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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

le livre d'hier

Publié le 28 Février 2013 par F/.

 

Depuis hier dans toutes les bonnes librairies, les amis - comme à Atout-Livre, par exemple, où nous irons fêter ce soir en grande pompe, et avec tout la dignité requise, le départ de Jérôme Dayre, ci-devant meilleur bookseller à l'ouest du Pecos. (Heureusement, les successeurs ne sont pas mal non plus).

 


 

Le livre de Marcela Iacub est sorti. Le jour où je m'intéresserai à ce genre de conneries, il deviendra urgent de me loger une balle dans la nuque. En revanche : je ne suis clairement pas pour l'interdiction du bouquin. Les arguments déployés (c'est mauvais, c'est méchant, c'est inutile, ça va tuer l'édition) me semblent assez peu appropriés. Il en existe sans doute d'autres mais les lecteurs sont assez grands, il me semble, pour se forger une opinion quant à l'auteur, à l'éditeur et aux critiques qui leur servent benoîtement la soupe. Certes, je n'aimerais pas être à la place de DSK ; mais ça ne date pas d'hier. Que cet homme ait pu envisager de se présenter à l'élection présidentielle reste à mes yeux un total mystère.

 

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essaie encore

Publié le 26 Février 2013 par F/.

Des albums de la trempe d'An awesome wave, on n'en découvre pas tous les jours. Une smart-pop aérienne et racée soulignée d'accents world - du Vampire weekend cérébral et songeur, si l'on veut. La légende veut que le titre du premier album d'Alt-J soit en partie inspiré d'American psycho de BEE. Sur scène, hélas, les quatre de Leeds sont tout sauf des tueurs. On le craignait un peu, à vrai dire, mais ça s'est confirmé : Joe Newman a bien du mal, vocalement parlant, à tenir la distance. Cette fragilité pourrait forcer l'attendrissement si le set n'était pas si bref, et la basse si tristement bourdonnante. Malheureusement, les types arrivent, jouent les morceaux de leur album, et rideau. Il s'avère en fait - et là, j'en reste un peu sur le cul - qu'ils n'ont rien d'autre sous le coude (la dernière fois que j'ai vu un concert aussi bref, c'était en octobre 1991, avec Blur au festival des Inrocks. Mais ça bougeait cinquante fois plus). Alors on a bien compris :  le Mercury Prize, une presse aux anges, il faut rentabiliser tout ça, et rapido. Mais sans back-catalogue, l'exercice frôle le foutage de gueule. "Finalement, souligne Marie D. de l'Express [L'Express, hein : pas le NME], le meilleur moment du concert, c'est quand, à force de persuasion, de sifflets et de hurlements, le public parisien a faire revenir le groupe pour un deuxième rappel. Quand ils sont remontés en scène un peu essoufflés, et qu'ils avaient perdu Joe, le chanteur. Quand ils se sont excusés de si peu de professionnalisme, et se sont décidé à faire une reprise, parce qu'ils n'avaient rien d'autre sous le coude."Il y a quelques années, dans des conditions similaires, nous découvrions The Wild Beasts, pour lesquels Alt-J a parfois ouvert. Aujourd'hui, le gap qui sépare les deux groupes sur scène a quelque chose d'embarassant, et on en vient à souhaiter que tout ça ne soit pas qu'un feu de paille, une autre histoire de groupe pressé comme un citron et jeté aux orties dès la fièvre retombée. "If this is what's getting tagged as an "innovative" success these days, then heaven help the weirdos", soulignait il y a peu un journaliste de Pitchfork. Sur le moment, je l'ai trouvé méchant. Consolons-nous donc.

 

 

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love, etc.

Publié le 24 Février 2013 par F/.

Et donc, Amour de Haneke : Césars, Palme d'Or, Oscars sans doute, et tout le reste - une ribambelle de récompenses si impressionnante qu'elle ringardise désormais tout discours critique, comme son thème et son casting défiaient d'emblée l'attaque frontale. Soit on est pour, et Dieu merci, soit on est contre, et qu'est-ce qui ne va pas chez vous. En fait, je sais exactement ce qui ne va pas chez moi et pourquoi je n'aime pas ce genre de films (et pourquoi j'avais détesté, dans un tout autre registre, La Guerre est déclarée) : je les trouve paresseux, formidablement autocentrés. Une femme, Anne, meurt lentement. Georges, son mari assiste à sa déchéance ; il fait ce qu'il peut, c'est-à-dire pas grand-chose. C'est assez horrible. Et ? Rien, c'est tout, et le film entier tourne autour de ce rien, lisse et dur comme un monolithe, la dimension spirituelle en moins. A un moment donné, Georges, rendu à sa solitude, écrit une lettre : pour expliquer son geste ? On ne le saura jamais : ce serait faire entrer l'histoire dans le dispositif, ce serait lui donner du sens - une vulgarité que Haneke, en digne rigoriste du désespoir, ne saurait se permettre. Un journaliste de Slant explique ça bien mieux que moi : "Haneke's gaze, trained from an unbridgeable remove, carries no inflection of empathy ; his style is too frigid, his investment too remote, for the world of these characters to open up before us, for their pain to ever feel like something more than functional." Il y a cette scène, vers la fin du film, où Georges vire une infirmière : forcément un peu conne, forcément vulgaire, elle aussi. (Faut-il le préciser : le couple n'habite pas Sarcelles, à première vue - il vit dans un bel appartement avec parquet, sans télé, beaux tableaux et musique classique). Eh bien, je me suis senti un peu comme cette fille. On m'a fait venir, maintenant j'ai le droit de repartir, et je ne sais pas du tout quel sens donner à ça.

 

 

 

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effet miroir

Publié le 23 Février 2013 par F/.

Nous étions partis pour regarder Gangster Squad et puis je ne sais pas : le côté hyper-fabriqué de la chose, la violence imbécile, l'absence totale d'émotion ont instantanément eu raison de notre proverbiale indulgence saturnale. Alors, comme nous ne voulions pas quitter L.A., nous avons regardé Sunset Boulevard à la place. Je sais : tout a déjà été dit, écrit, chanté sur ce film à multiples lectures mais tout de même, quel putain de chef-d'oeuvre. La voix off à elle seule est une nouvelle de la meilleure eau - une mélodie smart et amère, pas un mot à retrancher - qui a valu à ses auteurs l'Oscar du meilleur scénario 1950. - I'd always heard that you had some talent. - That was last year. This year I'm trying to make a living. Film d'horreur existentiel, comédie hilarante, chronique glacée et létale du système hollywoodien truffée d'allusions au réel, cette chronique du miroir annonce Mullholland Drive avec cinquante ans d'avance. Bon à savoir : William Holden est mort ivre en 1981 à Santa Monica en se fracassant le crâne sur sa table de nuit. Sic transit gloria mundi - il était pourtant prévenu.

 

 

 


 

 

En parlant de nouvelle, j'ai essayé d'en écrire une pour l'antho des Imaginales 2013. Eh bien mes aïeux, quelle corvée ! Sylvie Miller s'est montrée formidablement indulgente en louant l'élégance de mon style et en m'affirmant (je cite de mémoire) que mon texte ne ressemblait pas aux autres. Je veux bien la croire mais je ne suis pas certain que ce soit une bonne chose. Il faut dire que le thème est presque un gag : elfes et assassins. Pourquoi moi, les amis ? Ceci étant, j'avais le droit de dire non, j'ai failli le faire, d'ailleurs - vous verrez bien.

 

 


 

 

Aujourd'hui, un lecteur m'a écrit pour m'expliquer que l'un de mes livres l'avait beaucoup aidé à l'hôpital où il était entré afin de subir une transplantation pulmonaire. En vérité, il m'a dit une chose tellement belle sur mon texte - pas sur l'histoire elle-même, mais sur la façon dont elle se raccordait à son odyssée personnelle, autrement spectaculaire - que je n'ai pas trop su quoi répondre. OK : je ne sais jamais quoi répondre. Mais l'histoire se poursuit ainsi : le lecteur est opéré avec succès. Il va rentrer chez lui. Long live the King.

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autres terres

Publié le 18 Février 2013 par F/.

« Et puis j’ai vu la tête des frères Podalydès. Ils étaient déçus mais tellement pas combatifs, une sorte d’abattement résigné… Ça m’a convaincue. » (Valérie Lemercier, à propos des frères Podalydès et de Adieu Berthe.) Le meilleur des deux frangins ? Difficile à dire, mes souvenirs de Liberté-Oléron étant devenus un peu flous. En tout cas : la même poésie de bazar, le même humour triste, la même légèreté jolie - un vertige existentiel diffus et poignant, à l'image de la chanson de Moustaki qui accompagne la scène quasi-finale. Nous avions essayé, une semaine auparavant, de regarder Camille redouble, multi-nominé aux Césars : nous avions tenu dix minutes. S'il y a un truc qui ne me fait pas rêver, c'est bien les années 80.

 

 

Autre essai : Twixt, de Coppola. "Attention, prévient gentiment Allociné : des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs." Eh bien, c'est exactement ça, et l'ensemble est filmé avec un tel manque de conviction qu'on a l'impression d'assister à une séance d'art-thérapie financée par la kermesse du collège. Dix minutes aussi, pas une de plus. Autre essai : Another Earth, prototype du film SF-sundance réalisé avec trois dollars (en fait : 200 000). Le pitch est déroutant : Rhoda Williams, jeune diplômée en astrophysique, rêve d’explorer l’espace. John Burroughs, compositeur au sommet de sa carrière, attend un deuxième enfant. Mais voici qu'une planète en tout point semblable à la Terre apparaît dans le ciel. Rhoda, qui essaie de la voir en conduisant, a un accident et tue la femme et le fils de John. Prison, une dépression : son obsession pour le ciel devient totale. Jusqu'à ce qu'elle retrouve John. Filmé dans des tons bleus et froids, habité par un silence bourdonnant, Another Earth exsude une mélancolie inhabituelle. "N'avez-vous jamais rêvé de pouvoir parler à un autre vous-même ? demande un type à la radio. En fait, c'est déjà ce que nous faisons tout le temps." La preuve qu'un bon film de SF se passe essentiellement dans la tête de ses spectateurs.

 

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rabbins et crocodiles

Publié le 15 Février 2013 par F/.

Joann Sfar ou l'homme que, pour tout un tas de raisons plus ou moins valides, vous adorez détester. Ne mentez pas : j'entends ça partout, et ce n'est pas difficile à comprendre. Le site, par exemple : Le "Petit Monde" de Joann Sfar. Pourquoi pas la misérable cahute ou le taudis insignifiant ? Sfar, c'est le type qui prétend vouloir faire "juste" des petits mickeys dans son coin et qu'on interviewe pourtant toutes les cinq minutes parce qu'il répond présent, c'est monsieur Télérama (on ne compte plus les couvertures, les articles, les lauriers) avec tout ce que ça implique, monsieur Charlie Hebdo avec tout ce que implique aussi, monsieur coups de gueule et amitiés fortes, c'est deux Césars (meilleur premier film, meilleur film d'animation) et une production pléthorique dont il est de bon ton de déclarer, depuis le début, qu'elle est inégale, bâclée, déclinante et j'en passe. Sfar, c'est le gendre idéal un peu coquin, le type qui aurait pris la grosse tête (on ne sait pas trop quand), le faux surdoué, le surévalué constant, le stakhanoviste fou, le touche-à-tout irritant (Brassens, Gainsbourg, Pascin, Saint-Ex , jusqu'où s'arrêtera-t-il ?), bref : une sorte de Tim Burton niçois débridé avec une vision spectaculairement ample et une approche chroniquement foutraque. Perso, je n'aime pas tout, loin de là, je ne connais pas tout non plus - comment le pourrais-je ? - mais j'y reviens souvent et je me demande, n'ayant jamais été un grand fan de BD, si je ne suis pas plus fasciné par le personnage et le discours que par les livres. Tenez, j'adore les Carnets publiés par l'Association, j'adore ce côté avide, auto centré et naïvement génial, est-ce que ce n'est pas un signe ? Toujours est-il qu'un roman sort bientôt, chez Albin. Manquait plus que ça, râleront les grincheux. En attendant, la majorité silencieuse et aimante peut plonger tête baissée dans Entretiens avec Joann Sfar, une interview au long cours signée Thierry Groensteen et parue aux Impressions Nouvelles. C'est passionnant : comme, disons, descendre dans une grotte décorée par Dario Argento et Jacques Tati. La vie, le quotidien, les ambitions, la création, tout y est - on notera un passage particulièrement éclairant sur les idées et l'écriture : "Je ne mets pas ma foi dans l'idée de Dieu", prétend Sfar. "Je la mets toute entière dans la croyance que les idées existent." Autant le reconnaître : je me retrouve à 100% dans cette quête effrénée, et je pense qu'il est toujours plus intéressant de donner la parole aux artistes que, mettons, au PDG de Total. A sa façon bricolo-mégalo-marrante, Sfar articule son monde et fait bouger le nôtre, même ses plus vaillants détracteurs doivent lui reconnaître ça. Quant à la couverture, elle résume tout : un petit garçon timide, songeur et un peu fatigué, entouré de filles enjôleuses, de canailles irrécupérables et de monstres de tout poil. Heureux homme.

 

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is no fun

Publié le 11 Février 2013 par F/.

Je suis en train de relire les épreuves de Ta Mort sera la mienne. C'est un peu chiant les épreuves chez moi - j'ai tendance à tout réécrire sur papier et les éditeurs n'hésitent à embaucher des vétérans croates pour me briser les doigts que pour des question budgétaires. La question est : Est-ce que quelqu'un en a quelque chose à foutre, des répétitions, de la paresse, de la faiblesse du champ lexical ? A part Claro et Nabokov, je veux dire. L'autre jour, à la FNAC, j'ouvre des romans français au hasard. Une vedette de la présente rentrée littéraire publiée chez un éditeur du sud (restons courtois) utilise cinq fois l'adverbe "parfois" en deux pages. C'est fait exprès ? Un autre auteur encore plus vedette-sque a récemment sorti un livre intitulé Je vais mieux. Moi, j'irais mieux si tu faisais la différence entre passé composé et passé simple, collègue : ça m'épargnerait plein de questions désagréables sur le cerveau et l'utilité du temps. 

 


La semaine dernière, deux jours au sud de La Rochelle entre collèges et médiathèques. A celle de Saint-Jean d'Angély (sept mille cinq cents habitants), quarante personnes viennent m'écouter parler de livres. Quarante. Un vendredi pluvieux de février. Ils sont forts, ces Angériens.

 


 

En ce moment, j'écoute Mars is no fun de Camille en boucle. Vous pouvez me rayer de vos amis FB si vous voulez.

 


 

Je parlerai du dernier David Vann dans le prochain Chronicart. Une tuerie.

 

http://www.gallmeister.fr/images/book_v_547.jpg

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happiness therapy

Publié le 3 Février 2013 par F/.

Une semaine en Alsace : une douzaine d'établissements, un très bon niveau général, et des profs et/ou documentalistes parfois formidables. Je ne donnera pas de noms - chacun connaît la prétention sans bornes de cette corporation - mais les intéressées se reconnaîtront. Quant aux élèves : quelques moments assez étonnants aussi. Il est toujours déconcertant de tomber sur des filles de quatorze ans qui écrivent mieux que des gens que vous connaissez et qui, eux, sont publiés. Oh, et j'ai aussi eu l'immense plaisir de retrouver Christian Grenier pour une soirée à la Bouquinette, rue des Juifs (une librairie où, honte à moi, je n'avais jamais mis les pieds) : j'avais oublié à quel point ce mec était sympa. Les soirées étaient étranges. J'ai commencé à lire le Stephen King + une dizaine d'autres trucs pour Chronicart, j'ai rédigé un texte pour les funérailles du tonton de ma femme, j'ai regardé une mi-temps de Real-Barcelone dans un kebab près de la gare et j'ai validé la 4e de couverture de Ta Mort sera la mienne. Pour le reste, je suis évidemment claqué. A peine ai-je trouvé la force de regarder Silver Linings Playbook aujourd'hui - un faux film de meufs bien ficelé, bien joué & malin comme tout. Bradley Cooper a fait du chemin depuis Alias, mais c'est surtout Jennifer Lawrence qui impressionne (je n'ai pas vu Hunger Games, mais je pense qu'il y a eu là aussi saut quantique). Rendez-vous aux Oscars.

 

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there and back again - le retour de my bloody valentine

Publié le 3 Février 2013 par F/.

On lit partout la même chose depuis ce matin : que chroniquer ce disque ne sert à rien, que tout a déjà été dit, qu'une seule, que dix, que cent écoutes ne suffiraient pas à épuiser le sujet ni à nous consoler de ces vingt-deux années de silence absurde. Et comment aller contre ça ? Un disque génial et inutile mais génial quand même, voici tout ce que pouvait nous offrir MBV - le successeur de son prédécesseur, l'histoire était écrite depuis longtemps. Car soyons honnête : cette musique-là fonctionne à un niveau organique absolument unique qui rend toute tentative d'analyse par avance dérisoire. Passées les réactions à chaud des fans énamourés et meurtris, je sens qu'on va bien se marrer à lire les critiques des pros dans les jours à venir : ils sont hélas payés pour dire des trucs intéressants, comme si on pouvait mettre une note à un cyclone, à un orgasme ou à un mystère grec. Faites votre gentil boulot, guys, et laissez les adorateurs se fondre dans le mur, se lover dans la matière, se perdre dans le labyrinthe de chair électrique qu'ils connaissent déjà par coeur et qui, pourtant, ne sera jamais deux fois le même - amusez-vous bien, en somme, avec le réel.

 

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