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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

c'est pas trop tôt

Publié le 23 Avril 2013 par F/.

Non, ça ne changera pas le monde. Oui, le chemin a été long, et ardu, et assez horrible pour tout dire, par ce qu'il a révélé de certaines personnes que nous pensions connaître et d'autres dont nous aurions aimé ne jamais croiser la route. Au moins, nous savons mieux à quoi nous en tenir. L'homophobie n'est pas morte, loin de là - le loup est sorti du bois sauf qu'aujourd'hui, il ne peut plus mordre. Laissons le gémir, tourner en rond et lécher ses pauvres plaies imaginaires. Bientôt, il se fatiguera et retournera dans l'ombre, d'où on peut espérer qu'il ne sortira plus. Les anti-tout, les peureux, les ignorants, les haineux, les philistins, les "je préférerais renier mon gosse", les "je ne suis pas homophobe mais...", les "la famille est en danger !", les "ils veulent du sang ils en auront", les "non mais c'est plus compliqué que ça" : nous pouvons avoir pitié de tous ces gens qui, des mois durant, se sont agités en vain pour dénier à d'autres des droits qui ne leur enlevaient rien à eux, faisant preuve tantôt d'une ignorance assez désolante, tantôt d'une connerie absolument brutale. Il ne doit pas être agréable de vivre englué de cette peur-là : c'est une peur qui salit, une peur qui enlaidit, une peur qui vous range, que vous le vouliez ou non, du côté du GUD, de Civitas et des intégristes religieux de toutes confessions. Vous me permettrez cependant d'avoir moins pitié d'eux que de tous ceux qui se sont fait tabasser ou cracher à la gueule ces dernières semaines, de tous ceux à qui ça arrivera encore et des enfants homos qui auront le malheur de grandir dans les familles qu'on a vu récemment battre le pavé en rose et bleu. Que ces derniers sachent bien qu'ils ne sont pas seuls !  

 

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the life you lead

Publié le 22 Avril 2013 par F/.

Renée est folle - l'a presque toujours été. Renée est belle, mais la folie l'a dépouillé de sa beauté pour la remplacer par une sorte de grâce terrible, abîmée, mortifère. Renée est la mère de Jonathan Caouette, né en 1972 - trente ans à l'époque de la sortie du film. Renée ne se résume pas à un voyage mais son CV fait froid dans le dos : cent séjours en HP, une OD au lithium, une vie d'errance qui commence par une chute d'un toit et se poursuit en apesanteur, dans un grand cri sans fin. Et Jonathan qui filme pendant vingt ans, pour essayer de comprendre cette famille, la sienne, les électrochocs, la déglingue permanente, les questions sans réponses, Jonathan qui traque les gens avec sa caméra, qui interroge et harcèle, qui chiale en gros plan - un jeune garçon homosexuel sidérant de beauté parti à Brooklyn mais qui sait qu'il doit revenir parce que sa mère est partout, là, en lui, qu'elle respire sous sa peau et qu'il ne peut la laisser derrière. En dépit de son montage hystérique et de ses partis pris indé à la Harmony Korine, j'ai été profondément touché par Tarnation, autobiopic hachuré, vaporeux et magique qui dit l'amour, la folie et le temps qui passe, le temps impitoyable sur fond de photos délavées, de films d'enfance et d'éclairs de brutalité lynchienne. La B.O., omniprésente, est une pure merveille, du titre principal (Max Lichtenstein) aux rêveries shoegaze de Low, groupe ô combien cher à mon coeur, en passant par les Cocteau Twins, Magnetic Fields ou Glen Campbell. Je ne sais pas pourquoi j'ai attendu dix ans avant de regarder ce film, dont j'avais à l'époque guetté la sortie avec fièvre mais, d'une certaine façon, je suis content de l'avoir fait. Absolument déchirant. 

 

 

 

 

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la pression

Publié le 18 Avril 2013 par F/.

 

"Il faut maintenir la pression et continuer la mobilisation", a lancé J-F. Copé aux dirigeants de l'UMP, mercredi 17 avril, lors du bureau politique du parti. Alors que les actions radicales des opposants au mariage pour tous se multiplient, nous confirme Le Monde, le président du principal parti d’opposition ne change pas de ligne. M. Copé juge que son parti doit continuer à s'opposer vigoureusement au projet de loi du gouvernement, sans rien lâcher. Le soir même, quatre skins débarquent dans un bar lillois pour "casser du pédé." Le "vigoureusement" a été bien compris. On a les laquais qu'on mérite.

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ta librairie sera la mienne

Publié le 18 Avril 2013 par F/.

Ce soir, 19h, lancement à la librairie Charybde de Ta Mort sera la mienne, mon deuxième thriller paru aux éditions Sonatine. Charybde, c'est cette librairie über-kool sise 129 rue de Charenton dans le 12e, qui considère que le monde irait mieux si les gens lisaient plus de David Mitchell, de J.G Ballard, de William T. Vollmann et de Adam Novy (au hasard). Et elle a raison, bordel ! En ces heures sombres de la librairie française, que vous veniez acheter mon livre m'importe au fond assez peu, du moment que vous venez acheter UN livre (ou plusieurs, soyons fous). Si Charybde était un négociant en pinard, la bouteille la plus pourrie serait un Chateau Margaux 1980, vous voyez le genre ? A part ça, ce soir, on discute, un verre à la main, et c'est quasi le printemps.

 

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tel père tel fils

Publié le 11 Avril 2013 par F/.

Évidemment, on peut, on doit être déçu, parce que ça n'est vraiment pas passé loin. Regardons les choses en face : la meilleure équipe du monde n'est la meilleure équipe du monde que lorsque le meilleur joueur du monde est présent sur le terrain, point. PSG - Barcelone sans Messi, c'est 3-1 sur les deux matchs, inutile de chercher plus loin. Quel joueur parisien est aussi indispensable au bon fonctionnement de l'équipe ? "Tous" est peut-être la réponse. Alex a sorti un match énorme, hier. Verratti aussi. Et Pastore, bien sûr. Eux hier, d'autres demain, cette équipe a une âme, et c'est un petit miracle en soi. En l'absence de Matuidi, on promettait l'enfer à ces Parisiens. Contre toute attente, ils n'ont jamais tremblé. Barcelone n'a pas cadré un tir en première mi-temps, Paris a gagné la majorité de ses duels, l'enfer ne s'est nullement ouvert sous ses pieds. En fait, je n'ai pas souvenir d'avoir jamais vu une équipe aussi solide, aussi sereine face à l'épouvantail blaugrana. La classe d'écart ? Inexistante, ce soir. Les raisons de l'élimination ? Un léger manque d'expérience, de chance - et puis Messi, et puis Valdes dans les buts. Il faut rendre ici un hommage appuyé à Carlo Ancelotti et souhaiter de toutes nos forces qu'il reste à Paris l'année prochaine. En huit mois, contre vents et marées, le Mister a bâti une équipe, une vraie, avec des joueurs qu'il n'avait pas forcément choisis, et dans un contexte de pression nationale proprement ahurissant ; le laisser partir serait une hérésie. Naturellement, il faut gagner des titres, maintenant - si Paris jouait tous ses matchs comme celui-ci, il serait déjà champion, mais on sait bien que ce n'est pas si simple - et s'armer de patience en attendant les joutes de l'année prochaine, les seules, on le devine, susceptibles d'enflammer cette équipe. Mais franchement, qui se serait attendu à ça ? Aujourd'hui, mon fils fête ses huit ans. Hier, il était debout devant l'écran, maillot sur les épaules, bien conscient de vivre une soirée historique, la première de sa carrière de supporter. J'étais vraiment triste pour lui quand il est allé se coucher. Ce n'est pas simple d'apprendre tant de choses en une soirée - la joie, la frustration, la fierté, simplement parce que des petits bonhommes courent sur un terrain et que le ballon ne va pas où on voudrait qu'il aille. C'est la magie du sport en chambre : une abstraction, un déversoir. Je me revois à son âge. Je me dis qu'on n'a pas fini de serrer les poings et de beugler comme deux petits crétins asservis. Je me dis que ça va être parfait.

 

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HK (6)

Publié le 10 Avril 2013 par F/.

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Le Monastère des Dix Mille Bouddhas, dans les Nouveaux Territoires, à Sha Tin. Il pleuvait, ce jour-là. Il pleuvait tous les jours.

 

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Les façades de Macau. Décrépitude splendide.

 

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La nuit à 20h, les buildings de HK City s'allument.

 

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Je ne sais pas qui est ce mec. Et vous ?

 

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Macau encore.

 

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Macau toujours.

 

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Le temple de Tin Hau dans le quartier de Yau Ma Tei, en plein cœur de Kowloon (Tin Hau, déesse taoiste de la mer, est partout à HK).

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anti-tout

Publié le 10 Avril 2013 par F/.

 

Frigide Barjot est sur tous les fronts. Elle se démène, elle s'agite, on sent qu'elle tient là la cause de sa vie. Le 27 mai 2012, nous apprend Wikipedia, elle a créé le « Collectif pour l'humanité durable », qui dénonce les mesures de François Hollande visant à permettre le mariage entre personnes de même sexe, mais également la simplification de l'accès à l'IVG, le droit à l'euthanasie ou encore le renforcement juridique du principe de laïcité. Cette femme est incroyable. Au sens de "on a du mal à croire qu'elle existe." Que veut-elle, au fond, d'où vient-elle, qu'est-ce qui lui donne la force et la volonté de se battre ainsi ? Croit-elle en l'amour, a-t-elle de vrais espoirs, de véritables rêves, voulons-nous les connaître ? Je suis perplexe. Perplexe, surtout, vis-à-vis des gens qui se rangent sciemment derrière sa bannière. J'imagine ces gens sur leur lit de mort, faisant le bilan de leur existence. Souriront-ils à l'évocation de ces manifestations, y penseront-ils avec tendresse ou fierté ? Se diront-ils "au moins, j'ai fait un truc bien dans ma vie, j'ai essayé d'empêcher les homos de se marier ?" Ou mieux : "j'ai tenté de protéger les enfants" ? Dans les commentaires d'une tribune aussi triste que nécessaire, un opposant modéré rappelle que "le Mariage a de tout temps été celui d'un homme et d'une femme en vue de protéger les enfants qui en naîtront." Ah, très bien. Donc, on ne devrait pouvoir sa marier que si on fait des enfants, c'est ça ? J'attends la loi afférente avec impatience. Tout comme celle qui interdira aux intégristes de procréer. Je suis fatigué, en fait. Fatigué de devoir écrire là-dessus encore, de sentir que je le dois, parce que ceux d'en face ont soudain trouvé dans ce combat l'occasion de déployer une énergie qu'on ne leur soupçonnait pas, et qui ne prend sa source que dans une sainte et absurde terreur. Fatigué de la tolérance dont nous faisons preuve vis-à-vis de l'incroyable déchaînement de violence de ce qu'il faut bien appeler "le camp adverse". Il y a eu des envois d'excréments, ces jours-ci, des tabassages en pleine rue, des menaces de mort, des outings sans sommation; le GUD s'est réveillé - tout ceci est notamment évoqué dans cet article. Les responsables (?) de la manif pour tous se raclent la gorge. "La LMPT condamne tout acte violent, toute expression d'homophobie ou d'intolérance quelle qu'en soit la forme." Oui, oui, on sait, vous n'êtes pour rien dans la montée de cet atroce climat d'homophobie, vous avez même des amis gays et, oui, on a compris, quiconque assimile les "anti-" à des homophobes opère un dangereux amalgame, c'est bien connu. D'ailleurs, vous adorez les homos. Vous ne frémiriez pas un instant à l'idée que votre fils unique puisse prendre la queue d'un autre garçon dans sa bouche ou dans son cul, vous n'avez pas spécialement envie que les choses restent "comme avant", vous ne pensez pas que l'homosexualité est un truc qui peut se soigner. En fait, vous voulez juste protéger les gens d'eux-mêmes ; ils ne le savent pas, mais ils vous remercient. Wilfred aussi.

 

 

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hk (5)

Publié le 3 Avril 2013 par F/.

 

Ocean Park (香港海洋公園 en chinois) est LE parc d'attraction de Hong Kong, et ceux qui prétendent le contraire sont des touristes et/ou des fanatiques incurables de papy Disney. Sur l'année 2011/2012, la fréquentation annoncée est de 6.95 millions de visiteurs - loin devant DisneyLand HK (5.9 millions), donc. Bon, d'accord, l'administration fiscale ne dispose pas exactement des mêmes chiffres, mais qui ira vérifier, hein ? Installé dans la montagne du sud de l'île, Ocean Park couvre une superficie de 870 000 m² et est divisé en deux zones bien distinctes, le Sommet et le Front de mer. Sur le Front de mer, il y a des animaux et des attractions pour les tout-petits. On gagne le Sommet en empruntant un télécabine ou un funiculaire. Franchement, vous nous voyez prendre le funiculaire ? Non mais allô quoi.

 

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Même s'il n'offre en définitive que des attractions assez standard (3 rides, une splash mountain, et l'inévitable Panda Experience, entre autres merveilles), le parc vaut surtout pour sa localisation très spectaculaire et ses vues à couper le souffle. On passe d'une zone à l'autre, par exemple, en empruntant le 3e plus grand escalator en plein air du monde.

 

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Les rides sont pas mal, mais exceptionnellement courts. L'un d'eux, une sorte de train de la mine gentiment rouillé, donne l'impression de plonger directement dans l'océan. L'avantage, c'est que si ça déraille, vous n'avez pas à considérer l'éventualité de rester seulement paralysé. Dans le Hairdresser, vous avez les pieds qui pendent. Assis à côté de moi, un Chinois surexcité me dit trois fois "goodbye" tandis que le convoi s'ébranle. Il est exceptionnellement facile de se faire des amis dans une montée de Grand Huit. Bref. Six loopings, quelques vrilles sympa, une minute trente en moyenne, nous restons presque sur notre faim. Pour être tout à fait honnête, ma femme et moi mettons généralement un point d'honneur à monter dans chacun de ces trucs juste pour pouvoir dire que nous l'avons fait et que merde, quoâ. Subséquemment, je dispose d'une vidéo d'assez bonne qualité prise au téléphone portable où on entend ma moitié gueuler comme une loutre enragée et dire qu'elle aime Hong Kong, qu'elle a perdu son string mais finalement non, qu'elle kiffe la Chine et tout ça. Mettons ça sur le compte de l'altitude. P.S. : je ne diffuserai cette petite merveille que si chacun d'entre vous achète trois exemplaires de Ta mort sera la mienne et m'envoie les tickets de caisse.

 

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(Navré pour la qualité. Prendre des photos dans ces conditions, c'est pas le top, surtout quand les mecs précisent qu'ils ne sont pas responsables de la perte de tes effets personnels - en gros, qu'ils n'iront pas les rechercher : tu m'étonnes !)

 

Affirmons-le sans ambages : le Chinois est couard.

 

 

Autant ces gens sont capables d'afficher régulièrement une croissance à deux chiffres et de patienter une heure entière pour monter dans une grande roue de trois mètres cinquante, autant, dès qu'il s'agit de se mettre la tête à l'envers, y a plus personne. Le côté positif, c'est qu'on n'a pas à faire la queue. Du tout. Je veux dire, on arrive, on s'assoit, et ça démarre - hey, attendez, je crois que je ne suis pas tout à fait attaché, s'il vous plaaaaaaaaaaaaaît ! 

 

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Ah, ah. Le résultat, c'est que nous parvenons à tout faire en une heure. Cool, nous auto-congratulons-nous : et maintenant, redescendons voir les pandas. Oui, sauf que non. Car soudain, la pluie. Une vraie pluie locale, veux-je dire. Deux heures de crépitement brutal ininterrompu tandis que nous attendons notre télécabine. Du coup, tout s'arrête, c'est la panique, les annonces en cantonnais, les pleurs des gosses - il ressort bientôt de tout ce bordel que redescendre n'est pas une option, et nous nous retrouvons à taper la discut' avec un local qui parle un anglais à peu près compréhensible (une première) et qui nous raconte son voyage à Calais en vélo back in the 80's. Ses copains de Chine Pop', beaucoup plus jeunes que lui, et qui ne comprennent visiblement rien à ce que nous nous racontons, font preuve à notre égard d'une prévenance assez stupéfiante. Ils ne cessent de couvrir Katia de sacs plastiques géants afin qu'elle ne soit pas mouillée (j'appelle ça "l'effet grande blonde"), et la gavent de grains de raisin alors qu'elle n'a rien demandé. Finalement, tout le monde se casse, nous retournons errer dans le parc désert comme deux glandus, puis, brusquement, la pluie s'arrête, nous remontons au pas de course au télécabine, personne, un vrai scénario de winner.

 

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Je n'ai pas de photos de pandas à vous montrer. Il faut que je récupère les fichiers de ma meuf qui, elle, possède un appareil panda-compatible. Il s'avère qu'en cette heure avancée, ces petits enfoirés mesquins déambulent avec indolence dans un décor infrarouge. Là encore, nous sommes complètement seuls. Je suppose que regarder un panda, pour un Chinois de HK, c'est un peu moins marrant que jouer à puzzle bubble sur un S4. En revanche, en revanche, ta-da :

 

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Bien, nous voici arrivés au moment où je me retire sous les applaudissements de la foule. Si vous allez à Hong Kong, allez donc perdre une journée à Ocean Park. C'est pas très cher, et vous ferez la connaissance de ce garçon (OK, c'est une photo volée, mais c'est un vrai panda de HK, il y a l'étiquette derrière) :

 

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et le territoire

Publié le 2 Avril 2013 par F/.

 

Il y a quelques années, lors de la sortie de La Carte et le territoire, j'avais essayé, sur un forum de SF, de défendre l'idée que Houellebecq était, en gros, un imposteur plutôt sinistre, qui écrivait assez mal mais avait tout compris de son époque. Je me sentais un peu seul. "Alors-le-goût-les couleurs-tout-ça, m'avait-on d'abord rétorqué, non sans souligner au passage la dimension intensément prophétique de son dernier ouvrage (et en effet : il nous expliquait que ça allait mal), et puis d'abord c'est quoi un style ? A partir du moment où le type écrit, il a un style." Certes. "Il préfère un style qui lui est propre, m'avait même gentiment expliqué un intervenant, un style naturel pour lui." Re-certes. Aujourd'hui, on nous annonce un recueil de poèmes. Une nouvelle occasion de mesurer la distance qui nous sépare, tous autant que nous sommes, du génie brut, et de prendre la mesure de ce qu'est, justement, un style. "Des poèmes jamais hors ni au-dessus du contemporain, mais qui jouent constamment avec", explique une, non non, n'ouvrez pas les guillemets, journaliste littéraire dans Les Inrocks. Les premiers extraits publiés donnent une idée de ce qu'on entend ici et là par "contemporain" (et par "jouer", dans une moindre mesure) : "Tu te cherches un sex-friend / Vieille cougar fatiguée / You're approaching the end / Vieil oiseau mazouté" ou "Les hommes cherchent uniquement à se faire sucer la queue / Autant d'heures dans la journée que possible" voire encore "J'ai traversé le Pentothal / J'ai bu des Tequila Sunrise / Ma vie est un échec total / I know the moonlight paradise." Bref. Je tiens à présenter ici mes excuses à tous ceux que j'ai pu offenser par mes odieux jugements à l'emporte-pièce : ce type est bel et bien ce que la littérature française nous a offert de meilleur depuis Marcel Proust, un miroir sans concession tendu au 21e siècle, avec ce qu'il faut de fragilité™ et de retenue. "Et, en même temps, avance le maestro soudain saisi par un doute assez peu compréhensible dans une longue interview accordée au quotidien Libé (lequel, porté par un admirable goût du risque, avait déjà braqué ses projecteurs sur Christine Angot en début d'année), c'est une voie plutôt suicidaire". Mais non mais non, a-t-on envie de susurrer à son oreille en lui tapotant l'épaule, tout va bien se passer, Michel, tout s'est bien passé pour Andy Warhol, y a pas de raisons. "Des phrases qui s’articulent de façon inattendue, et claquent, et restent", s'enthousiasme pendant ce temps la journaliste sus-mentionnée qui nous avait déjà gratifié, il y a deux ans et demi, d'un très joyeux articule célébrant la revanche du bon goût sur la grisaille du monde. Éclairage assuré, en d'autres termes. Mais attention : n'essayez pas pour autant de refiler vos rédacs de troisième ou vos poèmes carambar à un éditeur éclairé. Pour vous, ça ne marchera pas.

 

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"La vie ne m'intéresse pas assez pour que je puisse me passer d'écrire", assure ailleurs l'auteur. Voilà sans doute, malheureux-mais-pas-assez, le secret qui vous échappe.

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HK (4)

Publié le 2 Avril 2013 par F/.

La plupart des touristes motivés de HK montent voir le Grand Bouddha de Lantau : 34 mètres, 250 tonnes au service de la joie - une construction assez récente que, par temps clair, on peut apercevoir d'aussi loin que Macau et à laquelle on accède généralement par télécabine.

 

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Les tenants et aboutissants spirituels de l'affaire nous échappent en partie dans la mesure où, comme un gland, j'ai oublié mon guide dans un bus de Macau et que les commentateurs de TripAdvisor insistent surtout sur le fait qu'il y a du monde et un seul distributeur de $HK (qui se révélera HS). Il paraît qu'on peut entrer à l'intérieur de la bête ; nous ne nous permettons pas une telle privauté.

 

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C'est la seule statue de Grand Bouddha tournée vers le Nord, paraît-il ; toutes les autres regardent vers le Sud. La main droite est levée : un geste censé délivrer de l'affliction les pauvres types dans notre genre. Une relique de Siddhārtha Gautama est visible non loin de la statue, mais seulement si on fait une offrande. Nous passons notre tour. Il flotte ici un étrange parfum d'Eternel authentique mêlé d'afféteries para-Disneyland (le parc, par ailleurs, n'est pas loin). Le caractère sacré des temples bouddhistes s'accommode volontiers d'un déferlement touristique de masse, à base, principalement, de Chinois.

 

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Descente ensuite par le bus vers le village de Tai O, qui a connu son heure de gloire durant la Guerre Civile lorsqu'il accueillait des réfugiés fuyant les joies de la République Populaire. Aujourd'hui, c'est la misère -  l'incendie de 1990 a donné le coup de grâce et Tai O ne survit plus que grâce à on ne sait pas trop quoi - pas la pêche, en tout cas. C'est un endroit tout à fait étonnant, distillant une pauvreté typiquement esthétisante que, bien sûr, on s'en veut de goûter.

 

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