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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

le roman du mariage - Jeffrey Eugenides

Publié le 17 Mars 2013 par F/.

Article paru dans Chronicart n°78

Un grand livre travaille souvent contre son thème. En s’attaquant, dix ans après le chatoyant Middlesex, au roman universitaire façon années 80, Jeffrey Eugenides n’a pas choisi la facilité. C’est le syndrome post-Oprah Winfrey, post-trois millions de ventes : n’oubliez pas que je suis un auteur sérieux. Dans ce contexte, mettre en scène sur un campus de l’Ivy League des alter-egos sur-éduqués et transis de questionnements métaphysiques ressemblait, on l’imagine, à une bonne idée. Mais un personnage peut-il exister dramatiquement parlant en se tapant Introduction à la théorie sémiotique dans une fac ultra-sélect de Providence ? Avec Les Lois de l’attraction, Bret Easton Ellis avait trouvé une solution : ses étudiants n’allaient jamais en cours. Chez Eugenides, ils y vont peut-être un peu trop.

Revisiter une figure littéraire classique – ici, celle du triangle amoureux – est un moyen comme un autre de solliciter la bienveillance informée du critique. Férue de littérature romantique, la séduisante mais naïve Madeleine Hanna a suivi un cours intitulé « le roman du mariage » ; sa bibliothèque, décrite dès la première page, est à l’avenant. Issu d’un milieu plus modeste, Leonard Bankhead, mi-Axl Rose mi- David Foster Wallace, est un étudiant de biologie flamboyant et/mais maniaco-dépressif. Mitchell Grammaticus, enfin, a opté pour la théologie et s’intéresse benoîtement au salut de son âme : il incarne la voix de la raison, Leonard flattant le désir d’aventure de la belle à coups d’aphorismes éreintants du genre « l’autre face du dégoût de soi est la folie des grandeurs. »

En incurable rêveuse, qui n’a de ses prétendants ni les fêlures ni la densité, Madeleine fait bien sûr le mauvais choix pour elle, et le bon pour l’histoire. Ce parti-pris narratif gentiment misogyne, qui pose pour la millième fois la question de l’imprégnation littéraire questionne aussi, et c’est plus déroutant, l’intérêt intrinsèque du récit. L’auteur lui-même se montre dubitatif : « Qui utilisait encore le mariage comme ressort dramatique ? » Lardé de flash-backs et de changements de point de vue volontiers redondants, Le roman du mariage met donc son lecteur au défi. La question posée a-t-elle encore un sens ? La réponse est biaisée : tout se termine mal pour les intrépides Madeleine et Leonard, non à cause d’une erreur de jugement, mais parce que notre génie maudit est atteint de folie congénitale. On nous a raconté beaucoup de fables, semble nous souffler l’auteur, on nous a bien bassinés avec Barthes et Derrida mais la vie, en définitive, est une affaire tristement simple.

 

 

Eugenides qui, à l’instar de ses personnages, a étudié à Brown (et, tout comme Mitchell, a travaillé avec Mère Teresa en Inde), essaie sans doute d’explorer sa propre jeunesse à travers ce roman. Perdu dans l’admiration de ses propres circonvolutions narratives, cependant, il en oublie parfois son lecteur. « Peut-on utiliser un discours discrédité, à savoir la raison, pour expliquer un concept aussi révolutionnaire que la déconstruction ? » demande un personnage dès la page 68. Avant d’enfoncer le clou : « c’est dans la nature de la simplification d’être simple. » Trop intéressantes pour être passées sous silence, trop complexes pour être abordées en profondeur, les méditations dépressives de nos trois anti-héros wasp rappellent les errements de Sartre romancier, et ce n’est pas spécialement un compliment.

C’est qu’on discute beaucoup, dans Le roman du mariage : de gender studies, de religion, de la néfaste survivance des tropes induits par l’étude des vieux livres. Usant de savantes pirouettes métafictionnelles, Eugenides nous explique que les sections pénibles d’un grand roman participent in fine de sa vérité. La démonstration par l’exemple n’est pas tout à fait convaincante. Le traitement réservé au couple Leonard / Madeleine, notamment, est plombé par une tendance irritante à la verbosité. Faire passer un usage immodéré du name-dropping pour une afféterie post-moderne ironique étant devenu un truc notoirement dépassé, on pourrait pardonner à Eugenides de se retrancher derrière ses références pour masquer une passagère absence d’inspiration si on ne le savait pas, par ailleurs, capable d’extrême brillance. A cet égard, les passages concernant Mitchell, parti en Inde, sont une véritable bouffée d’oxygène. Paumé dans Calcutta, béat, il a l’impression d’avoir fumé des joints. « Il était si absorbé qu’il oublia où il allait. » Pas trop tôt !

 

 

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sur le départ

Publié le 17 Mars 2013 par F/.

Donc,  je serai à Pornic demain, dans une ville où je me suis déjà rendu quatre fois : magie des rencontres non seulement avec des élèves, mais également avec un prof de Français qui est devenu un copain (ainsi qu'un relecteur avisé) et une excellente documentaliste. Jeudi, je pars à Hong Kong avec ma femme et sans enfants - huit jours complets sur place. Pourquoi HK ? demandent des amis perplexes. Parce que j'y suis déjà allé il y a un an et demi, si vous vous souvenez bien, et que j'ai adoré, mais que j'ai eu la sensation de rater plein de trucs. Parce que voyager seul est l'une des expériences les plus intenses qui soient mais aussi, en ce qui me concerne, l'une des moins marrantes et des plus frustrantes. J'essaierai d'écrire des choses intéressantes de là-bas ; je ne promets rien. En fait, je n'aime rien tant que débarquer quelque part et sentir que je suis largué, incurablement clueless. Ce privilège - quelque chose, si l'on veut, de l'ordre de la noyade momentanée - n'a pas de prix à mes yeux, et je ne mésestime pas son influence sur les processus créatifs : ne vous étonnez donc pas si l'un de mes prochains romans se passe là-bas.

 

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haut dans le ciel

Publié le 12 Mars 2013 par F/.

Cartographie des nuages reste, sur le plan structurel et conceptuel, l'un des romans les plus fascinants du 21e siècle so far : six histoires en dominos, la dernière - la plus éloignée dans le temps, la seule ininterrompue - faisant office de miroir et déclenchant une nouvelle cascade jusqu'au récit originel. Ceux qui me suivent connaissent mon profond attachement à David Mitchell et à ses romans ; se déploie dans celui-ci une symphonie narrative placée sous le signe du vertige, questionnant avec une élégance toute british la fiction en tant que monolithe, sa puissance et sa fécondité. Le film-monstre du trio Wachowski - Tom Tykwer ($102 millions de budget seulement, serait-on tenté d'écrire, financés par des sources indépendantes, un beau bide aux US mais des recettes mondiales qui sauvent la mise) est à leur image : génial, au sens freaky du terme. Torturant sans vergogne la grammaire cinématographique du bon goût ("it's like translating a work into another language", notait diplomatiquement Mitchell en interview), le frère, la soeur et leur acolyte fracassent la structure du roman (les six récits sont désormais intimement entremêlés) et l'infusent, en donnant six rôles à chaque acteur sans mégoter sur les changements de sexe, d'un mysticisme techno-bouddhiste qui, à titre personnel, me plonge dans un ravissement sans limites. "What is any ocean but a multitude of drops ?" est la question finale du livre. Ici, on se perd dans les étoiles, la conception linéaire et maladivement occidentale du temps n'est plus qu'un drôle de souvenir et vous devez admettre que la réincarnation, la mort et les histoires ne sont que les facettes d'un même objet indéfinissable et magique situé quelque part entre Dieu et la réalité. Naturellement, un OFNI de cette nature était destiné à se crasher. Long de 2h50, le film peine souvent à émouvoir, et le lien entre les différentes parties (notamment L'Épouvantable Calvaire de Timothy Cavendish) brille parfois par sa superficialité, mais soyons honnête : il s'agit là d'une tentative cinématographique sans équivalent, traversée d'authentiques morceaux de bravoure visuelle, réalisée sans l'appui des majors (on les comprend, hélas ; on comprend leur frilosité navrante, leur absence chronique de vision) et offrant au spectateur une expérience de transcendance unique. Le béotien, le chroniqueur du Masque et la plume, trouveront mille raisons de détester ce film et de n'y voir qu'un grandiloquent ratage, comme le furent en leur temps 2001 L'Odyssée de l'espace ou The Tree of life). Les Wachowkis ne sont pas Malick, et encore moins Kubrick, mais je donne tout mon amour à des cinglés qui, en 2013 encore (ou déjà) tentent, en soumettant le monde aux contorsions hystériques de leur art, de lui arracher ses plus brillants secrets.


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attendre la chute

Publié le 11 Mars 2013 par F/.

 

Mike Milosh (à gauche) est un homme : ça, vous auriez pu le deviner. Ce qui est plus suprenant, c'est son timbre - un contralto ample et lumineux comme un matin d'hiver que vous allez entendre sur The Fall (insérer ici la traduction qui vous conviendra - les deux font l'affaire), le stupéfiant single de Ryhe. Le premier album de ce duo Canadien + Danois basé à L.A. oscille, disent les critique, entre The XX et Sade - façon d'expliquer qu'ils ne savent pas très bien si c'est indé-classe ou soul-lavasse, et qu'ils ont peur de mal choisir. En ce qui me concerne, je pencherais pour un Destroyer plus sensuel que cérébral, ce que tendraient à confirmer les propos du principal intéressé : "I have to admit that I've always had an intense attraction to songs that are sad, soft and beautiful. I actually cried the first time I heard Albinoni's adagio for strings (I was like 5) and it's always stuck with me. [...] I've always wanted to create songs that in some way come from that same place in me that felt so much for the music that defined my childhood -- beautiful music." Il est possible que le soufflé retombe rapidement. En attendant, il pleut dehors, tout le monde est un peu triste et, dans le genre Everthing but the girl for the 10's, c'est assez terrassant.

 

 

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something for the weekend

Publié le 10 Mars 2013 par F/.

Salon du polar de Mulhouse (a.k.a. Le Festival sans nom) : première édition. On sait combien ce genre d'initiative peut s'avérer périlleuse, et à quel point le succès met généralement du temps à se dessiner. Et ça n'a pas raté : en dépit d'un plateau ô combien qualitatif (Ingrid Astier, Marcus Malte, Karime Miske, Olivier Truc, Dominique Sylvain, etc.), et malgré les efforts des organisateurs, dont il faut souligner l'exceptionnelle gentillesse, le public ne s'est pas vraiment déplacé en masse pour les signatures (les tables rondes, elles, faisaient salle comble). Mais pas de panique, les amis, ça va venir ! Personnellement, je me suis copieusement marré avec Léonore D. (colonne vertébrale des éditions Sonatine), Diniz Galhos (auteur de Gokan, et traducteur du Livre sans nom) et R.J. Ellory, gentleman cinglé à l'irrésistible humour tongue-in-cheek, qui est en train de devenir un véritable copain. Ce matin : pas de séance de dédicaces. Il faut dire que Mulhouse, le dimanche, c'est assez calme.

 

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A part ça, amis facebookiens, Ta Mort sera la mienne a désormais une page dédiée : photos, Q/R, extraits, etc.

 

 


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1899 forever

Publié le 9 Mars 2013 par F/.

1999 : première parution aux éditions Mnémos sous la houlette de Stéphane Marsan. 2003 : reprise en poche aux éditions du Serpent à plumes avec Pierre Bisiou. 2013 : retour de Confessions d'un automate mangeur d'opium chez Bragelonne avec dorures, coins arrondis et préface inédite. It was about time ! Rendez-vous fin avril chez votre libraire préféré.

 

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what elfe ?

Publié le 9 Mars 2013 par F/.

Je sais, ce titre craint. Mais croyez-le ou non, j'ai une nouvelle dans cette antho. Grâces soient rendues à Sylvie Miller et Lionel Davoust, dont la patience et l'opiniâtreté ont eu raison de ma propension légendaire à tout rendre environ quatre ans en retard.

 

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un lieu, des livres

Publié le 7 Mars 2013 par F/.

Je serai dès demain soir à Mulhouse pour le Festival sans nom. Il y aura R.J. Ellory, Marcus Malte, Patrick Raynal et d'autres copains. Plus de détails ici.

 

 


 

A part ça, on est en ce moment dans la 2e partie de la saison 3 de The Walking dead et je dois dire que c'est en train de devenir un peu chiant.

 


 

Reçu hier deux livres de potes :

 

 

et

 

 

Je vous en dirai plus si je trouve ça bien et que je pense pouvoir rester objectif.

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argo fuck yourself

Publié le 6 Mars 2013 par F/.

Vu ce dimanche : Argo. Nous nous étions trouvé, quand le film oscarisé de Ben Affleck est sorti, tout un tas de bonnes excuses pour ne pas aller le voir, du genre "c'est quoi ce sujet ?", "come on : Ben Affleck ?!" ou "livrons-nous plutôt à une activité constructive du genre après-midi glande-gaufres", eh bien, mal nous en a pris, mes aimables agneaux : si on met un instant de côté l'aspect gentiment propagandiste du truc (même s'il paraît que des salles iraniennes l'ont passé en loucedé et que les ventes de bootlegs ont atteint des records - "[some] Iranians have claimed that the high DVD sales is a form of silent protest against the government's ongoing hostility to relations with America", affirme Wikipedia) et le jeu un rien monolithique du Ben sus-nommé, ce film est un bijou admirablement monté et peuplé, ce qui ne gâche rien, de seconds rôles tout à fait savoureux, au premier rang desquels Alan Arkin et John Goodman. C'est prenant, marrant, instructif, c'est du cinéma américain intelligent qui ne sacrifie jamais la narration sur l'autel du spectaculaire, bref, nous avons adoré. Vous serez peut-être surpris (je l'ai été) d'apprendre que l'histoire narrée (l'exfiltration par la CIA et le Canada de six diplomates américains sous couvert d'un tournage de film de SF ringard) est en grande partie authentique, et sans doute beaucoup moins de savoir qu'un autre film, Escape from Iran : The Canadian Caper a été réalisé pour la télé en 1981 par un certain Lamont Johnson, mais il est bon de s'instruire parfois. J'ai maintenant vu sept des neuf oeuvres nominées aux Oscars (Les Misérables, c'est au-dessus de mes forces, Lincoln attend encore) et je dois dire que le choix de l'Académie me paraît plutôt solide, même si le fait de ne pas avoir inclus Affleck dans la catégorie meilleur réalisateur ressemble à un gros gag improbable dont quelqu'un ici pourra sans doute m'expliquer le sens caché.

 

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Spécial Origines !

Publié le 6 Mars 2013 par F/.

Fred Boot est un ami. Bien sûr, je ne l'ai vu que deux heures dans un bar japonais de Hong Kong mais nous sommes en 2013, hein, et l'amour n'a pas de frontières. Fred Boot est, par ailleurs, un garçon au talent assez agaçant. Ceux d'entre vous qui auraient passé les dix dernières années dans un caisson d'isolation sensorielle ignorent peut-être que nous avons commis une BD ensemble, dont je suis particulièrement fier.

 

 

Aujourd'hui, et en attendant que je le reprenne en mains, Fred Boot se lance dans un nouveau projet : seul, comme un grand, sans éditeur. La crise, mon bon monsieur, mais aussi un nouvel élan créatif et une formidable opportunité offerte par Kisskissbankbank, société de mécénat solidaire pratiquant le crowdfunding. Spécial Origines est inspiré par l'enfance de Fred et sa découverte des comics américains ; du peu que j'en ai vu, ça s'annonce assez grandiose. Une évidence s'impose : ce mec a basculé très tôt du côté obscur de la Force. Il n'en a pas moins besoin de votre soutien : pour 1, 10, 20 € ou plus, vous pouvez, vous devez l'aider à atteindre son objectif financier (c'est en bonne voie mais ce n'est pas encore gagné) : je revois ce petit salopiaud dans trois semaines, soit au terme de la période de financement, et je ne tiens pas à récupérer une épave en larmes. Tous les détails sont ici, folks - vous savez ce qui vous reste à faire. Merci pour lui, et pour nous !

 

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