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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

marrakech (8)

Publié le 31 Octobre 2010 par F/.

Il se passe de drôles de trucs ce matin dans le ciel de Marrakech. C'est blanc, ou grisâtre, ça bouge, ça empêche un peu le soleil de passer - aucune idée de ce que ça peut être. J'ai essayé de me renseigner, notez bien. Je me suis même rendu sur le site météo local, avec sa webcam plantée dans la Ville Nouvelle. Mais voici ce qu'on m'a rétorqué : "La Webcam ne fonctionne plus... Nous nous en excusons... Cependant, nous vous proposons de visiter le nouveau site Espace Maroc, qui vous propose la réservation de riads, de villas ou la location d'appartements à Marrakech." Ah bon, d'accord. Comme ça c'est plus clair.

Réveil aux aurores : au-dessus des toits, pendant une demi-heure, des nuées d'oiseaux passent par milliers, filant en direction du Haut-Atlas. S'ils fuient un tsunami, on a le temps de voir venir. Si c'est un tremblement de terre, on va tous crever, ensevelis sous des monceaux de babouches et de hectolitres de thé à la menthe sucré juste comme il faut. Je m'en réjouis d'avance.

Hier, nous nous sommes rendus dans une coopérative. La coopérative, c'est comme le souk, sauf que les prix sont fixes et que personne ne vient vous emmerder. Du coup, c'est vous qui vous emmerdez. Et vous réalisez bêtement que le charme unique de la médina provient non pas de ses trésors en toc mais de ses habitants, de leur énergie, de leur détermination sans faille, de leurs sourires et invectives perpétuels. Histoire de ne pas être venus pour rien, nous avons tout de même acheté du savon, des huiles, des extraits de savon à l'huile savoneuse concentrée essentielle de savon huileux et plein d'autres machins fondamentaux censés guérir le psoriasis, le stress, les maux de ventre et, peut-être, la crédulité. Nathan, très en forme, avait fixé ses objectifs d'entrée : "Je veux une sucette.

- Oui mais ici, c'est un magasin pour acheter des lanternes.

- Mais c'est pas grave !"

- Je sais bien que c'est pas grave. Je t'explique, c'est tout.

- Alors je veux un coca. Mais la bouteille rouge. Pas grise ou noire."

Ah, les bienfaits de notre glorieuse civilisation occidentale ! Hum, je m'arrête un instant : Bachir, un des types qui travaille avec Sabah, qui elle-même travaille pour Soumia, qui bosse pour notre proprio, vient de m'apporter une bouteille de jus d'orange pressé à tomber par terre. Il est 7h32. Hier, pendant une heure, nous avons essayé d'expliquer à Sabah, sans la froisser, qu'il ne lui était pas nécessaire de venir exprès un dimanche pour préparer le thé - nous nous sommes efforcés de la convaincre que, en dépit des apparences et du poids séculaire des traditions d'hospitalité locale, nous allions nous démerder comme des grands, c'est-à-dire seuls/ Mais rien à faire : elle a tout préparé avant de partir et ce matin, donc, elle a envoyé Bachir pour le jus d'orange, un peu comme on assigne une mission spéciale. C'est n'importe quoi, ici : on ne va jamais pouvoir retourner en France. "Bonjour, je voudrais une baguette.

- Normale ou tradition ?

- Au Maroc, il y a une seule sorte de pain, il est rond, tout le monde mange le même et -

- Tradition, donc. Ce sera un euro dix.

- Quoi ? Mais au Maroc, pour ce prix-là, vous en avez douze !

- Un euro vingt, pardon.

- Euh, et vous pouvez nous l'apporter à la maison ?

- Non.

- Mais si je paie un peu plus ?

- Non.

- Mais on pourrait prendre le thé !

- Non.

- Pourquoi vous ne souriez jamais ? Pourquoi vous n'êtes pas détendue, hein ? Rien n'est grave, vous savez. Il faut prendre chaque jour comme il vient. On discute, là. On est bien. Venez, on va prendre le thé et après j'achèterai plein de baguettes, Inch'Allah.

- Ecoutez, il y a des clients qui attendent. Je vais vous demander de vous mettre sur le côté, Monsieur. "

Bref. Un peu comme la vie, ou comme un match du KACM Marrakech, notre retour est une histoire qui ne peut pas bien se terminer.

Eh oui, car nous sommes allés au stade hier soir, hamdoulah ! La meilleure façon de s'immerger au coeur de l'ambiance locale, ai-je maladroitement essayé de convaincre Katia qui, de toute façon, avait déjà accepté le principe, rapport au hammam et à l'épilation.

Dès 18h, l'avenue Moulay el-Hassan était noire de monde. Des gamins, pour la plupart. Et des cordons de flics partout, avec des casques et des boucliers. Ma femme n'était pas très rassurée. J'ai pris ma voix grave de vétéran du PSG : "T'inquiète, poupée, c'est normal, c'est toujours comme ça.

- Oui, enfin, je suis la seule femme.

- Meuhnon. Regarde, là-bas.

- Elle ? Elle a cinq ans.

- Oh. Tu exagères."

Je dois reconnaître que, pendant un assez long moment, et avant que deux grosses Anglaises ne se pointent avec leurs maris (elles pensaient peut-être que c'était un match d'Arsenal - les maillots se ressemblent beaucoup), pendant un assez long moment, disais-je, Katia a été la seule femme parmi les 15 000 joyeux spectateurs du stade Harti. Heureusement, dès la vente des billets (50 dirhams finalement, pour quatre - quiconque s'est déjà rendu à un match en France appréciera), un type d'une soixantaine d'années, très classe, nous a pris en charge. "Laissez, a-t-il dit aux policiers, je m'en occupe." Les types ont opiné. L'esprit de contradiction est assez peu développé, dans ce pays. Bref. Notre nouvel ami nous a fait passer les barrages successifs et nous a menés directement dans la bonne tribune. Visibiblement, c'était une ancienne gloire locale, entraîneur ET joueur. Nous nous sommes sortis importants - jusqu'à ce qu'il disparaisse.

Nous avons pris place où nous pouvions ("les places sont numérotées mais tout le monde s'en fout", avait prévenu notre guide), et l'arbitre a sifflé le coup d'envoi. Le gang de supporters locaux, les Crazy Boys, était particulièrement en forme : une ambiance et un répertoire à faire pâlir Stéphanois et Lensois réunis. L'équipe, elle, ne faisait pâlir personne ; soudain, j'ai repensé à mes propres matchs d'ados, au sein de l'Association sportive de Bourg-la-Reine - cette époque bénie mais un peu chiante où on disait encore "ailier" à la place de "latéral". Nous aussi, nous étions tous regroupés autour du ballon. Nous non plus, nous ne savions pas faire de passes à plus de cinq mètres. Pour ce genre de situations bloquées, ma femme dispose généralement d'un commentaire clé en main : "ça manque de percussion offensive." Mais ce soir, elle a bien compris que c'était plus grave que ça. Opposé à une modeste formation de Fès, progressant par contres maladroits, le KACM s'est procuré une demi-occasion, si on peut appeler occasion un tir à dix mètres au-dessus des cages. Au bout d'une quarantaine de minutes, Nathan a eu cette question éclairante : "Papa, c'est quand qu'il commence, le match ?"

 

http://f2.img.v4.skyrock.net/f24/xx-kacm-xx/pics/907022528_small.jpg

 

Nous nous sommes barrés à la mi-temps. Je savais que les joueurs de Marrakech avaient marqué trois buts lors des sept rencontres précédentes mais je ne parvenais pas à comprendre comment ils avaient fait. Le vent ? L'absence d'adversaires ? En rentrant au riad, nous avons appris qu'ils s'étaient inclinés 1-0, résultat accueilli par Alice avec l'enthousiasme qu'on imagine ("bonne nuit, papa").

Nathan, lui, a carrément retourné sa veste : "J'étais pour les bleus." On ne peut plus faire confiance à personne.

 

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marrakech (7)

Publié le 30 Octobre 2010 par F/.

En temps normal, je suis un pro de l'orientation. Plan en main, je peux vous emmener où vous voulez pour 100 dirhams. Ces derniers temps, j'ai géré Rome, j'ai géré Venise, j'ai géré New York et même les méandres de Mulholland Drive fingers in da noze. Mais Marrakech, je ne sais pas : ils ne doivent pas avoir les mêmes angles droits que chez nous. Quand vous tournez à gauche, puis encore à gauche, et à gauche une troisième fois, tout ça à 90° et avec des segments d'égale longueur, vous devez vous retrouvez à votre point de départ, non ?

Non.

En plus, je soupçonne les locaux de se foutre un peu de notre gueule : "La rue Mohammed V, c'est par ici ?

- Tu cherches des plateaux ? Très beaux plateaux. En argent massif.

- Non, je cherche l'avenue Mohammed V.

- Mais tu ne veux pas un plateau ?

- Non.

- D'accord mon ami, pas de problème, bienvenu à Marrakech.

- Alors, euh - l'avenue Mohammed V ?

- Oui, oui, c'est par là."

Le type désigne une vague direction en totale contradiction avec les indications de mon plan, puis s'en va sans demander son reste.

 

http://farm1.static.flickr.com/142/399738463_e99ac82b81_o.jpg

 

Hier matin, la plupart des magasins de la ville nouvelle étaient fermés parce que c'était le jour de la grande prière, lucky us. Nous avons donc erré sur les grandes artères à l'occidentale avec leurs boutiques à l'occidentale et leurs prix à l'occidentale. Il faisait 33°C et nous portions des vêtements sombres - une excellente décision stratégique. Mais enfin, c'était très agréable, et Katia a commencé à développer les premiers symptômes de cette célèbre maladie que nous avons en commun : la procrastination. "On pourrait habiter ici.

- Ou à Los Angeles.

- Ou acheter un riad. Avec un bassin intérieur.

- Oui mais quid du chalet dans les Alpes ?

- Ou un duplex à Strasbourg.

- Ah, je ne sais pas.

- Non, tu as raison : alors ici.

- Ici, c'est comme à Strasbourg : il y a des cigognes.

- Ah, je ne sais pas."

Suite à quoi je me suis mis en quête du stade ancien. Que j'ai fini par localiser, grâce à l'aide de personne, ah ah. La porte était close : l'histoire de ma vie. Je me suis hissé sur le rebord pour jeter un oeil et là, elle s'est ouverte et ma femme a éclaté de rire. C'est mon côté Buster Keaton. Il y avait un type de l'autre côté qui m'a dit que le match était demain (ce que je savais) et que c'était gratuit pour les gazelles et les enfants (ce que je savais) et que pour moi c'était 20 dirhams, non en fait 100, enfin je veux dire 50, à négocier (ce que je ne savais pas). Rendez-vous est donc pris.

Hier après-midi, Katia est partie tenter l'épilation au sucre (je ne veux pas savoir ce que c'est ; de toute façon, j'ai arrêté de manger des crèpes) et j'ai emmené les enfants en exploration dans des coins de la Medina que nous ne connaissions pas. Pour trouver son chemin, a dit le sage, il faut savoir se perdre - ou une connerie dans le genre. Munis de ce principe, nous avons fini par rejoindre la place Djemaa-el-Fna, où - ô trésor de l'Orient - un vieillard vendait des caméléons et des lézards microcéphales. "Oh papa, on en ramène un, dis ?

- Votre mère ne va pas vouloir."

Je me sens chez moi, maintenant. Quelque chose dans mon regard dit que je suis un vrai dur, un baroudeur à qui on ne la fait pas. Des babouches ? La chukran, mon frère. Une théière ? Peut-être tout à l'heure. Tu veux aller où ? L'important n'est pas la destination, fils.

 

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Oui, on dirait bien que mon rêve s'est enfin réalisé : je suis Hubert Bonisseur de La Bath. Il faudrait que je pense à prendre des photos du président Sarkozy (prononcez "Sarkouzy de le Fouquet's") avec moi.

En fin d'après midi, au terme de pérégrinations rocambolesques et néanmoins gratuites, nous avons accompagné Nathan chez le coiffeur, qui a aimablement saccagé sa coupe Les Triplés, puis nous sommes rentrés pour retrouver la mère de nos enfants, prostrée dans un état de stupeur catatonique. "Ils m'ont épilé des endroits dont j'ignorais l'existence." (prononcé en mode je-reviens-du-Vietnam-et-j'ai-vu-des-choses-dont-tu-n'as-pas-idée, petit).

Après ça, nous avons rencontré des Français dans une ruelle, qui nous font fait visiter leur riad à eux, un truc 1001 nuits complètement ahurissant, avant de nous faire monter sur leur très haute terrasse. "Et chez vous, c'est aussi haut ?

- Pas totalement.

- Et il y a un jacuzzi, aussi ?

- Mm. Non.

- Et des oiseaux-mouche, vous avez des oiseaux-mouche ?

- Je ne sais pas. Je n'ai pas regardé.

- Mais sinon, vous êtes contents ?

- Ah oui, très."

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marrakech (6)

Publié le 28 Octobre 2010 par F/.

Ah, ah : pendant un bref moment, vous avez cru que nous étions morts, hein ? Et bien pas du tout. Nous sommes de retour, grâce à Dieu.

Bon, par où commencer ? Deux jours, c'est long. "Quand t'es dans le désert / depuis trop longtemps..." m'écrivait il y a peu un ami spectaculairement lettré. C'est, semble-t-il, une bonne entrée en matière. Nous partons donc dans le sud, vers Zagora. Par le plus grand des hasards, il se trouve que le roi Mohammed VI emprunte peu ou prou la même route que nous : à croire qu'il nous suit à la trace. En conséquence de quoi, il y a des drapeaux rouges partout, des barrages, des sentinelles sur les rochers. Nathan commence à les compter mais il s'endort à 52 (ou bien il se lasse, je ne sais plus - en fait, c'est peut-être moi m'endors). Rachid est notre chauffeur. Pourquoi prendre un chauffeur ? me demandez-vous, une moue subtilement méprisante aux lèvres. Facile : 1) parce que je n'ai pas le permis (cymbales, applaudissements, acclamations de la foule enthousiaste) 2) parce Katia ne se sent pas de se taper 700 bornes de route sinueuse à 2000 m d'altitude sans garde-fous avec des ânes et des bus Fram. Si cette fille ne m'avait pas épousé, on pourrait croire qu'elle manque un peu de courage. Mais passons. Donc, Mohammed VI. Un bon roi, de l'avis général, surtout par rapport à son père : tout le monde semble d'accord sur ce point. Pendant une partie du trajet aller, je potasse le Guide du routard et je pose plein de questions à Rachid pour savoir s'il est un bon Musulman. Il se trouve que c'est le cas. Au bout d'un moment, je réalise qu'il est plus intéressant d'interroger Rachid que de continuer à essayer de lire dans les virages. Primo, Rachid est authentiquement gentil et authentiquement branché Coran et très disposé à répondre à toutes mes interrogations concernant la rupture du jeûne ou l'impossibilité de s'arrêter pour faire la prière si on est pilote de formule 1 un jour de Grand Prix (vous noterez d'ailleurs qu'il y a peu de pilotes musulmans sur les Grands Prix). Secundo, le Guide du routard est une collection assez déplaisante, à l'instar de la génération qui l'a vu naître. Sous ses dehors baba-cool, ses rédacteurs - qui pratiquent par ailleurs une syntaxe des plus approximatives - véhiculent une idéologie vaguement réac et propre sur elle : ne donnez rien aux enfants, n'allez pas dans ce restaurant - les chiottes sont sales, ne restez pas dans cette ville - y a rien à visiter, etc. Ah, c'est ça, l'esprit routard ? Trop bien. En fait, ces types ont dû fumer trois joints en 68 et regarder les manifs à la télé en écoutant Bob Dylan. A présent, ils dirigent une multinationale et donnent des leçons à tout le monde. Merde alors : voilà que je suis d'accord avec Michel Houellebecq.

Ceci étant, c'est vrai qu'il n'y a pas grand-chose à voir à Ouarzazate. Deux minutes de discussions avec le gardien du musée des anciens studios suffisent à me dissuader de le visiter : "Assalam Alaikoum. Y a quoi, là-dedans ?

- Wa Alaikum Assalam. Des plateaux de cinéma.

- C'est intéressant ?

- Un chouïa.

- Et ils ont tourné quoi ?

- A la poursuite du diamant vert.

- Ah oui. Et Banzaï.

- Euh non. Je ne sais pas. Je ne crois pas.

- D'accord. Quoi d'autre ?

- Il y a aussi du vieux matériel. Mais de toute façon là c'est fermé.

- Ok. Cool. On repassera demain, Inch'Allah.

- Inch'Allah."

 

http://www.morocco-rent-car.com/images/ville/ouarzazate_Film_Studio.jpg

 

Pas de doute, ce type est un malade du bizness. Dans le doute, on fait quand même un saut à la casbah de Taourirt, qui se trouve juste en face. Le Lonely Planet prétend que l'endroit a accueilli le tournage d'une scène de Star Wars. Nathan prétend que non, n'importe quoi. Je m'interroge : si vraiment Georges Lucas et Harrison Ford sont venus dans le coin, pourquoi personne n'a-t-il pensé à organiser des visites avec des mecs déguisés en droïdes ou en hommes des sables ? Et qu'on ne me sorte pas l'argument de la chaleur. J'ai vu Winnie l'Ourson pendant la canicule de 2003, je sais ce que le mot "souffrance" veut dire.

En fin d'après-midi, direction Zagora. Des dromadaires nous attendent, nous et d'autres, pour gagner les portes du désert. Tout le monde est enchanté (je parle des êtres humains) (le dromadaire, en effet, a l'enthousiasme discret). Chemin faisant, nous sympathisons avec deux Américaines : l'une de L.A., l'autre de San Francisco. Sans même nous consulter, nous décrétons, ma femme et moi, que nous tenons là nos nouvelles meilleures amies du monde. "Oh, and you say you love Paris ? That's funny, because we love Frisco.

- Really ?

- Yes. Maybe we could exchange our flats for a few weeks. What do you think ?

(Je vous la fais rapide).

- Sure. That would be astounding."

Après quoi, malgré tous nos efforts, malgré la nuit semée d'étoiles, nimbée de lune, poudrée de galaxies fantasques, nous ne les reverrons jamais. Nous prenons le thé sous une tente berbère. Saïd, notre guide chamelier mystique, vient nous tenir compagnie, hamdoullah. Nous parlons encore d'Islam - mon obsession du moment. Il s'avère que notre homme (22 ans d'après sa famille, 24 d'après la police) est lui aussi un pratiquant fervent. "Des fois je regarde la télé. TV5, très très bien.

- Ah oui ?

- Oui. Beaucoup d'émissions très intéressantes. Thalassa, Des Racines et des ailes, La Carte au trésor, Des chiffres et des lettres. Nagui. Et Patrick Sébastien, très bien.

- Cool.

- Mais Questions pour un champion, ça, c'est pas bien.

- Ah ?

- Non. Le présentateur, quelque chose ne va pas chez lui.

- ...

- Il est homosexuel."

Katia et moi échangeons notre célèbre regard secret estampillé "what the fuck."Pour commencer, nous nous rappelons à peine qui est Julien Lepers - un personnage de La Classe américaine, non ? Ensuite - ah bon, il est gay ? Nous n'aurions jamais dû arrêter d'acheter Gala dans les aéroports comme nous le faisions avant.

Nous sortons. La nuit est, comme de juste, constellée d'étoiles. Saïd commence à les montrer toutes, et les constellations avec. Il désigne une montagne. "La nuit, je pars dans le désert : seul. Je m'assieds contre une dune, et je regarde. je suis bien.

- Mais tu dors combien de temps ?

- Oh, un chouïa.

- Un chouïa ?

- Une heure.

- Ah oui quand même.

- Je suis bien avec le silence."

Je tombe sous le charme de cet homme. Peut-être sait-ils des trucs sur la vie et la mort ? Dans la tente, tout à l'heure, il m'assurait que le bonheur était une chose très simple : il faut juste ne pas stresser.

Katia me rejoint : "C'est du fake.

- Hein ?

- Ce type a un téléphone portable."

En fait, il s'avèrera bientôt qu'il a aussi une adresse mail et un site internet. Je suis assez vexé qu'il ne nous ait pas demandé comme amis sur facebook. Le truc bizarre, c'est que ça a quand même l'air d'être un vrai nomade, issu d'une famille de neuf enfants. Il connaît toutes les plantes. En oiseaux par contre, il n'est pas très impressionnnant : "Alors ça c'est un moineau.

- Ah.

- Et ça c'est un corbeau. Et là-bas il y a un merle.

- Pas possible.

- Si mon ami."

Au final, Saïd est quand même très gentil. Nous lui accordons un bon 8/10 sur l'échelle de la gentillesse, et - paranoïaques que nous sommes - un 5/10 circonspect sur celle de la fake-itude, en l'attente d'informations complémentaires.

Après le dîner, les guides nous invitent à les rejoindre autour du feu pour ce qu'ils appellent un spectacle.

Un spectacle, c'est : un feu pourri, deux types qui tapent sur des bidons, un qui tape sur un vrai tambour (mais pas du tout en rythme) et le quatrième qui joue de la guitare. Enfin, qui joue, ne nous emballons pas. Disons qu'il possède une guitare. Il la pose sur ses genoux comme s'il la découvrait pour la première fois (ce qui, sans doute, est le cas) et commence à pincer une corde, toujours la même, et toujours pas en rythme. L'effet est assez étonnant, surtout après que ses copains commencent à chanter. Si on était journalistes pour le Guide du routard, on dirait que c'est hypnotique, différent, une ouverture sur une culture authentiquement, euh, différente aussi. Comme on est juste parisiens, on trouve ça très chiant et, au bout de trois "chansons", on se lève pour aller se coucher, tant il est vrai que les enfants s'endorment. Ne vous y trompez pas : l'expérience est magique, inoubliable. Mais la prochaine fois, on se cassera dans les dunes pour de bon.

En attendant, une nouvelle aventure commence : celle de la quête du sommeil. Elle dure longtemps et ne se termine pas très bien. D'abord, il fait froid. De plus en plus froid. Toutes les deux heures, on se relève pour aller chercher une couverture, jusqu'à épuisement total des stocks. Ensuite, il y a les chiens. Je ne sais pas s'ils sont errants, ils n'ont pas l'air d'errer beaucoup : ils se tiennent là, à trois mètres de la tente, on dirait qu'ils ont passé une sorte de pacte. Peut-être qu'ils sont copains avec le guitariste ? Excédée, Katia se lève vers deux heures du mat avec une lampe de poche et leur braque le faisceau en pleine gueule. Nos amis réagissent vaguement en allant aboyer deux mètres plus loin. Quand ils se lassent enfin, le jour arrive. Il faut partir, réveiller les enfants qui dorment à poings fermés, eux, et qui sont en train de rater le lever du soleil.

Heureusement, nous nous entendons très bien avec les dromadaires. Nous avons même développé une surprenante empathie à leur égard. Quand l'un d'eux essaie de se relever, nous nous apercevons que l'une de ses pattes est coincée par une corde. Paniqués, nous alertons l'un des guides. Il nous toise d'un air où la consternation le dispute à la lassitude : "c'est fait exprès. C'est pour pas qu'il se sauve." Ouais c'est ça, fais le malin : j'aimerais te voir sur la ligne 13 à l'heure de pointe, mon pote.

Nous repartons. Nos dromadaires s'appellent Sharif et Larwal (je ne garantis pas l'orthographe), ce dernier nom signifiant "aveugle", ce qui est très rassurant, surtout après que Saïd nous a expliqué que, parfois, quand dromadaire pas content, lui te faire trébucher et s'asseoir sur toi jusqu'à ce que mort s'ensuive. (Il est question d'une cinquième patte dans son exposé ; ni Katia ni moi n'osons poser de questions, rapport aux liens complexes qu'entretient l'Islam avec la sexualité déviante mais en vérité, c'est d'un coussinet sternal qu'il s'agit, on a checké sur wikipedia - ce qui nous a aussi permis d'apprendre que "durant les heures les plus chaudes, la température rectale de l'animal peut atteindre 42°C sans que l'on puisse parler de fièvre". De toute évidence, le dromadaire n'est vraiment pas un animal comme les autres.)

Saïd me donne sa carte. Puis il me montre des fruits censés guérir la diarrhée et la dépression. Euh, pourquoi moi ? Et puis Rachid vient nous rechercher en voiture.

Retour sur Ouarzazate, et Aît-Benhaddou, une authentique merveille.

 

http://www.maroc-evasion.info/images/ait-benhaddou.jpg

 

Sur le chemin qui descend vers l'oued, un marchand de tapis nous aborde. Il est détenteur d'une médaille du mérite du Conseil Général de l'Essonne qui lui a été remise, prétend-il, par Bernard Kouchner. Nous hésitons à le briefer : "Euh, tu sais, Kouchner, en France, c'est plus trop ça." Mais bon, qui ça intéresse ? Et puis, si ça se trouve, c'est vrai, son histoire.

Sur le chemin du retour, tout le monde somnole dans la voiture (sauf le chauffeur - enfin, je crois, puisque nous sommes en vie) mais avec les virages, difficile de dormir vraiment. Katia est fatiguée. Trois heures plus tard, au souk, elle négociera avec une désinvolture réellement inquiétante. "Combien pour l'écharpe avec la tunique ?

- Quatre cents.

- Ah non.

- Combien tu veux donner alors ?

- Deux cents.

- Deux cents c'est pas possible, la gazelle.

- Trois cents alors.

- D'accord."

Et hop, trois cents dirhams, et le type nous donne des cadeaux en plus, ce qui est évidemment super mauvais signe.

Marrakech en approche. Je pose encore des questions sur l'Islam : comment sait-on que le mouton ne souffre pas quand on l'égorge ? (les couteaux sont très bien aiguisés). Se convertir, c'est facile ? (oui.). Quel genre de fête on organise après le hadj ? (une très grosse). Rachid insère un CD dans le lecteur, avec des prières chantées en arabe. "Parfois, dit-il, c'est tellement beau qu'on pleure." Il fait de grands gestes avec la main. Je repense à la nuit de la veille. La dernière fois que j'ai vu autant des étoiles, c'était dans les Alpes. Les résidus d'une discussion théologique avec Alice me reviennent en mémoire. "Alors moi franchement, je ne veux vexer personne, mais j'ai un peu de mal à croire que Dieu existe vraiment.

- Pourquoi ?

- Il suffit de réfléchir un peu.

- D'accord. Imagine que tu es une amibe et que tu vis dans l'océan. Maintenant, imagine qu'on te parle d'un repas dans un restaurant à Tokyo avec des hommes d'affaire. Tu ne comprends absolument rien, n'est-ce pas ?

- Euh...

- L'océan, pour toi, ça ne veut pas dire grand-chose. Tu es tellement petite. Mais la terre ferme ? Et Tokyo, c'est quoi ? Une ville, des gens ? Et des hommes d'affaire ? Un dîner ? Bref, ton cerveau n'est absolument pas en mesure d'appréhender cette réalité, qui est pourtant celle dans laquelle tu baignes.

- C'est quoi appréhender ?

- Mange ton tagine."

Voilà, c'était la parabole de l'amibe et de Tokyo, une création-maison. Parfois, j'arrive à en être fier. Quand je suis fatigué.

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marrakech (5)

Publié le 26 Octobre 2010 par F/.

Le matin : expédition vers la medersa Ben Youssef, dont le principal intérêt est de se trouver à deux pas du riad et de figurer sur la liste des trucs-à-voir-absolument-sinon-t'es-pas-un-vrai-touriste. L'école coranique, édifice d'inspiration arabo-andalouse assez grandiose, reconnaissons-le, abritait en son temps près de 900 étudiants entassés dans des cellules genre prison. "Tu vois, ai-je tenté d'expliquer à ma fille, à l'époque, ça ne rigolait pas, on travaillait pour de bon.

- Oh papa c'est trop joli !

- Euh, t'as entendu ce que je disais ?

- Oui oui." (Elle regarde les mosaïques).

Après quoi nous sommes allés manger. Les restaurants, à Marrakech, c'est un peu comme à Rome : à peine êtes-vous assis qu'on vous apporte plein de choses que vous n'avez absolument pas demandées : des pains, des sauces, de l'eau, etc. "Non merci. Un pain, ça suffira. Non non, on a déjà de l'eau, ça va. Choukran." Dix minutes après, toute honte bue, nous hélons un serveur : "Euh, on peut avoir un autre pain ? Ah oui, et de l'eau aussi."

Quelques détails intéressants appris aujourd'hui :

"Balek" signifie en susbstance : "poussez-vous les mecs, je suis derrière vous, j'ai une grosse charette et je n'ai aucune intention de m'arrêter !" ;

Les chats n'appatiennent à personne : on les aime bien mais on ne les laisse pas entrer chez soi ;

Le musc provient des glandes d'un chevrotin d'Asie mais peut être obtenu artifciellement : les vendeurs prétendent qu'il est produit par des gazelles. Ben voyons. Sur wikipedia, cette précision d'importance : "à faible dose, le musc a une odeur animale et boisée, avec de vagues relents de sécrétions sexuelles et d'excréments. Yi-haa. Vous m'en mettrez trois kilos cinq" ;

La meilleure façon de négocier dans un souk, c'est d'avoir deux porte-monnaies. Vous repérez ce que vous voulez acheter. Vous décidez du prix maximum que vous êtes prêts à mettre. Vous transférer la somme en question du porte-monnaire primaire, qui contient tout votre argent, au porte-monnaie secondaire, qui va servir de leurre. Vous abordez le vendeur en confiance et vous commencez à négocier. Quand vous en avez marre, vous ouvrez le porte-monnaie secondaire sous le nez du malheureux. "De toute façon, regarde mon ami, c'est tout ce qui me reste." Normalement, le type prendra un air meurtri et finira par céder. Cette méthode a été testée et validée par ma femme : si vous avez  un problème, c'est à elle qu'il faudra se plaindre. Mise en pratique chez un marchand de trucs de décoration. "Combien, ça ?

- Ecoute, je te fais un bon prix, d'accord.

- C'est quoi un bon prix ?

- Tu es française. Tu es mon amie. Cinq cent dirhams.

- Ah, ah (quiconque a déjà entendu ma femme s'esclaffer sait combien ce "ah ah" peut être vexant).

- Non sans rire, madame, pour les Américains, c'est mille dirhams.

- Mais je m'en fous, moi : je suis française.

- Attends, combien tu veux donner ?

- Je ne sais pas.

- Dis un prix quand même.

- Deux cents dirhams.

(Le type met la main sur le coeur. Imaginez la tête que vous feriez si on vous apprenait que vous aviez un cancer métastasé au foie. Eh bien c'est exactement cette tête qu'il fait).

- Deux cents, madame, c'est même pas le prix de la fabrication. Pour deux cents dirhams, tu as ça en plastique.

- Bon, ben je vais l'acheter en plastique, alors. Allez, au revoir.

(Ma femme s'en va).

- Attends, madame ! Madame !

(Je vous épargne les dix minutes qui suivent. L'histoire se termine avec le coup du porte-monnaie secondaire. Deux cents dirhams : adjugé, vendu. Le type fait un peu la gueule - style je n'ai pas vraiment de métastases au foie, juste un cancer primaire - et nous repartons, avec la douce certitude de ne nous être fait que modérément entuber.)

 

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Dans l'arrière-boutique avec Nathan, j'ai eu le temps de regarder un bout de match de Barcelone, 2 - 0 pour le Barça. Nathan portait toujours son maillot, un vendeur lui a pincé le bras, "c'est bien, hein, Messi !" Sauf que Messi n'était pas sur le terrain ce soir. Bah, who cares ? Samedi, nous allons essayer d'aller voir un match de l'équipe locale. Les Marocains semblent ne porter qu'un intérêt très mesuré à leur propre football, mais ils trippent sur l'Espagne comme c'est pas permis.

Une note sur le hammam de ma femme : c'était pas si bien, finalement. Elle est "un peu déçue." C'était "un peu l'arnaque". De lait d'ânesse, de miel, de pétales de rose, il n'a nullement été question. Grand seigneur, je n'ai même pas tenté de l'accabler. Je sais qu'elle n'a pas dit son dernier mot.

[Edit de la principale intéressée à destination du lectorat féminin de ce blog] C'est au nom de toutes les femmes que je me suis rendue dans ce hammam. C'était une prière , un geste de solidarité, une pensée unique : celle du bien-être et de la volupté, pour toutes celles qui triment, les valises sous les yeux et parfois le cheveu légèrement gras. J'ai voulu dire stop au nom de l'amour, de la beauté et de la glande de chèvre (bon sang que je suis déçue : une gazelle c'est tout de même plus sexy). J'y retournerai, oui, pour me faire enduire les zones duveteuses de sucre et de citron, je suis sûre que vous savez de quoi il s'agit et, non, ce n'est pas d'une crêpe bretonne. [Fin de la parenthèse. Ce blog est en train de se barrer tout doucement en sucette.]

Vu sur la place, ce t-shirt :

 

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Ah, et sinon, nous partons demain aux portes du désert : si ce blog ne reprend pas jeudi soir, c'est que - enfin, voilà.

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marrakech (4)

Publié le 26 Octobre 2010 par F/.

Il faut que je demande à Sabah comment elle fabrique son caviar d'aubergine. Sauf que bien sûr, elle ne me le dira pas, parce que je suis un homme : les hommes ne cuisinent pas. Dans le même ordre d'idées, j'ai appris en parcourant le Lonely planet, que l'homosexualité féminine n'était pas un problème ici, tout simplement parce qu'elle n'existe pas. Il fallait y penser.

Bref. Hier soir, nous avons dîné au riad - un repas préparé par Sabah - parce que 1) nous avions la flemme de ressortir 2) nous estimions avoir fait assez d'économies pour la journée et 3) Sabah cuisine, on l'aura compris, divinement bien. Ce dîner, idéal par ailleurs, a été l'occasion de dévouvrir que Nathan kiffait les boulettes kefta à mort. "Je peux en ravoir ?

- Euh, tu en as déjà pris trois fois.

- Oui mais moi j'aime beaucoup ça, moi.

- Oui mais là, tu vois, maman et moi, on n'est pas encore resservi. Alors prends des concombres en attendant. [Ah ah. Cette réplique va certainement rentrer illico dans le top 5 des meilleures vannes de l'année.]

- Non mais moi j'aime les boulettes. Je peux nettoyer vos assiettes si vous voulez.

- Oui mais...

- Allez. C'est pas grave."

On notera l'emploi répété de la conjonction "mais", élément essentiel de tout dialogue avec Nathan, ainsi que l'emploi très pertinent de l'expression "c'est pas grave", généralement précédé de la conjonction "mais" et qui peut s'employer :

- quand on se fait engueuler.

- quand on se fait contredire.

- quand une faveur vous a été refusée.

... en somme, à peu près en toutes circonstances.

Bon, les amis, il est 8h15 heures locales, et tout le monde dort évidemment, dans le riad j'entends parce qu'à l'extérieur, il y a bien longtemps que ça s'active. Cette nuit, je n'ai pas été réveillé par l'appel à la prière, signe encourageant d'acclimatation locale (ou marque consternante d'une absence totale de sens religieux) et c'est une bonne chose car une épreuve redoutable m'attend aujourd'hui : gérer les enfants seul.

Vous avez bien lu. Ma femme se barre au hammam. Et m'abandonne à mon sort. Moi, un écrivain. Même pas quadragénaire. Dans une ville hostile, où il convient de marcher à gauche d'un enfant (quand on est du côté droit) ou à sa droite (quand on est du côté gauche) à cause des mobylettes, des vélos, des charrettes et de l'absence chronique de trottoir mais où rien, en tout état de cause, n'a été prévu au cas fort improbable où un crétin inconscient entendrait se déplacer avec deux enfants. En conséquence, nous vivons certainement nos dernières heures sur cette terre. Je voudrais dire à mes éditrices du Fleuve Noir et de Gallimard Jeunesse que les dossiers qui les concernent sont en bonne place sur le bureau de mon PC, mais qu'il est hors de question que ma femme touche quoi que ce soit sur les droits d'auteur des deux bouquins concernés attendu qu'elle se faisait enduire de savon noir et se baignait dans du lait d'ânesse parfumé à la rose et au miel pendant que nous étions en train de crever, merci.  

 

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marrakech (3)

Publié le 25 Octobre 2010 par F/.

Les jardins de Majorelle, où sont dispersées les cendres de Yves Saint-Laurent, sont bien la merveille promise. Seul problème : ils sont bourrés de Français. On reconnaît le Français au fait qu'il râle tout le temps, qu'il se déplace en taxi, voire en calèche, et qu'il aime se faire prendre en photo devant les monuments. En somme, le Français est un Allemand avec une propension accrue à marchander. Gentleman, je prends un groupe en photos. Le type revient chercher son appareil. "J'ai cru que vous alliez partir avec.

- Oui, c'est ce que je fais habituellement.

- Mais pas cette fois-ci, ah ah.

- Non. Parce qu'il est peu pourri, votre appareil.

- Ah oui. Ah ah."

 

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Nous repartons vers la Medina comme nous sommes venus, c'est-à-dire à pied. Sur le chemin, nous nous arrêtons au Acima, le Auchan local - sauf que Auchan a repris ses parts, enfin, c'est un peu compliqué. Nous y trouvons des boîtes d'Oreo à 60 dirhams - vraiment très intéressant. Et aussi du Caprice des Dieux. Bref, c'est un peu la lose.

Retour au bercail. En chemin, comme tout le monde a faim, nous nous arrêtons dans un truc qui - comment dire ? C'est une mémé qui prépare à manger. Des sardines grillées, des frites, des lentilles, et c'est tout. Ah si, il y a des tripes de on-ne-sait-pas-quoi-mais-on-veut-pas-savoir. Faisant fi des conseils du Lonely Planet et du bon sens hygiènique le plus élémentaire, nous décidons que cette mémé nous plaît et que nous allons tenter le coup. Nous montons donc à l'étage, passons devant des chiottes/ évier où trempe une eau de vaiselle saumâtre. Trop tard pour faire demi-tour. Nous sommes, cela va sans dire, les seuls touristes que cet endroit ait accueilli au cours des dix dernières années. Nous nous installons sur des chaises graisseuses, sous un plafond d'1m50, devant un ventilateur brassant un air tiède du meilleur effet. On nous apporte nos plats. Les sardines sont très bonnes : parfumées à la coriandre. Les frites sont parfaitement froides. Les lentilles sont ok. Le coca ressemble à du vrai coca, ce qui est étonnant si l'on considère l'aspect de la bouteille. Bref. Nous mangeons en échangeant des regards inquiets. Puis nous descendons pour payer : 50 dirhams tout compris. Bon, au moins, si on est malades, ce sera pour pas cher.

Dans l'après-midi, je me rends chez le coiffeur-barbier du coin. Le type exhibe des lames de rasoir inquiétantes et j'ai l'impression d'être dans un épisode des Soprano - si Tony était musulman. Pendant l'appel à la prière, le coiffeur suspend son geste. Il est excessivement gentil. J'ai des écorchures partout mais c'est normal, m'explique-t-il, c'est parce que j'ai le sang chaud. Euh, ok. Il passe dix minutes à me remettre d'aplomb. "Combien je vous dois ?

- Ce que tu veux, mon ami.

- Ah."

Je laisse une somme inespérée pour lui et pour moi aussi et nous nous quittons bons camarades. Chaque fois que je repasse devant chez lui, maintenant, il me dit bonjour. Les commerçants de la Medina ont la faculté hallucinante de se rappeler les visages de chaque touristes, éternellement. Ils vous voient une fois, ils ne vous oublient plus jamais.

En fin d'après-midi, nous ressortons. L'ambiance est beaucoup plus cool que la veille. L'inscription "touriste ahuri" a dû disparaître de nos visages. Nos regards sont fermes, nos gestes à peu près assurés, Katia explique à tout le monde qu'elle n'achètera rien, qu'elle repassera, qu'elle a le temps, etc. Les vendeurs hochent la tête. "Bienvenue." "Bienvenue" est une sorte de mot passe-partout qu'on lâche quand on ne sait pas quoi dire d'autre, au contraire de "merci pour la gentilesse" qui signifie "maintenant, je te conseille vraiment de cracher ton fric." Nous achetons à Nathan un maillot du FC Barcelone que nous négocions avec une âpreté très relative. En vérité, se faire arnaquer est un plaisir de riches. Désormais, notre fiston est deux fois plus populaire, si c'est possible. Il faut dire que le Barça - et Messi en particulier - jouissent ici d'une côte d'amour proprement ahurissante. Un mec sur deux lève le pouce : "Barcelone, hein !" Nous finissons sur Djemaa El Fna, as usual, et achetons trois kilos de dattes, abricots secs, amandes et figues séchées. Nous sommes parés pour, disons, deux jours. Plus personne ne nous emmerde avec les singes et les serpents. D'ici une semaine, d'après mes calculs, ma femme va demander la nationalité marocaine.    

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marrakech (2)

Publié le 25 Octobre 2010 par F/.

Journée passée à errer dans les souks. Pas trop de problèmes avec une femme comme la mienne : le type qui arrivera à lui faire acheter quoi que ce soit contre son gré n'est même pas un concept en devenir. Au bout de dix minutes, nous tombons sur Mohammed, un vendeur vraiment sympa qui assure la visite locale, nous emmène dans une droguerie, nous montre les teinturiers, nous offre le thé, etc. tout cela sans nous prendre le moins du monde la tête. Nous montons sur une terrasse. Aux alentours, le bordel règne.

 

http://www.marrakech-echecs.com/IMG/jpg/Souk_Marrakech.jpg

 

Un peu plus loin, un fabricant de boîtes casse-tête amuse beaucoup les enfants. Fabrication locale, artisanale, c'est-mon-frère-qui-les-fait, la totale. Deux cent mètres plus loin, nous retrouvons la même boutique avec les mêmes pièces locales, uniques, inimitables, youpi. Sur Djamaa El Fna, les choses se gâtent un peu : sans nous laisser le temps de protester, un type me passe un serpent autour du cou, nous propose de prendre des photos, s'excite tout seul, nous demande 20 euros. Katia efface les photos, le type la surveille avec attention, je vois le moment où il va se barrer avec l'appareil mais non. Nous repartons en râlant. Les enfants n'ont rien capté. Nous repartons dans les ruelles. Je repère une enseigne de dentiste. Mon mal de dents disparaît. Couscous pour tout le monde dans une gagotte locale : 10 euros TTC, boissons comprises. Nous retournons au riad. Je bosse, Katia bronze, Alice glande, Nathan dort trois heures. Il adore Marrakech : "Tout m'intéresse, ici. Depuis le début." Il a l'air excessivement sérieux. Et les gens ? "Tout le monde m'aime, ici." Il faut dire qu'un petit mec blond aux yeux bleus ne passe spécialement inaperçu dans le secteur. Et se faire ébouriffer les cheveux vingt fois dans la journée ne paraît pas un problème : "ça va, mon ami ?" Le soir, je décide d'emmener tout le monde dans un restaurant que nous ne trouverons jamais. La carte ne dit pas la même chose que le Lonely Planet qui ne dit pas la même chose que google maps qui ne dit pas grand-chose en vérité. Une quinzaine de types à la suite, voyant bien que nous sommes paumés, offrent de nous aider, descendent de mobylette. "Alors c'est très simple." Nous déclinons : "S'il te plaît mon frère donne-moi dix euros je suis pauvre merci beaucoup mon frère.

- Non mais ça va on va se débrouiller.

- Non mon frère c'est très difficile ici, vous allez vous perdre.

- Mais c'est ce qu'on veut !

- Suis-moi mon frère.

- Non mais attendez on n'a pas de fric.

- Suis-moi mon frère. Je suis pauvre. Donne-moi vingt euros. Merci beaucoup pour la gentillesse."

Je ne peux m'empêcher d'admirer leur technique. Katia commence à râler. Alice nous reproche de ne pas donner d'argent à chacun. "Bon maintenant ma chérie tu la fermes." Après une heure de ce jeu un peu chiant, nous retournons finalement vers Djamaa El Fna, en passant par des ruelles de plus en plus étroites, hantées par de minuscules chatons. Alice décrète que c'est ce qu'elle préfère au Maroc : les petits chats. Son compteur est à quatre-vingt six. Dîner sur la place, ce qui ravit les enfants. Nos fragiles estomacs d'européens nordiques émettent des prières silencieuses. Nous ne sommes pas encore prêts pour les escargots ou les brochettes de cervelles. Plus tard, nous descendons dans ce qui ressemble à un supermarché. Katia cherche une brosse à cheveux, objet que, pour une raison que nous ne parvenons pas à nous expliquer, personne ne semble vendre nulle part. Elle finit par dénicher un superbe machin vert fluo. Sauvés ! Voilà qui illumine notre soirée. Rentré au riad, j'essaie de déterminer, wifi aidant, si faire du jogging dans les rues de Marrakech peut être une idée pertinente. Je réserve mon jugement.

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marrakech (1)

Publié le 24 Octobre 2010 par F/.

Arrivés hier avec trois heures de retard - trois heures à glander dans la salle de transit de Casablanca - les enfants étaient fous - heureusement, j'avais les Simpson sur mon PC - et arrivée à neuf heures heure locale, nuit noire, 18°C. Première fois de nos vies que nous prenions un Boeing 767 pour un voyage de vingt minutes : expérience légèrement surréelle.

Bachir vient nous chercher à l'aéroport. Il est super cool. "Alors, toujours les grèves en France ? Ah, ah, vous êtes mieux ici, hein ?" On sent que ça le fait bien marrer. Il a plu avant notre arrivée, toute la journée, un orage monstrueux mais c'est bien fini, nous promet-il, et, ce matin, effectivement, le ciel est une mer sans nuage, bercée de cris d'oiseaux. Le riad est, comme prévu, une merveille. Deux étages, une terrasse :

 

Hier au soir, dîner rapide sur la place Djamaa-El-Fna. Pour le dessert, nous achetons les meilleures dattes du monde. Puis nous rentrons. Il est minuit.

 

Réveillé par l'appel à la prière ce matin. Je ne sais pas très bien quelle heure il était mais j'ai furieusement pensé à OSS 117. Il est 8h15 - très tard selon les normes locales, et Sabah est à pied-d'oeuvre pour nous préparer le petit-déjeuner. Dans la patio, devant le bassin, Nathan émerge doucement.

 


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chaud et froid

Publié le 22 Octobre 2010 par F/.

Immense merci à ceux qui se sont venus à la BNF hier soir malgré le froid, les grèves et Claro à Beaubourg. Impossible de savoir ce que les gens retirent de ce genre de rencontres. L'envie forcenée de faire lire, j'espère. Une certaine énergie joyeuse. Je ne me déplacerais pas pour moins si j'étais à leur place.

 


 

Départ demain pour Marrakech - dix jours au soleil. Je continuerai de poster régulièrement, inch'allah.

 

http://www.voyage-et-tourisme.fr/wp-content/uploads/2010/02/Marrakech_la_menara.jpg

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tournicoti

Publié le 21 Octobre 2010 par F/.

Le moment est venu de parler de choses sérieuses. Dans quel énorme bouquin pouvez-vous espérer rencontrer Jérôme Ferrari, Pacôme Thiellement, Claro, Olivier Rohe, Mathieu Larnaudie, François Rivière - et 93 autres, dont votre servitreur, pour causer, sous la houlette bienveillante de la sublime Laure Limongi, de La Petite maison dans la prairie, Les Soprano, Chapeau melon et bottes de cuir, Star TrekThe Big Bang Theory, Candy, Les Chevaliers du Zodiaque, Deux flics à Miami, Dynastie, Le Saint, True Blood, Mad Men, Skins ou Treme ? Réponse vivifiante :

 

http://4.bp.blogspot.com/_Nh9Rwk2iXlQ/TDhs4ZNIJQI/AAAAAAAABp0/IrLW-lqt1ME/s1600/CouvEES2_RLR.jpg

 

Et plus d'infos ici.

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