m'efforcerai de parler intelligemment dans le prochain numéro de Chro(nicart). Dernières pépites lues : La Mauvaise pente, de Chris Womersley, qui ressemble beaucoup à Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, en un peu plus, disons, humain - et Enon de Paul Harding, un bréviaire halluciné frappé d'un sceau de ténèbres : on y suit un certain Charlie Crosby dévasté par la mort de sa fille de 13 ans, trébuchant sans fin au milieu d'un cimetière, de sa vie - "quelques cerfs erraient sur les greens de golf à ma droite, et le marbre des pierres tombales était luminescent".

[Aujourd'hui, devant vos yeux ébahis, je vais appeler P.O.L. pour tenter de comprendre pourquoi ils refusent de m'envoyer le Carrère (j'ai plusieurs idées à ce sujet, aucune n'est plaisante).]

Il y a quelque temps, à la maison, on s'est fait un mini-cycle Brad Anderson. The Machinist (son film le plus connu, un très joli truc para-lynchien mais tenu, tourné dans une Espagne transformée en Hollywood), The Call (Halle Berry, qui répond au 911, tente de localiser un tueur qui a déjà frappé par le passé - intéressant, mais la fin verse dans un grand-guignol convenu, on sent le producteur un peu nerveux, grinçant des dents) et Transsibérien, réalisé avec quatre centimes, très bien fichu (un couple dans le train, on leur refile une valise - ils auraient dû l'ouvrir). Autres films vus : Captain Phillips, le dernier Greengrass inspiré d'une histoire vraie (des pirates somaliens prennent le capitaine d'un bateau en otage), très prenant, alors que le pitch ne me disait rien, et Last days of summer de Jason Reitman, (trop ?) langoureusement filmé, tiré du roman Long Weekend de Joyce Maynard laquelle, transition habile, sera présente au Festival America en septembre - nous en reparlerons. Ce dont nous ne reparlerons pas, en revanche, c'est du fait que je connais surtout Joyce Maynard comme la "petite amie" de ce joyeux sociopathe de JD Salinger, une expérience racontée en long et en large dans le saisissant Et devant moi, le monde et, non, je n'embrayerai pas plus que ça sur le nouveau Beigbeder - la seule pensée que cet homme ait pu consacrer un roman à l'ermite de Cornish, fût-ce au travers de sa brève relation avec Oona O'Neill, me donnant envie de courir à poil dans les Rocheuses avec un sac en plastique sur la tête.

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tant que ça reste dans la famille

Publié le 11 Juin 2014 par F/.

tant que ça reste dans la famille

On ne mesure pas forcément l'importance du soutien que l'Argentine apporta aux anciens nazis après la guerre. Il ne s'agissait pas de fermer les yeux. Il s'agissait d'accueillir, d'aider, de protéger. A la fin des années 40, selon le chercheur argentin Uki Goñi, le recel de nazis par l’Argentine devint une véritable insititution. Le nouveau gouvernement de Peron désigna une anthropologue antisémite comme Commissaire à l’immigration et un supposé ancien agent de Ribbentrop comme son chef du renseignement. Nombreux, parmi les responsables nazis (et les collaborateurs français) ayant échappé au premier (et en définitive assez lâche) coup de filet, sont les dignitaires qui ont coulé en Argentine des jours heureux, durant des années voire des décennies. Le Médecin de famille, tiré du roman Wakolda de Lucía Puenzo (que je n'ai pas lu / mais je vais le faire), raconte l'histoire d'une famille argentine venue s'installer à Bariloche, au pied des Andes, cœur de la "Suisse argentine". Eva, la mère d'ascendance germanique, rouvre l'hôtel de ses parents sur les bords d'un splendide lac de montagne. Qui sont les Allemands qui habitent ici, travaillent ici, envoient leurs enfants dans des écoles allemandes ? C'est d'abord assez peu clair. Mais parmi eux : un médecin, qui propose à Lilith, leur (petite) fille de 12 ans, de tester un traitement expérimental pour pallier son défaut de croissance, et s'intéresse aussi de très près à la grossesse d'Eva, laquelle attend des jumeaux. La mollesse de la mise en scène et la fadeur relative du scénario, qui joue sur un symbolisme intéressant (le père fabrique des poupées, le bon docteur aimerait investir - il aime beaucoup les poupées, elles sont parfaites) mais trop partiellement exploité à mon goût, ternissent en partie l'intérêt que l'on peut porter au film, sorte de thriller sous anesthésie. Reste que l'histoire, tirée en partie de faits réels, est tout à fait sidérante ; et qui pourrait se risquer à verser dans le baroque et l'outrance pour décrire ce qui, déjà, dépasse l'entendement ? Il faudrait un géant aux épaules d'airain. Il faudrait une colère qui dépasse la colère. Le docteur, dont tout le monde aura sans doute deviné le nom, procède pour sa part avec calme et minutie, comme au bon vieux temps. Il est le Mal absolu, celui devant lequel le Bien se sent idiot et désarmé. "Nombreux étaient ceux qui continuaient de croire en lui, dit le roman, le soutenaient à distance, lui écrivaient des lettres dans lesquelles ils le traitaient en messie." Le fils d'un dieu banal et ricanant, en somme, dont rien ne semble pouvoir satisfaire les terribles appétits.

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le coeur nécessaire (à propos des années sida)

Publié le 8 Juin 2014 par F/.

le coeur nécessaire (à propos des années sida)

The Normal Heart est l'adaptation en téléfilm de la pièce du même nom écrite par Larry Kramer (qui signe aussi le scénario du film) en 1985. Le sujet ? La montée de l'épidémie de SIDA au début des années 80, la tentative de réaction de la communauté gay new-yorkaise et l'apathie dramatique des pouvoirs publics. Larry Kramer, qui a mis beaucoup de lui-même dans le personnage de Ned Weeks, fut l'un des cofondateurs de l'association Gay Men's Health Crisis, dont il fut viré à l'instar de son héros. Il créa par la suite Act Up et, si son style d'action peut prêter à controverse, je le tiens personnellement pour un héros authentique.

Les quadragénaires (et plus) qui me lisent se souviennent peut-être comment ils ont appris l'existence du SIDA, à une époque où on ne savait pas très bien, voire pas du tout, de quoi il s'agissait et où les journaux évoquaient un cancer gay en exhibant des photos de malades squelettiques et défigurés par les taches brunes du sarcome de Kaposi. Pour moi, deux noms signent la prise de conscience : Klaus Nomi et Hervé Guibert. Hélas, la liste est immense, et la maladie préleva un lourd tribut au sein de la communauté intellectuelle occidentale au détour des années 80 (pour vous faire une petite idée, voici une liste non exhaustive de victimes).

The Normal Heart, une production HBO, est un très beau téléfilm, éminemment politique. Nous parlons d'une époque où certaines personnes refusaient de toucher, d'embrasser, de soigner, de transporter ou d'inhumer les malades. Nous parlons d'une époque où nous racontait que, peut-être, le SIDA pouvait s'attraper en embrassant, en se piquant avec une seringue, en recevant des postillons, etc. Jean-Marie Le Pen, qui est toujours en vie, lui, merci bien, préconisait en toute simplicité la création de « sidatoriums » pour isoler les porteurs du VIH. Ah, cette passion pour les camps. Bref. Joué par Mark Ruffalo, Ned Weeks est un homme en colère, et on le comprend. La passivité totale de l'administration Reagan (personne ne sera étonné) et des organismes de santé publique, la timidité, pour ne pas parler de la peur, des associations gay (en gros : les militants avaient peur, en allant trop loin, de se faire encore plus mal voir), ont sans doute été la cause, au moins en creux, d'une kyrielle de décès qui auraient pu et dû être évités. Act Up a été la réponse de Kramer à cette peur. Certains continuent aujourd'hui de penser que c'est une association qui s'en prend mal. La vérité, c'est que la colère semble la seule réponse vitale à cette monstruosité qu'est le SIDA.

Déchirant, The Normal Heart voit monter la fureur de Ned Weeks, en même temps que la courbe des décès, au sein d'une communauté qui commence à peine à s'épanouir et ne veut pas entendre parler de prudence, de renoncement ou même de calme. En France, le débat aura pris d'autres formes, avec Guillaume Dustan et Didier Lestrade, notamment, ainsi que d'innombrables questionnements sur la notion de passivité étatique coupable, d'outing, de contamination volontaire, etc. En jeu, surtout : comment concilier l'exigence de survie avec l'affirmation sans équivoque d'une identité sexuelle. Et aussi, si l'on peut dire : comment en appeler à l'aide publique sans accuser l'état de meurtre. Comme toute œuvre sérieuse, The Normal Heart pose les questions et nous laisse les réponses. 2h10 absolument poignantes et justes.

Rappel à nos jeunes et/ou ignorants lecteurs : le VIH se transmet par voie sexuelle - rapports de pénétration anale ou vaginale non protégés. Si vous couchez avec quelqu'un dont vous ne connaissez pas le statut sérologique, ne vous compliquez pas la vie, et partez du principe qu'il est porteur. Vous êtes responsable de votre santé : vous, et personne d'autre. Le préservatif, n'en déplaise à certains, constitue une protection absolue, à condition de ne pas craquer (mais un préservatif qui craque est quelque chose qui se voit). Si cette tuile vous tombe dessus, vous pouvez bénéficier d'un traitement préventif (PEP) qui réduira considérablement vos risques d'infection en vous rendant dans les 24h aux Urgences les plus proches. Ne racontez pas de conneries à votre médecin si vous avez juste joué à touche-pipi car : 1) c'est un traitement qui coûte cher à la société et 2) vous allez le sentir passer.

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