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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

hollow inside

Publié le 26 Mars 2014 par F/.

Il existe globalement deux façons de parler des films qu'on n'a pas aimés : cassage de gueule en règle ou recension fatiguée. Par égard aux frères Cohen, qui peuvent être considérés à peu près une fois sur deux comme des bienfaiteurs absolus de l'humanité, je jetterai un voile pudique sur Inside llewyn davis, un film qui a été tellement encensé par la critique qu'on ne peut que le trouver merdique si on s'intéresse à ce que racontent les gens en général et qu'on est doté d'un esprit de contradiction supérieur ou égal à celui d'un journaliste de D8. ""I feel they took a vibrant, crackling, competitive, romantic, communal, crazy, drunken, brawling scene and crumpled it into a slow brown sad movie" a dit Suzanne Vega mais c'est normal : elle n'est pas critique. Quant à moi, par souci d'honnêteté, j'ai été contraint de répondre "oui, parfois" à mon ORL qui me demandait s'il m'arrivait de m'endormir devant un film puisque visiblement, ce truc de 105 minutes filtré en gris-bleu et censé nous démontrer que tout le monde n'a pas la chance d'être Bob Dylan, n'était pas seulement un pari sur la patience idiote des journalistes de Greenwich Village.

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true detective (et faux spoilers)

Publié le 14 Mars 2014 par F/.

Les histoires que nous nous racontons. Les récits que nous inventons en tournant nos regards vers les étoiles. L'expérience primant sur la révélation. La possibilité, non pas seulement d'une banale rédemption, mais d'un élargissement brutal des perspectives. Non, Rust Cohle n'est pas devenu chrétien. Mais, désormais, il doute de son doute. " There was no me. Just love… and then I woke up." Comme lui, et tandis que l’œil de la caméra scrute les ténèbres à la recherche de réponses distantes, nous restons puzzled. Nous sommes tous des puzzles que quelqu'un, quelque part, a fait semblant de résoudre, et c'est le rire de ce quelqu'un qui nous constitue. Et puis quoi ? A l'étrange et tardive épiphanie de Cohle répond l'irrésistible ascension d'Errol Childress, le maître de Carcosa ("Strange is the night where black stars rise", clame le poème du Roi en Jaune), victime expiatoire de la conspiration contre la race humaine qui entend se délivrer par le meurtre du cycle infâme de la vie et attend littéralement qu'on vienne le chercher. “My ascension removes me the disc in the loop", murmure-t-il comme un candidat à la délivrance karmique : oui, c'est tout. Et, pour le malheureux spectateur happé par huit épisodes de cauchemar gothique, c'est évidemment trop peu - le "trop peu" nécessaire. Rendons grâce à Nic Pizzolatto, d'abord, d'avoir évité les deux écueils fondamentaux : celui de la farce lovecraftienne, et celui du polar hard-boiled 100% cartésien. Comme celui de Lost, l'intérêt de cette première saison de True Detective se niche dans les questions qu'elle nous arrache, dans les béances poisseuses de sa trame, dans les brusques et artificiels coups de rein de sa ligne narrative. C'est un show par essence inachevé, qui rompt avec la perfection idiote de certains de ses prédécesseurs et, en cela peut-être, ouvre une ère nouvelle. Ses mensonges, ses errances, ses manques (et ceux de ses deux personnages principaux) troublent le spectateur accoutumé à la rotondité des récits parfaits, et je soupçonne que c'est l'une des raisons de son succès. L'autre, naturellement, c'est McConnaughey, le fantôme badass des bayous qui traîne son nihilisme frelaté comme une croix nécessaire et, pour finir, tue l'ennemi fondamental à coups de tête. Rust Cohle est fatigué de Nietzsche, fatigué de cette douleur perpétuelle qu'est la vie, et c'est pourquoi il nous est parfaitement indispensable. Levant la tête au cœur du labyrinthe, juste avant la confrontation finale, il aperçoit une sorte de trou noir : le tourbillon bleuté qui déchaîne les passions avant de les engloutir, et ne recrache rien. Nous ne saurons jamais que faire de ce fatras quantique, métaphysique, hallucinatoire mais, grands dieux, mille fois tant mieux.

true detective (et faux spoilers)
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Rome et rien d'autre

Publié le 12 Mars 2014 par F/.

Jep Gambardella s'enfonce dans les territoires capiteux de la mort et le nom de la mort est Rome. Rome : figée sous le poids d'une beauté immémoriale et tuante dont l'esthète tente de retrouver l'écho à travers un lent brouillard de mondanités absurdes. Le bruit blanc du monde, le bla-bla lancinant pour se distraire du temps tandis que le Vrai sédimente ; et Jep, Jep : l'homme qui n'a goûté que l'écume des choses. Il faut voir Toni Servillo, dans l'une des nombreuses bacchanales que le film met en scène, il faut le voir danser mains levées, au ralenti, un sourire désastreux aux lèvres, pour comprendre ce qu'est la défaite. Partout, la mort. Et partout, cette beauté hautaine, inaccessible : Rome.

Je vois parfaitement ce qu'on a pu reprocher à La Grande Bellezza : une vanité sans limite couplée à une réalisation évidemment fellinienne, comme s'il n'existait, en Italie, que cette voie-là pour fustiger la décadence. Mais comment filmer Rome autrement ? Comment dire ce mélange unique de pourriture et de splendeur, tandis que les humains persistent à se trémousser au bord du gouffre ? Mépriser le regard désabusé que Jep promène sur son univers, c'est lui refuser notre pitié, c'est en vouloir à Patrick Bateman de ne s'intéresser qu'aux marques, feindre d'ignorer l'inévitable morale de ce conte moderne. Car que cherche le vieux Jep, écrivain sans histoires, en côtoyant des beautés fanées, en plissant les sourcils devant des installations d'art contemporain si grotesques qu'on ne les distingue plus de la vie pâle qui les a engendrées ? Il cherche ce qui n'existe qu'en lui, au plus profond - il cherche son âme dans celle, infiniment plus vaste, de la Cité Éternelle. Son appartement domine le Colisée ; les nuages déchirent le crépuscule ; au loin gémissent les violons du Kronos Quartet (B.O. sublime, de bout en bout). Jep erre dans la ville, tout le monde meurt doucement autour de lui - d'un souffle, une sainte centenaire agenouillée sur son balcon disperse un vol lourd de flamants qui repartent vers le sud. "Je connais le nom de chacun de ces oiseaux", affirme-t-elle, déjà ailleurs. Jep, lui, ne connaît plus le nom de rien. Alors, en attendant l'Heure, il déambule au cœur de la merveille.

Dans la scène d'introduction, sur la colline du Janicule, un touriste japonais émerveillé prend des photos de la ville avant de tomber, inanimé - et qui s'en étonnera ? Ailleurs, les chœurs minimalistes de l'Ensemble vocal de Turin ânonnent du David Lang entre les murs nus d'un couvent. Si vous vous relevez de cette mort-là, un conseil : quittez Rome sans attendre.

Rome et rien d'autre
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grosse fatigue

Publié le 10 Mars 2014 par F/.

Il y a encore dix ans, l'idée d'aller voir "le nouveau Woody Allen" me mettait carrément en joie. C'était la promesse d'un moment gentiment bourgeois mais léger, pétillant et plein d'esprit. Las ! Depuis quelque temps (Whatever works étant pour moi le dernier long métrage honorable d'une filmographie à bout de souffle), ce bon vieux Allen Stewart Königsberg semble avoir pris acte du fait que ses petites comédies névrotiques continueraient à perdre du fric jusqu'à la fin des temps et ne marcheraient jamais aux USA. Il s'est donc lancé avec un entrain assez déprimant dans le bon gros film bourrin conventionnel. Minuit à paris, son plus gros succès au box-office mondial avec Carla Bruni en guest, ressemblait à une pub sur Paris pour touristes japonais sous-informés. Blue Jasmine n'est guère plus convaincant. A vrai dire, c'est l'un des films les plus chiants qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps. L'histoire (une new-yorkaise qui a été riche s'installe chez sa frangine à Frisco et découvre la vraie vie - mais en même temps pas vraiment) est racontée avec un manque de conviction assez ahurissant. Pour le dire clairement : ce qui arrive à cette pauvre Jasmine, on s'en tape à mort. Je n'ai même pas envie d'en dire plus. Cate Blanchett a reçu plus d'une vingtaine d'awards pour ce rôle, et j'imagine que ça la consolera d'avoir dû jouer dans Le Hobbit, mais c'est pas ça qui me rendra ces 98 minutes lénifiantes. Woody, tu dois avoir un peu de blé de côté, tu nous as offert trois décennies de films merveilleux. Merde, tu tiens vraiment à tout gâcher ?

grosse fatigue
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par pitié ne me faites pas de mal

Publié le 5 Mars 2014 par F/.

par pitié ne me faites pas de mal

Noté, dans une récente interview de Bret Easton Ellis (un homme auquel on ne pourra pas reprocher de fermer sa gueule pour de mauvaises raisons) sur VICE : "It’s very difficult for them [les membres de la Generation Wuss] to take criticism, and because of that a lot of the content produced is kind of shitty. And when someone is criticised for their content, they seem to collapse, or the person criticising them is called a hater, a contrarian, a troll." Je ne sais pas si les œuvres produites aujourd'hui sont "moins bonnes" parce qu'on n'ose plus critiquer leurs créateurs, je n'ai pas d'avis sur cette question mais sur l'existence même de la Generation Wuss (une confrérie dont les frontières excèdent allègrement, si vous voulez mon avis, les limites générationnelles fixées par B.E.E. - i.e. les trentenaires - et dont je m'horrifie plus souvent qu'à mon tour de faire partie), je n'ai guère de doutes. Je pense particulièrement aux écrivains présents sur Facebook. Sur mes 4950 "amis" actuels, un certain nombre sont ou se proclament auteurs. Et une bonne portion de ces auteurs, pour le dire gentiment, ont beaucoup de mal avec les critiques négatives. Bien sûr, apprendre qu'on a écrit un ouvrage médiocre ne peut pas faire plaisir, surtout quand on est persuadé que c'est faux. Mais nous devons en convenir : pour des raisons aussi complexes que regrettables, nous avons été éduqués dans l'illusion que nous pouvions et devions plaire à tout le monde.

Il est toujours plus facile de donner que de recevoir. Lorsque quelqu'un nous assure que nous sommes géniaux, nous trouvons ça légitime. Certains d'entre nous se laissent même aller à croire que c'est vrai. En général, nous insérons un lien vers la critique, assorti parfois - raffinement bienvenu - d'un commentaire pseudo-gêné du genre "oh oh, quand même, il/elle exagère". Mais reconnaissons-le : du point de vue de l'image (parce que, rappelons-nous, nous voulons aussi que le monde comprenne que derrière l'écrivain hors du commun se cache un être humain d'une exquise humilité), les critiques laudatives ne sont pas évidentes à gérer. Les lynchages, c'est plus simple : ce sont nos chers "amis" qui se tapent l'essentiel du boulot. Tout ce que nous avons à faire, nous, c'est de fournir le lien, un lien issu - mais cela, nous ne le précisons jamais - d'une embarrassante séance d'ego-surfing. Un silence digne s'impose alors. No comments, gentlemen. No pictures. L'homme seul, frappé par un destin adverse, tête haute dans la tempête. Et c'est sur ce point-là que je rejoins volontiers ce bon vieux Bret. Les trois quarts du temps, la réaction des "amis" est largement aussi consternante que l'initiative qui en est à l'origine. Le critique est une merde. Le critique est aigri. Le critique n'a rien compris. Le critique n'a qu'à écrire, lui. Qui a besoin de ces connards de critiques ? (S'il personne ne propose le lynchage, c'est uniquement parce que le critique n'est pas géolocalisé. "Les gars, on le tient ! Prenez les fourches !") Ne t'inquiète pas, XX : nous, on sait ce que tu vaux. Tiens, sèche tes larmes.

Sérieux, ça craint. Ça donne de l'écrivain l'image d'un gros lourdaud pleurnichard quêtant le réconfort de ses admirateurs. Ça donne des commentateurs l'image de pauvres moutons bêlants incapables d'exercer leur sens critique au prétexte que l'écrivain est un "ami". Surtout, ça fait ressembler FB à une annexe miteuse de SOS détresse-amitié, l'anonymat en moins, la veulerie en plus. Parce c'est quoi, le message ? Parce qu'on est "ami" avec quelqu'un (ce qui, soyons honnêtes, se résume la plupart du temps à avoir liké ses commentaires sur l'intelligence émotionnelle de J-F Copé ou l'euthanasie d'un girafon), ce quelqu'un n'est pas capable parfois de faire de la merde ?

Le top, pour l'écrivain outragé, c'est de laisser passer cinquante commentaires indignés et de clore le débat par un message de tempérance universelle : "non mais attendez, c'est pas parce que ce pauvre critique n'aime pas mes livres que vous devez nécessairement couper les orteils de ses gosses ou l'abonner au Figaro à vie. Après tout, chacun ses goûts de chiottes, songez quelle vie affligeante ce malheureux doit mener pour se livrer à de telles exactions." En somme, je vous livre la victime mais soyez gentil de ne pas la torturer sous mes yeux, je ne supporte pas l'odeur du sang (attendu que, de toute façon, le critique en question ne fait pas partie des amis FB de l'auteur et ne pourra pas se défendre, quand bien même cette idée saugrenue lui aurait traversersé l'esprit).

J'ai réagi deux ou trois fois à des critiques négatives sur le blog des intéressés parce que d'autres personnes que moi étaient directement mises en cause, ou que l'exercice virait trop ostensiblement à l'attaque ad hominem (dans un prochain post : "ces excités qui font les chauds sur le web et que vous rencontrez un jour en vrai"). J'ai posté ici-même quelques messages énervés sur des articles qui m'avaient particulièrement blessé. J'ai répondu il y a six ou sept ans à un razzie obtenu pour SUNK parce que les razzies n'existaient - mais ça, je ne l'ai compris que bien après - que pour des gros bêtas dans mon genre y réagissent. Je ne crois pas (je peux me tromper) m'être un jour plaint de mauvaises critiques sur FB. Mais je suis à peu près certain de n'avoir jamais volé au secours d'une consœur ou d'un confrère sur le mode compassionnel actuellement de rigueur - "ne t'inquiète pas, l'autre est un con."

Brothers et sisters, vagues congénères ou authentiques sœurs ou frères de plume, si vous vous faites défoncer la tête, just deal with it : ça fait partie des risques du métier. Et si vous n'êtes pas capable de sourire noblement et de passer à la suite, songez peut-être à changer de boulot. Toute critique, bonne ou mauvaise, est un mensonge organisé ; il y a des trucs nettement beaucoup plus graves dans la vie.

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et passe-moi le sel

Publié le 4 Mars 2014 par F/.

et passe-moi le sel

Vu Guillaume et les garçons, à table ! juste avant le hold-up ennuyeux des Césars. On m'a doctement expliqué ces derniers jours qu'il ne s'agissait pas d'un film sur l'homosexualité. Vrai : c'est un film sur l'hétérosexualité. Sur le lien fantasmé entre identité et orientation sexuel, pour être plus précis. C'est, surtout, un film où tout s'avère tristement simple : oui, on peut se révéler "100% hétéro", oui, on peut solutionner un problème vieux de 20 ans telle une équation au second degré, oui, on peut rire de tout et un peu n'importe comment du moment qu'on est "sincère". Certes, les homosexuels qui n'ont pas eu le soulagement de découvrir qu'ils étaient en vérité de l'autre bord sont dépeints, au choix, comme des étalons narcissiques décérébrés ou comme des rebeus dépravés adeptes de tournante, mais ce n'est que du cinéma, hein. Guillaume Gallienne, très satisfait, nous inflige son spleen bourgeois à coups de gags sur-signifiants qui auraient sans doute eu leur place dans le dernier Almodóvar (ceux qui auront réussi à tenir plus de cinq minutes devant Les Amants passagers en tireront les conclusions qui s'imposent). Bref, la vie, c'est plus marrant quand on est riche et qu'on peut se payer des psys incompétents. Guillaume et les garçons, à table ! modifiera-t-il en profondeur le regard que les homophobes portent sur leurs congénères invertis ? Ah zut, j'oubliais : c'est pas le sujet.

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