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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

over the bridge

Publié le 27 Mars 2012 par F/.

Je ne sais pas vous, mais j'ai l'impression qu'il flotte actuellement un air de morosité assez hallucinant sur le pays. Tout le monde serre les fesses en attendant le second tour, ou quoi ? M'est avis qu'il faudra continuer de toute façon à les serrer après. Les librairies sont vides, les enthousiasmes retombent, les gens regardent leurs pieds, l'espoir s'étiole. Vrai, je commence à avoir pas mal de copains au chômage et/ou en situation de précarité. Le côté bohème déteint sur l'étiquette bourgeois, mais ce n'est pas par choix. Des copains divorcent, ont divorcé, ou vont le faire. Relu cette phrase de Stephen King, il y a peu, non sans gratitude pour la femme de ma vie : "la combinaison d'un oragnisme en bonne santé et d'une relation stable avec une femme autonome [...] est ce qui a rendu possible un travail régulier et continu dans ma vie d'écrivain." A ce propos, tiens : le truc à la mode, en ce moment, c'est d'expliquer qu'artiste ne va/doit plus être un métier, qu'il n'est de toute façon pas normal d'en vivre, que l'art appartient à tout le monde. Trois réflexions en passant : d'abord, ces remarques émanent systématiquement de personnes qui, à l'heure actuelle, ne vivent pas de leur art ou de leur artisanat (plume, pinceau, instrument). Ensuite, elles sont généralement publiées dans des magazines eux-même payants, ce qui me semble légèrement contradictoire. Enfin, il ne vous surprendra pas de savoir que, sur le principe, je suis parfaitement d'accord : l'idée de payer pour avoir accès à l'art est plutôt déprimante. Mais beaucoup moins que celle d'avoir à payer pour bouffer, se soigner ou s'abriter de la pluie. 

 

http://www.handylife.com/images/stories/divers/gratuit.png

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en rouge et noir ?

Publié le 23 Mars 2012 par F/.

R.J. Ellory : le client idéal pour un entretien en librairie. Le type marrant, fin, technique rôdée, réponses ad hoc, variété de tons et de registres - vraiment, j'espère que les gens qui étaient à Atout Livres hier soir ont apprécié, parce que moi oui. Suite à quoi nous allons dîner au repaire habituel avec ledit R.J. et la Sonatine's dream team moins les Saumurois, excusés. Merde, je commence à me sentir vraiment en famille avec ces gens. La nuit est douce, étonnament. Roger fait des déclarations d'amour à un peu tout le monde. Jérôme, notre bien-aimé libraire, sourit, tranquille. Nous parlons meurtres, tripes, Pôle emploi, salons futurs, nous parlons espadons, éditeurs, M. Moorcock, et le boss sirote du rosé au glaçon. Vient le temps déchirant des adieux. François V. se fend d'un baise-main, Roger roule des mécaniques, échanges de mails, promesses à tenir. Je regagne mes pénates, entre dans la résidence endormie, les Kills vagissent dans mes écouteurs, j'arrache un panneau pelouse interdite - ma croisade personnelle, je vous expliquerai. Un Nurofen 400 plus tard et me re-voici, frais comme un gardon, prêt à aller causer Game of thrones avec des gens de, well, France 5.

 


 

Entendu à la radio, cette réponse d'un intervenant droitiste à un auditeur qui déclare qu'il votera Mélenchon : "Alors donc, vous soutenez Fidel Castro ?" J'ignore s'il existe une expression équivalente à celle de "point Godwin" pour les contempteurs d'une certaine gauche résolus à brandir, jusqu'à la fin des temps, la menace d'un drapeau rouge annonciateur, j'imagine, d'une monstrueuse vague sanglante mais le cas échéant, elle pourrait servir ici. Pour le reste, je vous renvoie - moi qui ne connais pas grand-chose au sujet mais me méfie par principe de ceux qui aboient avec la meute - à cette note ancienne du principal intéressé et au lucide avertissement afférent : "Je préviens mes lecteurs qui se laisseraient aller à trouver mon point de vue intéressant et pire à le partager : ils seront immédiatement cloués au pilori, injuriés de toutes les façons possibles et sommés sans trêve de se justifier."

 

http://www.astrosurf.com/luxorion/Documents/orage-friedlein.jpg

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grateful

Publié le 20 Mars 2012 par F/.

De Big Fan à Blue Jay Way, de La Mémoire du vautour à Invisible en passant par Bal de givre à New York, j'ai, on le sait, la désagréable/drôle d'habitude d'écrire des romans à partir d'une chanson (liste disponible sur demande). Un gimmick bien involontaire, croyez-moi. Mais une fois encore, ça n'a pas raté. Moi dans un Starbucks, PC sur les genoux, écouteurs dans les oreilles.

http://28.media.tumblr.com/tumblr_laacjdReLL1qz4d4bo1_500.jpg

Et la vie serait plus parfaite encore (mais beaucoup moins intéressante) si je comprenais quelle étrange alchimie est à l'oeuvre lorsque le son informe l'écrit et que la texture s'immisce dans l'histoire. Cette fois, Beth Jeans Houghton et sa voix d'ange ont débloqué, en quelques dizaines de minutes, une situation romanesque très clairement mal engagée. "Je voudrais remercier mes parents et la fonction repeat." Alors certes, la vidéo fait un peu mal aux yeux. Mais Liliputt, bon dieu ! Cet hymne-cavalcade m'accompagne depuis quelques jours maintenant, et j'en fais l'égal dynamique, dix-huit ans après, du Tonight we fly de Divine Comedy - pas moins.

 

 

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please don't be long

Publié le 18 Mars 2012 par F/.

Ce matin très tôt, sur France Inter, on causait de Blue Jay Way dans l'émission La justice c'est comme la sainte vierge. Et ça s'écoute ici.

 

http://www.thebeatles.art.pl/data/nuty/blue_jay_way.gif

 


 

A part ça je me suis traîné au salon du livre (trop de monde, mais débat sympa), j'ai ajouté mon nom à une liste de soutien d'auteurs de polars (oui, je sais) à Jean-Luc Mélenchon, parce que le concept de vote utile, franchement, je ne vois pas trop. Puis : soirée avec des amis qui, peut-être, en ont assez d'être cités à tout bout de champ et sans sommation. Ah oui, et je suis en train d'écrire un article pour Jalouse (oui, je sais) sur le suicide. Dimanche, quoi.

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des livres, bordel

Publié le 17 Mars 2012 par F/.

Aujourd'hui, au salon du livre de la Porte de Versailles, de 17 h à 18 h : conférence grand public sur la P'tite Scène (U10). Alala les amis je ne vous dis pas comment ça va déchirer son lévrier afghan :

Rencontre avec Chris Debien (Black Rain, Flammarion), Vincent Villeminot (Instinct, Blast), Stéphane Marsan (directeur publication et fondateur de Bragelonne) et Fabrice Colin (La Vie extraordinaire des gens ordinaires, Flammarion).

"Entre phénomènes étranges, créatures, rêves et univers parallèles, les auteurs de littérature fantastique ne manquent jamais d’idées pour nous raconter des mondes bien loin de notre quotidien. Pourtant, derrière cette imagination débordante, n’y aurait-il pas des traces de ce qui nous entoure ?" [Ce texte n'est pas de moi.]

 


 

Et sinon, j'ai deux copains qui sortent des livres ces jours-ci :

 

http://www.decitre.fr/gi/71/9782755506471FS.gif

 

http://www.lavolte.net/gfx/books/elliot_du_neant_couv.jpg

 

Achetez-les, où des bébés loutres mourront.

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personal jesus

Publié le 15 Mars 2012 par F/.

En préambule à toute évocation des Shins, il y a évidemment cette scène mythique de Garden State - Nathalie Portman, féerique, et ce crétin qui ôte son casque beaucoup trop tôt :

 

 

Et puis, en ce qui me concerne, il y a la route 40 qui, de Barstow, longe le désert Mojave par le Sud, s'en va vers l'Est et, à hauteur de Needles, se jette dans l'Arizona tel un fleuve avide de mort. Pourquoi cette route ? Parce que c'est là que, pour la première fois, nous avons écouté Wincing the night away, troisième album de The Shins, le dernier avant Port of Morrow, donc, qui sort ces jours-ci et ne dépare en rien une discographie strictement miraculeuse. Car je vous l'affirme, mes soeurs & mes frères : quiconque n'a pas écouté Saint Simon un jour de joie puis de tristesse (ou inversement - peu importe, en vérité), ne peut prétendre avoir percé pleinement le sens de l'expression "pop-music" : des chansons trop légères pour n'être que des chansons, des paroles qui tracent en nous des signes que nous sommes seuls à comprendre. The Shins, c'est l'élégance pop ultime déguisée en geek-band pour college radio - un ange du bizarre faussement paisible, guitare en bandoulière et sillage de choeurs enchantés qui, oui, changera peut-être votre vie si vous le laissez vous effleurer l'épaule. Le line-up a été modifié, pour ce quatrième opus, le son est un peu plus poli, certains diront que Mercer peine à se renouveler - parce qu'il faut bien dire quelque chose. Personnellement, je n'ai écouté Port of Morrow que cinq fois depuis hier et je suis déjà épris, accro, six feet under. Alors, je ne sais pas, peut-être que j'ai un problème avec ce groupe - le genre de contrariétés que vous finissez fatalement par vous attirer si vous confiez la clé de votre coffre au trésor à quelqu'un que vous ne connaissez pas mais qui lui, pour sa part, sait tout de vous depuis toujours. "I've been down the very road you're walking now. Doesn't have to be so dark and lonesome."

 

 

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de l'Amérique et de la mort

Publié le 14 Mars 2012 par F/.

Café ce matin avec la très sympa Olivia G., journaliste à France Inter et productrice de "La Justice, c'est comme la Sainte Vierge", chronique matinale où il sera bientôt question de Blue Jay Way. Je ressasse mon laïus habituel : comme quoi Hollywood est le miroir d'elle-même, comme quoi le pays même ne cesse de se mettre en scène, comme quoi le cliché devient plus fort, plus essentiel, surtout, que cette pauvre petite gamine perdue appelée "réalité", et voilà que B.E.E. himself se lance sur Twitter dans une étrange performance participative à peine rigolarde avec, en ligne de mire, une suite possible à son American Psycho - une idée si vulgaire et nécessaire qu'on se dit qu'elle pourrait bien, qu'elle devrait bien se concrétiser, pour que la boucle soit bouclée. Si les eighties ont rendu cinglé Patrick Batman au point de le pousser à tuer des putes à coups de pics à glace sur fond de MTV et de, au hasard, Whitney Houston, l'époque actuelle pourrait faire de lui un crétin amorphe et joyeux, perdu entre un compte facebook saturé et une liste de célébrités à tuer bien trop longue pour une seule vie, fût-elle rêvée, fût-elle partagée. Attendons.

 


 

Vu l'épisode 16 de la saison 8 de Desperate Housewives hier, une série que nous suivons depuis des lustres avec une sorte de paresse perverse, un peu comme quand on retourne chez MacDo alors qu'on s'était promis que plus jamais. Mais voici qu'il se passe des choses. Voici qu'on se surprend à frémir. C'est la dernière saison, bien sûr, et l'ombre de la mort plane sur Wisteria Lane, et on se prend à rêver à final grandiose où tout le monde sans exception y passerait, un réglement de compte terminal où toutes les mauvaises pulsions systématiquement réprimées - la violence, le sexe, l'alcool, la parano - trouveraient enfin à s'hystériser en un logique paroxysme : on ne peut pas passer sa vie à espionner le monde un verre à la main, murmurerait alors la voix off, et espérer que tout se terminera bien (un avertissement qui vaudrait aussi, semble-t-il, pour les spectateurs avachis que nous sommes). Hélas : on devine que cela n'adviendra pas, pas vraiment, que la promesse contenue dans le titre ("desperate") ne sera jamais réellement tenue. La plupart des séries veulent nous faire croire que la vie continue. Nous les détestons vaguement pour oser se terminer à l'écran et se poursuivre ailleurs, sans nous. Une exception ? Six Feet Under. Dans la proposition Life is bitch and then..., ne jamais oublier la fin si vous voulez qu'on se souvienne de vous.

 

http://www.biladi.fr/sites/default/files/desperate-housewives-21.jpg

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Livre, culture et présidentielles

Publié le 12 Mars 2012 par F/.

Quid de la culture - et notamment du livre - en France lors du quinquennat à venir ? A quelle sauce les acteurs du milieu - et les consommateurs - seront-ils mangés, s'il faut en croire les promesses électorales de chacun ? Le moins que l'on puisse dire, à en croire leurs rutilants websites, est que les candidats à l'élection présidentielle de 2012 ne mettent pas spécialement en avant la question dans leur programme. N.B. : Je parle bien ici des sites → pas des déclarations orales. Ah, et je n'ai pas cherché à savoir ce que proposait Nicolas Sarkozy. Quand on tape présidentielles  + culture sur google images, d'ailleurs, l'un des premiers trucs sur lesquels on tombe, c'est ça :

 

http://www.gqmagazine.fr/uploads/images/thumbs/201210/sarkozy_2578_north_400x.jpg

 

Enfin bref. Rien, dans les cinq années écoulées, n'incite à croire que ce garçon tiendrait de toute façon ses promesses. Next !

 


 

Du côté de chez François Hollande, c'est maigre, très maigre (ou alors j'ai mal cherché ; il faut dire que le site rame, et met plus le candidat en avant que le programme). Sur le droit d'auteur : "Les droits d'auteur et droits voisins doivent être protégés contre la contrefaçon commerciale. Cela permettra le développement des offres légales. En effet les entreprises et les start-ups qui contribuent au financement de la création doivent être protégées contre les acteurs qui ne respectent pas la propriété intellectuelle." Et c'est à peu près tout. A priori, les Français feraient confiance au candidat socialiste sur ce point (ce qui ne veut pas dire grand-chose : il est en tête des sondages). Sur la base de quoi ? Peut-être de ceci, trouvé ailleurs (on notera le retour de la TVA à 5.5% pour le livre. Cochon qui s'en dédit).

 


 

Sur le site de Marine Le Pen, surprise (ou pas), c'est beaucoup, beaucoup plus fourni. Ce n'est qu'un site, bien sûr, et ce ne sont que des intentions - entre délire franco-français et prises de position plus inattendues (licence globale).

Redonner la parole au public : nous favoriserons la création d’associations du public et nous leur donnerons une place dans les conseils d’administration des institutions culturelles. Les subventions seront plus liées qu’aujourd’hui aux recettes propres, les structures subventionnées devront prouver qu’elles touchent un public important. Par ailleurs, le processus de nomination à la tête des institutions culturelles sera rendu transparent, les postes les plus importants seront pourvus, après audition des candidats, devant une commission de parlementaires, les débats étant publics.

Favoriser l’accès de tous à la culture : le budget du ministère de la Culture privilégie trop Paris, et ses stériles copinages par rapport à la province; il faudra inverser ce rapport. Les pratiques amateurs devront être mieux prises en compte. La création de bibliothèques et d’ « animateurs lecture » dans les écoles sera peu à peu généralisée.

Soutenir le livre et l’écrit : Le prix unique du livre sera maintenu, comme sera protégé le droit d’auteur, l’un et l’autre remis en cause par l’UE. Les actions du Centre National du Livre (CNL) devront privilégier la création francophone et la traduction. Les maisons d’édition françaises seront protégées contre les rachats par des groupes internationaux.

Valoriser notre patrimoine et notre culture : la défense du patrimoine sera remise au premier plan, qu’il s’agisse des monuments historiques ou du patrimoine rural (églises ou autres), faisant l’objet d’un plan d’urgence. A ce titre, un audit sera réalisé sur les cessions du patrimoine national effectuées par France Domaine durant les cinq dernières années, souvent en catimini, et les cessions seront désormais organisées à l’avenir avec parcimonie, et dans le strict respect de l’intérêt patrimonial français, avant toute considération financière. Le mécénat, comme le marché de l’art, sera encouragé par des mesures fiscales.

Soutenir l’exception culturelle française : les dispositifs favorisant notre exception culturelle (quotas de diffusion d’œuvres françaises, aides spécifiques à l’industrie française, etc.) relèvent d’une logique de priorité nationale, l’exception culturelle n’étant rien d’autre que la priorité nationale appliquée à la culture. Les quotas de diffusion d’œuvres françaises à la télévision et à la radio seront garantis, comme seront encouragées les grandes productions illustrant l’histoire de France, et la vitalité du monde francophone.

Seul véritable concurrent du cinéma américain, le cinéma français fera l’objet de mesures d’encouragement particulières, notamment quant à la promotion des films français par le service public audiovisuel. Le système de l’avance sur recette sera préservé, tout en devenant plus transparent et équitable. La cinémathèque française sera restaurée et la (re)diffusion des grandes œuvres du patrimoine cinématographique encouragée.

Garantir le dynamisme de la création vivante : le statut des intermittents sera réformé pour en stopper les déficits tout en gardant la souplesse nécessaire au métier d’artiste. Les structures d’insertion professionnelle (dans les opéras, les orchestres, les théâtres) seront développées ou créées et réservées aux nationaux.

Restaurer la politique de la langue française, tant abandonnée aujourd’hui, notamment par une législation renforçant les dispositifs de la loi dite Toubon. L’Académie française deviendra l’autorité de référence de la langue, aidée des commissions de terminologie. Une grande banque de terminologie en langue française sera créée en partenariat avec les banques du Québec et de l’ONU. La France dénoncera le protocole de Londres favorisant l’anglais dans les brevets internationaux.

Dans le secteur de la Communication, il faudra s’attacher à restaurer l’indépendance de la presse écrite et audiovisuelle : le fait que les grands groupes de médias appartiennent à des sociétés en étroite relation avec l’État (armement, BTP) pose un vrai problème de liberté; une loi interdira cette possibilité. Dans la même logique, la neutralité politique de l’audiovisuel public devra être réaffirmée.

Internet – La communication ne se rapporte pas qu’aux groupes de presse, elle concerne tous les Français, notamment à travers les médias audiovisuels Internet (blogs, forums, etc.). Leur liberté d’expression doit être garantie et renforcée dans ce domaine. Une licence globale sera instaurée pour les échanges privés sur Internet, qui doivent rester libres. La liberté sur internet sera fermement défendue contre toute tentative (HADOPI, LOPPSI 2 Traité ACTA) visant sous divers prétexte de la restreindre.

 


 

Chez François Bayrou, pas grand-chose (là encore, la navigation du site n'est pas super intutive), si ce n'est cette interview :

Que représente pour vous l’Internet et le monde numérique ? Et comment le promouvoir ?

François Bayrou - J’ai une longue histoire avec le numérique. Je suis l’auteur du premier journal numérique de France dans les années 1980, édité par un organisme, l’Office régional d’éducation permanente (Orep), à destination des agriculteurs. On pouvait ainsi rendre opérationnel un journal numérique qui donnait la météo, informait sur les endémies à venir, etc. Je vois dans le numérique et dans l’Internet un saut de société et de civilisation. Il y a une pratique sociale, économique et intellectuelle qui dépasse de beaucoup la simple activité économique. Et le partage coopératif, non marchand, est la marque de fabrique de cet univers-là : il peut y avoir intérêt social sans intérêt marchand. Dans un monde aux ressources épuisables, la connaissance devient universelle. La France est le pays avec le plus de vocations entrepreneuriales, mais le moins de passages à l’acte à la création. Les contraintes sont en effet innombrables et totalement inadaptées au milieu Internet et à l’activité en général. On pourrait imaginer une zone économique totalement autonome dans le monde Internet où l’on expérimenterait des règles mises en place par les créateurs d’entreprises. Le droit commun ne peut souvent pas s’appliquer dans ce domaine, il faut donc trouver des exceptions à ces règles, négociées entre les entrepreneurs et les représentants des salariés. Il faut également prévoir la possibilité de fixer des règles adaptées à l’activité elle-même. Par ailleurs, des règles de financement adaptées à l’activité elle-même doivent être élaborées. Oseo, s’il fait déjà beaucoup, pourrait très bien se comporter comme un fonds de fonds. Je propose pareillement qu’on harmonise les avantages fiscaux des business angels avec les avantages fiscaux d’autres intervenants comme les fonds structurés. On faciliterait ainsi le financement des start-up.

Comment produire en France avec l’Internet globalisé ?

FB - La totalité de la protection sociale du pays (santé, retraite, famille, etc.) et la totalité de l’action publique du pays (éducation, sécurité, réseaux, etc.) sont financées à 100 % par le travail réalisé en France. Il n’y a pas un euro de transfert d’un autre pays européen vers le système de protection sociale et d’action publique. Par ailleurs, l’Europe ne peut fonctionner s’il y a des pays flambants et des pays boiteux. La localisation de l’activité n’est donc pas indifférente. C’est une question de vie ou de mort de notre modèle social. À titre d’exemple, si les cartes Vitale étaient fabriquées en France, et non en Inde, 50 % des salaires seraient revenus dans les caisses de la Sécurité sociale. Il ne faut pas contribuer ou aider à la production en dehors de notre pays. La France est un pays où l’impulsion de la responsabilité publique est cruciale. Alors, certes, le mauvais côté de la médaille est un pays centralisé, mais le bon est un pays unifié par ceux qui le représentent. Ce qui s’est passé en 1958, lorsque de Gaulle avait à reconstruire le pays, se repose aujourd’hui. La culture du risque – et du risque de l’échec –, ainsi que la culture d’entreprise sont des enjeux très importants. Il faut réinventer cet élan-là.

Comment intégrez-vous Internet dans le dispositif de votre programme ?

FB - Pour que les jeunes soient bien dans le monde Internet, il faut leur donner les composants d’une culture générale élémentaire. Par exemple, la question de la méthode de lecture doit être réfléchie de manière nouvelle car le clavier est lettre à lettre. Le e-learning est de surcroît un très grand enjeu, à condition qu’il y ait aussi la présence humaine qui accompagne. Lorsque j’étais ministre de l’Éducation nationale, j’avais d’ailleurs demandé à ce que tous les cours du Collège de France soient en ligne. Comment faire pour former aux métiers de l’Internet ? Il y a très peu de formations au e-commerce. Or, on sait au minimum que c’est là que l’avenir se jouera. Je ne suis pas certain que ce soit au système d’éducation traditionnel de tout faire et je pense qu’il peut y avoir des initiatives dans le monde de la formation. Mais au moins devrait-il y avoir une stratégie nationale sur le sujet. Je suis d’ailleurs persuadé que ce dont la France manque le plus, c'est d'une stratégie nationale ! Créer ne se divise pas. La création d’entreprise et la création, qu’elle soit économique, scientifique, culturelle, numérique ou artistique, c’est le même mouvement et le même acte créateur. Le problème en France est que la création n’est pas très bien vue. Un salarié qui découvre, dépose un brevet et fait donc gagner beaucoup d’argent à son entreprise, touchera une prime moyenne de 250 euros ! Alors que dans des pays voisins, la prime est de l’ordre de 10 % du gain réalisé par l’entreprise. Cela vient sans doute du fait que l’Éducation nationale est fondée sur la reproduction et la répétition : un exercice idéal ou un théorème adéquat. Dans la réforme nécessaire de l’État et dans les économies indispensables, le numérique doit jouer un rôle fondamental. Il peut y avoir des administrations 100 % numériques, accessibles de n’importe où.

 


 

Jean-Luc Mélanchon ? N'a pas de site, juste un blog. On sait seulement qu'il est pour augmenter le budget de la Culture (contrairement à François Bayrou, par exemple). Une déclaration d'intention, cependant


 

En matière d’Internet, abrogation d’Hadopi et des règles de criminalisation progressive des usagers du Net au profit d’une contribution créative susceptible de rémunérer correctement l’ensemble des artistes et de reconnaître leur immense utilité sociale." Ailleurs : "Une culture accessible à tous passe par la construction, avec les actrices et acteurs, d’une nouvelle fiscalité de l’art et de la culture, qui favorise la circulation des biens culturels « art et essai », en commençant par appliquer le taux super réduit de TVA aux œuvres écrites, littéraires, artistiques et philosophiques."

 


 

Chez Philippe Poutou, quand on tape "culture", on tombe d'abord sur "agriculture." Lol. En fait, j'ai mal cherché, il y a un onglet "culture" ailleurs - ah, mais il n'est pas spécialement bandant.

 


 

Chez Nicolas Dupont-Aignant, il y a des propositions dans un doc pdf mais je n'ai pas réussi à l'ouvrir. Pas grave : je l'ai trouvé ailleurs.

GARANTIR LA LIBERTÉ SUR LE NET AFIN DE PROMOUVOIR LA DIVERSITÉ CULTURELLE

La révolution numérique de l’Internet permet potentiellement l’accès de tous à l’ensemble des oeuvres artistiques et culturelles dans le monde. C’est le rêve du « musée imaginaire » d’André Malraux à portée de main.

AUTORISER LE TÉLÉCHARGEMENT EN ABROGEANT LA LOI HADOPI

La révolution numérique est une chance inouïe qu’il ne faut pas laisser passer. Il faudra donc abroger la loi Hadopi tout en rémunérant les auteurs grâce au mécanisme de la licence globale, prélevée sur les fournisseurs d’accès à Internet.

Il n’y a pas de raison que cela soit toujours les citoyens qui payent pour accéder à la culture alors que les intermédiaires commerciaux s’enrichissent. Il faudra en outre assurer la neutralité du net afin de garantir la confidentialité des échanges et faire échec au traité liberticide ACTA, afin qu’il ne soit pas transposé en droit français.

PROMOUVOIR L’ACCÈS À LA CULTURE ET LA CULTURE FRANÇAISE

Notre culture est un élément primordial de notre identité nationale, ce qui lie tous les citoyens de la République entre eux. La culture, c’est aussi une ouverture sur le monde, monde qui a toujours été friand de culture française. Mon ambition sera à la fois de promouvoir l’accès à la culture en France et de promouvoir la culture française dans le monde.

Je propose de maintenir le traitement particulier de notre secteur culturel (prix unique du livre, protectionnisme culturel dans les domaines cinématographique, audiovisuel et musical). Je propose également un accès facilité aux musées nationaux, et j’encouragerai les échanges d’oeuvres pour faire sortir la culture de Paris. Je propose également de renforcer la loi Toubon pour éviter l’usage abusif de l’anglais, notamment dans la publicité. Pour le rayonnement de notre pays, je propose de développer le réseau de lycées et collèges français à l’étranger et des alliances françaises.

 


 

Voilà, les gens. Je sais bien qu'il n'y pas que le livre dans la vie et qu'il faut bouffer d'abord, mais je fais partie des malheureux qui ont la faiblesse de croire que la culture n'est rien moins que le socle de l'édifice démocratique. N'hésitez pas à compléter ou à ajouter votre grain de sel.

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a prayer for rain

Publié le 12 Mars 2012 par F/.

Aujourd'hui, benoîtement, j'ai fait l'acquisition en ligne d'un logiciel permettant de concevoir un plan de roman et tout ce qui va avec ("il était temps", railleront les mauvaises langues. Ouais, vos gueules.) Bref. Il fallait payer via PayPal. Soit. J'ai cliqué une fois : ça n'avait pas l'air de trop marcher. J'ai cliqué une seconde fois. Ah ben si, en fait, ça avait bien fonctionné, et ce dès la première tentative. Résultat ? Double facturation. C'est là que vous comprenez que la semaine est partie sur les chapeaux de roue. La mort dans l'âme, j'écris au vendeur. "Cher monsieur américain insensible. J'ai merdé. Help-me-i'm-in-Hell." Trois minutes plus tard, je reçois un mail : cher monsieur, votre première commande a été annulée (" !"), contactez PayPal pour leur demander le remboursement parce qu'on ne peut pas le faire nous-mêmes, vvvoyez ("..."). La mort dans l'âme, je m'exécute. Ça ne marchera jamais, c'est évident. Deux minutes plus tard, mail de PayPal : vous êtes remboursé, tout va bien, allez en paix, soyez heureux. WTFH ? Dans la mesure où, pas plus tard que la semaine dernière, je me suis fait remplacer mon kindle défectueux en deux jours chrono après un simple et misérable coup de fil dominical, je vous pose la question en toute candeur : cette soudaine et improbable série de bonnes nouvelles technico-administratives ne signerait-elle pas de façon irréfutable l'imminence de l'Apocalypse ?

 

http://www.destgulch.com/movies/platoon/plat09.jpg 

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saturday night fever

Publié le 12 Mars 2012 par F/.

Petite bouffe avec des copains-voisins samedi soir. Vous voulez relancer une soirée ? Demandez aux gens pour qui ils comptent voter au premier tour des présidentielles (s'ils sont de gauche, bien sûr ; c'est moins marrant avec des gens de droite - sans compter qu'on en connaît assez peu, quand on y songe : des gens qui pensent sincèrement que le libéralisme et la croissance-jusqu'à-la-fin-des-temps, c'est cool, veux-je dire, pas des gens qui détestent la gauche). Un constat, pour commencer : en-dehors des émissions de télé-réalité et des enquêtes de télémarketing, c'est finalement assez rare qu'on demande leur avis aux gens sur quelque sujet que ce soit. Et qu'on leur donne de surcroît l'impression que leur avis pourrait avoir une quelconque importance, c'est carrément exceptionnel. Qui peut résister à ça ? Bon, on n'est jamais à l'abri de tomber sur un mauvais coucheur, le genre de maître zen horripilant bardé de dix ans d'entraînement dans un monastère tibétain et qui vous répondra, juste avant d'enfourner un amuse-gueule au tofu, "chais pas et j'en ai rien à secouer" (à cet instant, de toute façon, il y aura forcément une bonne âme pour rappeler que des gens sont morts pour qu'on ait le droit de voter, merde). Mais en général, une telle mésaventure est rare. En général, les langues se délient, les intellects se déploient, les passions s'expriment, et c'est parti pour la séance du samedi soir. Mélanchon : "Ouais, il a du talent. Mais il n'a aucune chance. Il faut voter utile au premier tour, on peut pas se faire avoir comme en 2002." Eva Joly : "Ah non ! Elle est folle. Hystérique. C'est pas sérieux. Et puis il ne devrait pas y avoir de parti écolo, si ?" Poutou : "Ah, ah. Qui ça ? Non pis franchement, avec un nom pareil." Hollande : "Bof, pas hyper convaincant. En même temps, j'ai tellement envie que l'autre parte, là." Bayrou : "Pas question. Je me suis déjà fait avoir en 2007. Et puis j'ai un copain qui le connaît et il paraît qu'il a chopé le melon." (Le coup du copain qui connaît, ça marche avec tout). Des idées sur tout, surtout des idées - je n'arrive pas à m'en lasser.

 


 

John Carter président ? Pas cette fois-ci, non. Le dernier blockbuster Disney n'a en effet engrangé que 30 millions de dollars aux US, 100 avec le reste du monde - pour un budget de 260 millions de dollars, marketing compris. Le responsable désigné ? Lui :

 

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/news-cinema/box-office-us-le-lorax-casse-la-baraque-3175334/56813992-1-fre-FR/Box-office-US-le-Lorax-casse-la-baraque_image_article_paysage_new.jpg

 

Hey, ça y est ! Je sais pour qui je vais voter.

 


A propos du colorant supposé cancérigène trouvé dans le Coca, le porte-parole de l'Agence américaine de l'alimentation et des médicaments a rappelé que « pour atteindre les doses administrées dans les études qui ont montré un lien avec le cancer chez les rongeurs, un être humain devrait consommer bien plus de 1000 cannettes de soda par jour ». Je connais des gens qui sont vraiment en danger.

 


 

Jeudi 22, à la librairie Atout-Livre, RJ Ellory (Sonatine, vous savez ? cet éditeur atrocement sur-hypé) viendra rencontrer - et parler à - ses fans. J'assurerai la médiation. Venez quand même.

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