Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

all work and no play...

Publié le 31 Mai 2011 par F/.

Jeudi matin, avant de partir en week-end, j'enverrai à l'éditeur la première version de mon thriller-anciennement-connu-sous-le-nom-de-Cut, et j'attendrai un peu, et on verra bien. Je compte réécrire le bouquin deux fois encore, de toute façon. Une broutille.

 


A ce sujet : on a vu fleurir ici et là, ces temps-ci, à l'occasion du débat sur le numérique, l'étrange idée selon laquelle un auteur devrait pouvoir vivre de sa plume. Le contraire, essaie-t-on de nous dire, serait scandaleux et inique - alors que tant d'éditeurs et de libraires flemmards se font dorer la pillule au soleil, couchés sur des matelas d'euros. A titre personnel, je m'inscris bien sûr en faux, et pas qu'un peu. Kafka ne vivait pas de sa plume, Bolano galérait comme un âne, des centaines de génies se sont tués à la tâche (on ne parle ici que de littérature), et il en a toujours été ainsi. C'est la loi de l'offre et de la demande - celle qui ne vous plaît pas quand vous souffrez du déséquilibre, celle que vous aimeriez tellement réinventer. Hélas ! Le numérique ne changera rien à cette donne. Les gens ne vont pas se mettre miraculeusement à lire ou à lire plus, parce que le temps n'est pas extensible et que l'envie ne se commande pas, pas plus que le milieu socio-culturel ne se décrète. Convaincre un gamin que lire est vital, l'inscrire dans une logie durable de lecture, faire des ados facebookiens d'aujourd'hui les lecteurs adultes et définitifs de demain est une mission délicate et sacrée que ne s'infligeront bien sûr ni les membres de l'Académie Française, ni les journalistes de la presse dite littéraire, ni les supporters ou les contempteurs du tout-numérique qui se paient aujourd'hui de grandioses prophéties lumineuses. Le contexte étant ce qu'il est, l'idée qu'un auteur français lambda écrivant gentiment peine un peu à s'en sortir me laisse pour le moins indifférent. Personne ne l'a forcé, que je sache. Personne ne lui a promis quoi que ce soit. Les boulots salariés existent : ils l'attendent, avec retraite à la clé et sécurité sociale. Il y a trop de livres aujourd'hui et pas assez de lecteurs, ce qui conduit à cette (un peu mais pas vraiment) triste réalité : un écrivain écrivant à une allure moyenne un roman au potentiel commercial moyen ne peut, aujourd'hui, pas s'en sortir, i.e. pas payer un loyer et mener une vie "normale". Ce n'est pas la faute des autres. Ce n'est pas la faute du monde. C'est juste la vie - et vous avez le droit de ne pas aimer ça. D'un autre côté, réjouissons-nous : une société qui permettrait à n'importe qui de publier n'importe quoi et d'en vivre serait rapidement promise à la ruine. Ecrire n'est pas un loisir payé, pas plus que la simple satisfaction d'une pulsion narcissique. Ecrire est un sacerdoce et un pari terrible, qui rend l'écrivain dépendant du lecteur et le laisse à sa complète merci avec pour seul espoir celui de l'attirer dans ses filets en retour. Cet espoir n'est pas toujours satisfait. La belle affaire. En ce qui me concerne, j'ai fait ce pari. Et j'ai eu de la chance : quelques rencontres fondamentales, un bon timing, des lecteurs souvent bienveillants. Mais il ne s'agit pas seulement de chance.

 

http://www.michellehenry.fr/MenAtWork2.jpg

 

J'écris depuis treize ans. J'écris cinq jours sur sept, ne travaillant que trois ou quatre heures chaque samedi et dimanche, et considérant ces jours-là comme des jours de repos. Le mot "vacances" m'est globalement inconnu. J'ai travaillé au plan de Dreamericana pendant mon voyage de noces, à la relecture de Sayonara Baby pendant un déménagement, à une nouvelle de SF un 31 décembre au soir, et j'ai donné une interview le jour de la naissance de ma fille. Il m'a été donné d'écrire dans une salle de bains, dans des toilettes, dans une cave, dans une voiture, dans un train, dans un avion, dans un bus, sur un banc de métro, dans un parc, dans un jardin, dans un télécabine, dans un train à crémaillère et dans moult chambres d'hôtel, bien sûr, pour ne pas perdre trop de temps. Quand je suis en retard, je me lève à 6h, ou je me couche à 1h - 9h du matin un dimanche étant pour moi le comble de la grasse matinée. Il m'est arrivé de travailler au bord d'une piscine en Martinique, dans une chambre avec vue sur le Pacifique, dans le lobby d'un hôtel florentin, ou devant la plus belle montagne d'Europe. Il n'existe probablement qu'une femme au monde capable de supporter ça, et j'ai eu la bonne idée de l'épouser fissa : ce n'est pas un hasard si la plupart de mes livres lui sont dédiés. Alors oui, il y a des gens qui vivent de l'écriture. Mais il est préférable de bien connaître, avant de s'embarquer pour un voyage au long cours (ou avant d'aller chialer sur un forum parce que la vie est vraiment trop pas cool) les conditions générales de la traversée.

commentaires

Los Angeles (3)

Publié le 30 Mai 2011 par F/.

Je n’ai pas dû dormir plus de deux heures cette nuit-là : les autres, bien sûr, faisaient trop de bruit (Snow Patrol, éructations, et quelque chose qui ressemblait à des chants Navajos), et une sorte de terreur sacrée était en train de monter en moi, comme si les signes s’étaient trouvés là, juste sous la surface – les reflets de ma main pâle tremblant sur les eaux noires.

Le lendemain, tout le monde avait de nouveau disparu. Nous étions dimanche, ce qui voulait dire que miss Gilmore ne se montrerait pas, pas plus que Charles, pas plus que quiconque. Pour la centième fois, j’ai appelé Ashley. Pour la centième fois, je suis tombé sur son répondeur. A quel moment étais-je censé prévenir Larry ? Plus tard, soupirait ma voix intérieure. Toujours plus tard.

commentaires

liberté, égalité et l'autre truc, là

Publié le 30 Mai 2011 par F/.

L'ennui est le malheur des gens heureux, écrivait Walpole. Eh bien, je n'ai pas eu le temps d'être malheureux à Epinal. En préambule, certains m'ayant fait savoir qu'être cité dans mon blog les dérangeait, je passerai pudiquement sous silence les moments de jubilation pré-éthylique partagés avec Pascal G. et le fil métaphysique 2h-4h déroulé en compagnie d'Anne F. dans la sombre moiteur d'un hall de Kyriad. Pour le reste, j'ai beaucoup signé, ai-je trouvé, et les conférences étaient toujours aussi ah-ah-youpi-oui-vraiment. Par exemple, je regrette beaucoup d'avoir raté celle où Ayerdhal (du peu que j'en ai compris) a expliqué qu'il allait monter une maison d'édition numérique. Google actualités restant mystérieusement muet sur le sujet, il m'a fallu m'en remettre aux communiqués de presse du ghetto pour en apprendre plus : Selon Ayerdhal, l'auteur n'a plus besoin de la plupart des intervenants de la chaîne du livre (éditeur, diffuseur, distributeur et libraire) qui récupèrent la majeure partie du pourcentage de la vente d'un livre. L'écrivain précise qu'il n'est pas contre le fait de travailler avec un directeur d'ouvrage (editor en anglais), mais certainement plus avec un vendeur de livres (publisher en anglais). Il invite tous les auteurs à stopper les négociations avec les éditeurs classiques pour se tourner vers lui et lutter contre ce système capitaliste de la gestion du droit d'auteur. Yeah, baby ! Et la foule enthousiaste, j'imagine, d'applaudir à tout rompre. Il faut dire que ça fait réfléchir, tout ça. Perso, le capitalisme, c'est comme le nazisme ou les explosions nucléaires : j'ai toujours eu du mal. Et je comprends mieux, désormais, la nature du sentiment d'injustice qui m'envahit chaque que je vois le DG d'Editis ou de Gallimard passer en Rolls Royce devant moi, une pluie de billets de 100 euros mêlée d'un rire sardonique voletant dans son sillage. Hey, pourquoi est-ce que je ne gagnerais pas plein de fric, moi aussi ? Après tout, écrit-on pour autre chose ? Contrairement à la caissière de Simply Market, ou à globalement n'importe quel salarié, je suis aujourd'hui en mesure de me soustraire au joug infâme de l'hydre ultra-libérale et d'augmenter mes revenus tout en restant foncièrement de gauche. Si ce n'est pas la fête, vous avouerez que ça y ressemble. Mort donc aux libraires qui ne vendent pas assez mes livres merveilleux, aux éditeurs qui se permettent de donner leur avis sur mes textes alors que quand même, merde, c'est moi qui bosse, aux diffuseurs qui mènent grand train sur les routes de France et se remplissent la panse à mes frais, mort, par exemple, à l'Atalante, éditeur pointilleux obsédé par le fric ET libraire cynique obnubilé par sa marge, et place au-tout numérique qui vous permettra, bienheureux lecteurs, de voir mes vidéos, d'écouter ma musique, de connaître en live la couleur de mon slip et de mettre des notes à chaque paragraphe pendant que vous serez en train de lire, privilèges dont, très franchement, je n'imagine plus aujourd'hui un instant vous priver. Cependant, attention : il n'est pas impossible que je crée ma propre maison d'édition numérique. Après tout, et même si je l'aime beaucoup, je ne vois pas très bien je donnerais du fric à Ayerdhal sous prétexte qu'il a eu l'idée en premier. Mes textes, qui ne seront pas passés entre les mains suantes d'un éditeur castrateur, et dont aucune fumée de cigare Montecristo ne sera venue ternir le lustre, resplendiront d'une pureté authentique semblable à celle du diamant brut (on appelle ça "le premier jet"). Vous me lirez sur votre Ipad à 600 euros, je penserai à vous au bord de la piscine, il n'y aura pas de gagnant, pas de perdant : seulement des heureux et des hommes libres. Vous ne pouvez pas savoir comme j'ai hâte.

 

http://s3.hubimg.com/u/4047062_f260.jpg

commentaires

you are a tourist

Publié le 27 Mai 2011 par F/.

Le Paris à minuit de Woody Allen, encensé par la critique à un point presque surréel, souffre à mes yeux d'un problème bien plus préjudiciable que la présence - parfaitement anodine et dispensable - de Carla Bruni ou de Gad Elmaleh, dont le principal problème (et le nôtre) est, somme toute, d'être eux-mêmes : c'est un film qui s'effondre sous le poids de son indigence, un objet non-indentifiable que notre faux dépressif préféré destinait sans doute à ses fans les plus hard-core ou à son propre plaisir, mais dont il aurait été bien avisé de confier le scénario à quelqu'un que le sujet inspirait réellement plutôt que de l'écrire lui-même en deux semaines sur un coin de table avec nappe à carreaux en écoutant du jazz Fip.

 

http://static.lexpress.fr/medias/1347/689941_le-cineaste-woody-allen-et-carla-bruni-sarkozy-lors-du-tournage-de-midnight-in-paris-a-paris-le-27-juillet-2010.jpg

 

Reconnaissons-le, on entrait dans ce Paris-là avec une certaine appréhension : s'enticher subitement d'une idée SF, chez un cinéaste accoutumé au réel, est rarement de bon augure. On pourrait prendre, pour excuser la lourdeur du propos, les voyages dans le temps du personnage principal (Owen Wilson, décalque juvénile du maître jusque dans ses moindres tics) comme une simple métaphore de la nostalgie, métaphore un peu galvaudée certes, mais acceptable à la limite si d'autres personnages - une fille des Année folles, un détective de notre époque - n'en faisaient également in fine l'expérience. Cette révélation tardive éclaire rétrospectivement le film d'une décevante lumière : notre progagoniste ne voyage pas subjectivement, mais bien objectivement. Et c'est là, notamment, que le bât blesse : le Paris du passé qu'il traverse est une collection de clichés si ahurissante qu'on l'imagine destinée aux gens qui n'y connaissent rien : mais alors, en quoi cela peut-il les intéresser ? Les Années folles vues par Woody, c'est l'Histoire culturelle pour les nuls : Zelda F. est alcoolo et veut mourir, Scott F. est marrant mais n'a rien à dire, Ernest H. aime boxer et ne parle que de courage et de mort, Salvator D. s'apprécie beaucoup et répète dix fois le mot "rhinocéros" (Seigneur, cet homme est un peu fou-fou dans sa tête) et Gertrude S. est une bonne copine, toujours prompte à prodiguer des conseils artistiques. Les lecteurs de Lire seront contents. Un film magique, nous dit-on. A ce compte-là, Disneyland aussi est magique, et Montmartre : on y trouve ce qu'on y apporte.

Le problème, avec les films d'Allen, c'est qu'ils ne sont que des extensions filmées de leur scénario (on pourrait dire à peu près le contraire de ceux de Malick). Quand le script est brillant, quand le maître est en verve, ça pétille, ça ravit, ça fait rire. Ici, tout tombe tristement à plat. A cause de ce fameux problème structurel, qui n'a sans doute pas effleuré le réalisateur, le vieux coup de la fable ne tient pas et, comme dans le Alice de Burton, on se trouve pris de pitié pour un créateur que l'imaginaire, au fond, embarrasse. Reste le message, le pauvre message qui n'a pas lieu d'être. Qu'apprend le personnage ? Que - attention, spoiler -, c'était pas réellement mieux avant. Et ? Que les gens avaient le droit de fumer à l'intérieur. Et ? Que Paris sera toujours Paris, c'est-à-dire une ville de riches, principalement articulée autour d'Odéon et de la Concorde. Chez Allen, les gens rêvent d'être écrivains parce que scénariste à Hollywood, ça craint trop. Chez Allen, les vendeuses des marchés aux puces, qui parlent un anglais so charming, vivent dans le 8e arrondissement, et les gens bien sont de gauche parce que la droite est trop vulgaire. On me dira que c'est fait exprès, que c'est un peu pour rire. J'aurais été content de rire, justement. Mais le choix de faire jouer Carla Bruni, à ce stade, ne m'apparaît pas aussi anodin que sa pauvre prestation. Le lutin à lunettes s'est paumé dans Paris. Quand il se cache derrière l'ironie pour tourner dans le 6e, quand il prend l'excuse du cliché assumé pour enfiler les perles, Woody Allen nous propose un cinéma fatigant, comme Libé est fatigant, comme Le Masque et la plume est fatigant : parce qu'il n'assume pas sa vérité bourgeoise et la médiocrité satisfaite qui va avec.

commentaires

le film de votre vie ?

Publié le 24 Mai 2011 par F/.

Tenter de convaincre ses détracteurs que Tree of life est un film immense serait aussi inutile que, par exemple, d'expliquer Turner à un amateur exclusif de comics - et je n'ai rien contre les comics. Le cinquième film de Malick est une oeuvre totale : un poème, avant toute chose, qu'il serait vain de juger à l'aune de la production cinématographique actuelle, et muni des critères d'évaluation mundane. C'est un film habité - littéralement - par la grâce. Tout ce qu'on peut lui reprocher : lourdeur, ennui, lyrisme pompier est, sous un certain angle, recevable, mais celui qui montera réellement dans l'arbre n'en descendra plus, ne voudra plus jamais en descendre. Je suis un amoureux de Malick - j'aime, de façon générale, les mégalomanes prétendant faire entrer la vie entière dans une oeuvre d'art : Dostoïevski, Kubrick, Joyce et quelques autres, et il me semble qu'il est primordial de lâcher prise avant d'entrer dans ce film, comme on entre dans une église. Le réalisateur, d'ailleurs, est assez clair là-dessus, qui montre le sommet infini de l'édifice, mais aussi un enfant enjambant bravement les bancs, ou un homme à genoux, incrédule, ou des gens qui sortent et se perdent - ils ne se retrouveront que lors de la séquence de presque-fin.

Un artiste véritable ne devrait rien tenter d'autre, selon moi, que de se brûler au feu du mysticisme le plus ardent, et échouer magnifiquement, bien sûr. Il y a des corps en mouvement, dans Tree of life, de la matière en fusion, un mélange constant de grâce et de force qui dit le mystère de la vie et la nécessité de l'abandon. Jamais, je crois, je n'avais vu conjugués avec une telle efficience et une telle profondeur la forme et le fond d'une oeuvre filmée. On peut revoir le film dix fois, penser que le cinéma ne sera plus jamais pareil après ça, ou seulement un peu plus vain, un peu plus futile, et on peut aussi se lever en se jurant que plus jamais. "Je ne sais pas ce que j'ai vu", dit ma femme. Je pense que c'est à peu près ce qu'on ressent lorsque l'on meurt. "Je ne sais pas ce que j'ai vu".

A la fin du film, quand les lumières se rallument, des spectateurs rient ouvertement. Dieu, la vie, tout ça ressemble effectivement à une arnaque incompréhensible.

D'autres disciples restent assis, sidérés. J'en suis.

 

http://www.lepoint.fr/images/2011/05/16/tree-of-life-malick-cannes-314525-jpg_195204.JPG

commentaires

a semi-week in the life

Publié le 23 Mai 2011 par F/.

Jeudi : concert des Wild Beasts au Point FMR. "Watch me, watch me !" - frémissements baroques, envolées fragiles, Hayden Thorpe en transe, la douce impression que ce groupe est taillé pour la gloire et ne l'atteindra jamais - ceux qui étaient là sauront de quoi je parle.

Vendredi : dîner chez Irène et Antoine : "Alala, on boit trop, non ?
- C'est clair.
- J'ouvre une autre bouteille ?
- D'accord.
(Silence)
- C'est quand même naze de picoler autant. Vous voulez un digestif ?
- Ce ne serait pas raisonnable.
- Donc c'est oui ?
- Je m'y oppose pour le principe.
- Vide ton verre.

Samedi matin : spectacle de danse de l'école, Nathan dans ses oeuvres, Alice a les larmes aux yeux.
- Ben qu'est-ce qui t'arrives ?
- C'est mon frère. Il est tellement fou ! Je veux dire, c'est mon frère, quoi.
SMS signé Irène : on est au spectacle de danse de M. Bobo la tête. Et vous ?


Samedi soir : fête d'anniversaire surprise pour les 40 ans d'Olivier G., organisée de main de maître par sa divine épouse. Olivier entre, on est une trentaine dans le salon immense de Joëlle L., et là, ta-da : "surprise !"
J'ai l'impression d'être dans Friends. Ce qui, en gros, est le cas, puisqu'il y a, notamment, Xavier M. et son épouse, Pascal G. et son épouse, Mathias E. et son épouse, et les quatre fantastiques habituels.
J'apprends que je ressemble à Sean Penn. Je fais la vaisselle pour garder le contrôle. Audrey essuie les assiettes, et moi, quelques railleries. Ma femme, outrée : "Mais il ne fait jamais la vaisselle ! Imposture !" Gilles, sur le départ : "C'était un vrai plaisir de ne pas parler avec toi."
Joëlle L. est très gentille. Elle a une grande bibliothèque. Elle a l'air de penser que je suis cinglé. Il serait fatigant de la démentir. Nous buvons de l'Absolut vanille - doux Jésus. Ma femme fait des déclarations d'amour à ses copines. Qui sont aussi les miennes, merde. La bande-son de la soirée est ce que j'ai entendu de pire depuis qu'une Entité Supérieure a décrété que toutes les merdes du top 50 des années 80 servaient de miroirs nostalgiques à notre génération et nous donnaient envie de bouger, alors qu'elles nous donnent surtout envie de mourir. Heureusement, il y a l'alcool. Et les amis. Bon anniversaire, Olivier !

Dimanche matin, 4h - taxi avec Xavier A. Ma femme :
- N'oublie qu'il faut aller chercher les enfants.
- A quelle heure ?
- Dix heures.
- Génial. 

Dimanche après-midi : mes parents jouent au théâtre. Une pièce de Ionesco. Le challenge : ne pas s'endormir. Je relève le gant.

 

http://www.journaldugeek.com/files/2010/12/misfits-510.jpg

 

Dimanche soir : saison 2 des Misfits, la série la plus foutraquement super du moment : super-héros débiles, petits meurtres entre amis, The Rapture en générique. Que demander de plus ? Avant ça, un épisode de Desperate Housewives. Dialogue.
- J'ai découvert un truc horrible sur le mec avec qui tu sors.
- Il est démocrate ?
- Pire.
Enfin, le coming-out !

commentaires

los angeles (2)

Publié le 20 Mai 2011 par F/.

Le bout d’une cigarette entre en incandescence. Il y a une fille dans la voiture, ou un garçon, parfois un jeune étudiant de première année aux paupières frémissantes, prêt à goûter les aphorismes de son mentor, à respecter ses silences. Scott ne formule jamais de promesses : seulement des prédictions. L.A. est une ville où tout est tellement possible que la plupart des gens la croient vide. De fait, rien n’y arrive qui n’ait déjà eu lieu ou qu’on ne puisse reproduire. Les rêves ne se brisent pas : ils disparaissent à l’approche du réel. Chaque soir, un soleil de fin du monde plonge sous la ligne d’horizon, laissant sur l’océan, telle une défroque, un vaste brouillard de sang et d’or. Au commencement, murmure Scott pour lui-même, au commencement régnait le Chaos. Puis parut Quaoar. Attristé par le vide de l’existence, le dieu des Tongva se mit à danser, à tourbillonner, à chanter le chant de la création. « Et c’est ce chant que je chante de nouveau », murmure Scott, exhalant une bouffée de fumée. « Rien, pas même Dieu, n’est plus grand pour chacun que lui-même. »

 

http://www.competencephoto.com/photo/gal/pic/gal-399179.jpg

commentaires

supplément d'âmes

Publié le 19 Mai 2011 par F/.

http://bigotherbigother.files.wordpress.com/2010/03/brom-elric.jpg?w=468&h=587

 

Elric, Les Buveurs d'âmes, sort aujourd'hui dans toutes les bonnes drogueries. A un libraire qui me demandait hier soir si je réalisais ce que travailler avec Michael Moorcock représentait, j'ai répondu non. Il y a vingt ans, je volais les livres du cycle d'Elric à la FNAC. Aujourd'hui, je les co-écris (et ils sont plus compliqués à voler car publiés en grand format). Sans doute me faudra-t-il vingt ans de plus pour ouvrir les yeux.

Non, je ne me rends pas vraiment compte : tout simplement parce que Michael John Moorcock, s'il a côtoyé Ballard, s'il a publié Pynchon, s'il a écrit pour Blue Oyster Cult, s'il est régulièrement cité comme influence par Alan Moore et Iain Sinclair et si le Times le cite comme l'un des 50 plus grands écrivains anglais d'après-guerre, est un homme d'une humilité confondante et d'un profond humanisme, doté d'un sens de l'humour en or massif et toujours prompt à ne pas vous rappeler qui il est.

Les Buveurs d'âmes est, au cas où vous vous poseriez la question, du pur Elric vintage. Tout ce que vous pouvez aimer ou détester chez l'albinos le plus célèbre du monde est, je l'espère, tapi dans ses pages : le pathos, la flamboyance, une propension jamais démentie à l'auto-apitoiement et une sanglante rage de vivre.

J'en profite pour remercier tous ceux qui sont venus faire la fête avec nous hier soir, tous ceux qui ont fait semblant de rire à mon discours et tous ceux qui ont eu la décence d'arriver un peu en retard : les timoniers du Fleuve Noir étaient, semble-t-il, ravis - et nous aussi, par Arioch.

commentaires

new york (1)

Publié le 11 Mai 2011 par F/.

Ma mère a appelé une heure plus tard. Quelqu’un l’avait mise au courant, un associé de mon père. Elle parlait d’une voix froide, monocorde, comme pour essayer de tenir le chaos à distance, et elle s’y employait avec une telle détermination que j’ai d’abord cru qu’elle n’avait pas réellement compris. Mais soudain, au beau milieu d’une phrase, elle s’est arrêtée. Et une longue plainte animale a succédé à son silence.

Lentement, j’ai reposé le téléphone sur la table. Stephanie s’est serrée contre moi, les yeux secs. Notre voisin était parti en abandonnant un Post-it sur le comptoir de la cuisine : Que Dieu nous protège. J’ai repris la téléphone et la télécommande dans l’autre main. Toutes les chaînes passaient et repassaient les mêmes séquences en boucle. Sans doute ai-je prononcé la phrase la plus stupide qu’on pouvait prononcer ce jour-là, un truc du genre « ça va aller. » Mais je n’en suis pas sûr.

Les rues de New York disparaissaient sous un néant de poussière blanche. Ce n’était qu’un début.

 

http://www.theage.com.au/ffximage/2006/04/13/JTWTC_wideweb__470x352,0.jpg

commentaires

london calling (again)

Publié le 10 Mai 2011 par F/.

Trois jours à Londres, et la très imaginative exposition Enchanted palace en amuse-bouche, pour le plaisir des petits et des grands : mélange d'Histoire, de mise en scène, d'art contemporain, de jeu, avec des acteurs costumés qu'on jurerait sortis d'Harry Potter, le tumultueux passé de la famille royale dévoilé en un savoureux panorama diffracté, and don't the kids looove it.

 

http://uk.privateoutlet-blog.com/wp-content/uploads/2011/01/enchanted_palace_1604311c.jpg

 

Le reste : royal, as usual, trois jours à Londres ne suffisent jamais. J'étais fort marri d'avoir loupé l'expo Blake à la Tate mais j'ai fait le plus beau footing de ma vie à Kennsington Gardens, beau comme "il est 8h, mon hôtel est à 2 mn, l'herbe luit de rosée sous le soleil, je suis seul devant la statue de Peter Pan avec un héron cendré qui me toise placidement et une idée de roman nouvelle se déploie comme une fleur". Supers restaus aussi, thanks to trip advisor : un thaï à se damner et un Italien bien planqué, avec des serveurs adorables à chaque fois. Constatation : la bouffe, comme presque tout le reste, est devenue moins cher à Londres qu'à Paris. Quand on regarde dix ans en arrière, ça fait froid dans le dos. Pour finir, je n'ai acheté que vingt livres de bouquins : ceux qui me connaissent salueront cette performance unique. Autre truc qui fait froid dans le dos : les librairies disparaissent - un vrai déchirement pour moi, et je me dis, même si tout est très loin d'être rose, que nous devons continuer à chérir et à protéger nos libraires français, parce que le livre numérique, c'est bien gentil, mais si c'est juste pour avoir plus de magasins de fringues à la place, bonjour la libération.

 

http://www.easyvoyage.com/images/reportage/ANGLETERRE/4/02_big.jpg

commentaires
1 2 > >>