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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

top romans 10 1/2

Publié le 23 Janvier 2016 par F/.

top romans 10 1/2

Le top 10 des romans, c'est comme les vœux : jusque fin janvier, on a le droit. Voici donc - et ne vous laissez pas intimider par l'ordre - ma liste telle que publiée sur le site de Chronicart, où vous en trouverez d'autres au moins aussi affriolantes :

A.M. Homes, Puissions-nous être pardonnés (Actes Sud)

J.K. Stefansson, D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds (Gallimard)

D.J. Poissant, Le Paradis des animaux (Albin Michel)

Richard Powers, Orfeo (Cherche-Midi)

D.F. Wallace, L’Infinie comédie (L’Olivier)

Kim Zupan, Les Arpenteurs (Gallmeister)

Javier Cercas, L’Imposteur (Actes Sud)

Virginie Despentes, Vernon Subutex 1 & 2 (Grasset)

Darragh McKeon, Tout ce qui est solide se dissout dans l’air (Belfond)

Michael Malone, Le Parcours du combattant (Sonatine)

Une recension parcellaire et ridiculement incomplète en vérité puisque, mea culpa, j'avais omis, au moment de la rédiger, d'y faire figurer le faramineux Lila de Marilynne Robinson (Actes Sud), auteur dont nous reparlerons très bientôt en ce lieu-même pour chanter les louanges d'un essai à paraître.

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aladdin sane

Publié le 12 Janvier 2016 par F/.

aladdin sane

Tu as 8 ans. Tu as 43 ans. Tu aimerais bien comprendre pourquoi tu es si triste, pourquoi, comme des millions de personnes, tu as l'impression d'avoir perdu un membre de ta famille - si un membre de ta famille pouvait s'enfermer en tremblant dans un placard, le regard fou, et ne jamais en ressortir. A la mort de Lou Reed, tu as repris des pâtes. Tu seras bien triste quand Frank Black ne sera plus là, ce ne sera pas gai si tu survis à Damon Albarn ou à Thom Yorke, et tu préfères ne pas trop réfléchir au fait que Paul McCartney est encore de ce monde. Mais David Bowie, que tu n'as jamais vu en vrai, jouait dans ton salon avant même que tu t'intéresses à la musique. Ce matin, tu t'es soudain souvenu que tu te souvenais de tout. Que Bowie était à la fois le fantôme bienveillant qui habitait la B.O. de ta petite vie d'enfant timoré et celui qui a contribué à t'en extirper en usant de la manière forte. La première fois que tu as entendu Ashes to ashes chez des amis de tes parents, tu te rappelles ? C'est ton premier souvenir de lui. Les gens fumaient. C'était si triste. Plus tard, Bowie et la little china girl ont roulé enlacés sur la plage et quand elle a posé ce doigt sur sa bouche, cet ongle démesurément long, tu es devenu un peu cinglé, un peu plus voyant. "She said : sh-sh-shhh..." Est-ce qu'on peut se remettre de ça quand on a 11 ans, existe-t-il une célébration plus sublime de la démesure kitch de ces années absurdes et magiques ? Tu ne savais pas si c'était mieux d'être Prince ou David pendant les 80's à paillettes : maintenant, tu sais.

Plus tard, tu habites une banlieue maussade, tu te sens seul, tu n'es pas au mieux de ta forme, dirait-on, mais tu écoutes Space Oddity au casque, et tu découvres l'avant, le Bowie d'avant ta naissance, 22 ans !, qu'est-ce que vous faisiez, vous, à 22 ans ? - et brusquement, tu te figures que la musique est un paquet d'ondes et le temps un continent, et qu'il y a tout à écouter, tout à embrasser. Souviens-toi. Ce n'est pas compliqué. Tu as acheté Let's dance en single parce que tu n'as pas réussi à le voler au Monoprix. Tu louchais sur Deneuve dans Prédateurs mais lui, lui il était... Tu as lu Moi, Christiane F... et tu as vu le film, et tu as découvert Station to station, et alors toi aussi tu as vu Bowie en concert, les années Berlin, la trilogie, et tu as compris, avant de t'intéresser à Lynch pour de bon, que le sale était beau, que le triste se mariait follement à la grandeur, que la folie avait l'obligation d'être joyeuse : la langue des seringues et des trottoirs sales, des murs lépreux et du sexe triste apprise en restant blotti dans ton fauteuil. Tu es devenu quelqu'un d'autre quand tu as lu Burroughs, non ? Et quand tu as découvert que Bowie avait lu Burroughs, alors...

Fleas the size of rats sucked on rats the size of cats
And ten thousand peoploids split into small tribes
Coverting the highest of the sterile skyscrapers
Like packs of dogs assaulting the glass fronts of Love-Me Avenue
Ripping and rewrapping mink and shiny silver fox, now legwarmers
Family badge of sapphire and cracked emerald
Any day now
The Year of th
e Diamond Dogs

Tu aimerais maintenant qu'on te répète que Bowie était surévalué. Tu aimerais qu'on te cite le nom de quelqu'un qui aurait plus peuplé ta vie et tes rêves et dit quoi faire, quoi lire, quoi voir, quoi attendre du monde. Et encore : tu es allé voir Lost Highway seul et tu as su qu'il y avait autre chose que tu voulais être, et que c'était deranged, et perdu sur la route aussi si possible, parce que les secrets voyagent. Tu as suivi l'agent Bowie dans Twin Peaks le film, et tu l'as vu disparaître, il a toujours été très fort pour ça. Quoi d'autre ? Tu écoutais Tin Machine dans la voiture de ta marraine avant de partir aux États-Unis. Tu découvrais 1. Outside pendant que tu faisais ton objection de conscience au Secours populaire. Tu regardais le clip de Jump the say et tu te demandais comment on peut être aussi beau, de cette beauté à la fois dérangeante et réconfortante parce que l'on sait qu'elle n'est pas de cette Terre. Tu as pleuré en écoutant Where are we now. Tu t'es arrêté de respirer en regardant le clip de Lazarus. Bowie aussi s'est arrêté, mais plus longtemps, vraiment plus, un dimanche. A présent, tu attends qu'il revienne. Lui, le héros. Lui, le déviant. Le prince lunaire. Le frimeur magnifique. Le passeur, l'affligé des derniers jours. Et ce courage. Ce courage. Tu attends qu'il revienne et qu'on te dise que ta jeunesse n'est pas morte.

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listes at last

Publié le 9 Janvier 2016 par F/.

listes at last

L'homme fait des listes : pour se rappeler, pour "être sûr", pour ordonnancer le réel. Au bonheur des listes, qui fait écho à Au bonheur des lettres, sorti un an plus tôt aux Éditions du Sous-sol, est un "beau livre" (les anglais préfèrent le terme "coffe table book", et moi aussi, tiens, tant il est vrai que ces ouvrages sont faits pour être effeuillés, partagés, qu'ils ne vivent que s'ils traînent quelque part) qui place le chroniqueur face à une embarrassante nécessité : établir une liste de listes. Ce qui intrigue, dans la méthode du compilateur en chef Shaun Usher, et ce qui fait notamment le sel de son ouvrage, c'est l'ordre, ou plutôt le non-ordre apparent (aucun souci chronologique, ni même thématique) dans lequel il présente ses découvertes. Ses choix promènent le lecteur, l'amènent d'un lieu à un autre, le secouent, l'interrogent, le font rire ou l'inquiètent. En ouverture, par exemple, on découvre un éloquent exemple de to-do-list signé Johnny Cash. A propos de cette manie, les psys semblent formels : "[en établissant une telle liste], nous nous débarrassons du poids exercé par notre surmoi, et des menaces de culpabilité qui pèsent en cas de non-respect du pacte passé avec nous-même". Dans la liste en dix points de Johnny figurent notamment "embrasser June" et "pisser" (on sent bien le poids du surmoi), ainsi que l'intriguant "s'inquiéter", qui laisse le champ libre aux spéculations les plus diverses. Mais la liste ne procède pas nécessairement de l'action à venir. Elle peut se cantonner à une stricte récapitulation (ainsi de l'inventaire de Perec, qui consigne tout ce qu'il a mangé en une année - à première vue, il n'était pas végétarien), prendre la forme d'une série d'injonctions moralisatrices (les recommandations du club anti-flirt : "pas de clin d’œil - une paupières qui palpite et c'est l'autre qui pleure"), présenter des souhaits, des achats, des synonymes (le délicieux lexique de la Prohibition recensant les termes désignant un état d'ébriété), des codes, des conseils, des prédictions... ou des nains - par exemple, les cinquante noms que Disney avait en tête pour Blanche-Neige. A ce stade, on en est à la page 50 ; le livre en compte 300 : autant d'invitations au voyage, d'hilarantes ou névrotiques recensions, d'exhortations absurdes ou de surprises enchanteresses, featuring Chrisse Hynde, Isaac Newton, Marilyn Monroe ou Albert Einstein.

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