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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

thin red line

Publié le 21 Novembre 2013 par F/.

Deux mille visiteurs uniques sur ce site hier, amis. Je sais, c'est idiot, de parler musique et littérature tout le temps ; de toute évidence, le foot intéresse plus les gens. Mais faisons contre mauvaise fortune bon cœur. Maintenant au moins, vous m'écoutez.

 

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J'en profite donc pour vous signaler deux faits de première importance :

- ma présence, pour la 3e fois, au fantastibuleux Salon du livre de Colmar - collèges demain, et signatures samedi et dimanche sur le stand de la librairie Hartmann, où je signerai notamment Seconde vie, paru la semaine dernière chez Michel Lafon.

- l'obtention ô combien méritée par La Fin de l'homme rouge ou le temps du désenchantement de Svetlana Alexievitch du Prix Médicis de l'essai. La Fin de l'homme rouge, que j'évoque trop brièvement à mon goût dans le nouveau Chronicart, est l'un des titres les plus impressionnants de la rentrée littéraire. Je le rangerai au rayon "livre total" au côté de Confiteor, paru lui aussi chez Actes Sud, si je le range un jour. LFHR est la chronique, sur près de 540 pages, de l'immense malheur russe qu'a été le 20e siècle. La parole est donnée aux âmes-presque-mortes, aux souvenirs en lambeaux, aux voix gémissantes de l'ex-Union soviétique - car qu'existe-t-il de pire, quand on se réveille d'un rêve, que de se découvrir prisonnier de son reflet inversé ? Régulièrement citée pour le Nobel (on se souvient du sidérant La Supplication, consacré aux héros sacrifiés de Tchernobyl, auquel on aurait volontiers adjoint une photographie sépia d'ange en pleurs), Alexievitch n'a pas son pareil pour faire parler les gens, même quand ils ne le veulent pas ou croient ne pas le vouloir, même quand elle libère aussi (et surtout ?) la douleur enkystée dans les mots. Elle n'est ni un psy prenant des notes devant le grand corps allongé de la Mère Patrie, ni un prêtre atterré par les confessions atroces d'un proche, mais bien un écrivain au sens premier du terme : qui transforme la parole en art, et les voix discordantes en une fresque sans pareil, poignante, éclairante et tout à la fois emplie de ténèbres. "Des peurs, nous en avions beaucoup." Les chants dans la plaine, la guerre et les lendemains qui chantent, l'espoir indestructible et les regrets éternels, la nostalgie puis le désespoir, et puis la guerre, partout, le chaos et les larmes, les poings serrés, oui : "les humiliés et les offensés" sont tous là, ils ont tous quelque chose à dire sur cette gigantesque expérience manquée qu'a été le communisme, l'espérance transformée en cauchemar, l'étrange permanence de l'âme russe, enfin, un mélange de foi vibrante et de résignation totale, et leurs confessions exhalent l'atroce parfum de la sincérité. "J'ai compris que les héros d'une époque sont rarement les héros d'une autre époque", soupire l'un d'eux, avant de citer une exception qui n'a plus d'importance. La Ferris Wheel du temps, c'est aussi, comprend-on, la roue de la torture, où chaque coup vous rappelle que vous êtes encore en vie et que vous pouvez encore avoir mal. Et le petit occidental, ahuri, de contempler la marche inéluctable du monde, d'autant plus tragique qu'apparemment sans but. "Les gens qui lisaient et qui rêvaient de voler comme la mouette de Tchékhov étaient remplacés par des gens qui ne lisaient pas, mais qui étaient capables de voler", souligne une publicitaire de 35 ans. Si Tolstoï et Dostoïevski avaient vécu ce siècle, la psychose grandiloquente et la schizophrénie crasse se seraient données la main pour danser un ballet de cimetière, la voix du peuple se serait définitivement fragmentée, et elle se serait incarnée dans ce livre, à moins, tout simplement, que les choses se soient bel et bien passées ainsi.

 


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le foot, le foot, le foot

Publié le 20 Novembre 2013 par F/.

Le foot - le sport préféré des pauvres, des Arabes et des beaufs - est un concept bien pratique : il permet de mépriser les gens à peu de frais sans s'exposer en retour à la moindre critique. Traiter les supporters de cons est une banalité absolue en France (pas en Allemagne ou en Angleterre, mais c'est une autre histoire). Il y a ceux qui pensent que ce sport même est débile. Le golf serait OK, la F1 serait *différente*, le rugby véhiculerait d'autres valeurs, le handball serait moins bling-bling, tout ce que vous voulez, mais pas le foot : courir après un ballon, allons, soyons sérieux. Il y a ceux qui estiment que les footballeurs sont trop payés. Christian Clavier, non. Le PDG de Total, non plus. Sarkozy conférencier, encore moins : vous comprenez, ces gens-là le méritent. Et puis, ils servent la France, ils sont utiles, eux. Il y a ceux qui ne méprisent pas tant le sport que les supporters. Les supporters braillent comme des veaux quand ils sont contents. Ils crient pour un but, ils boivent de la bière, ils chantent et se bousculent. Voyons, un peu de tenue. Et puis être content, c'est vulgaire. Pourquoi ne pas brandir un drapeau français, pendant que vous y êtes ? Nazis, va. Enfin, il y a ceux qui conspuent le sport en général. Comme si cette activité devait être jugé à l'aune de critères strictement intellectuels. Regarder Star Trek, c'est pas con. Pourrir les mecs du parti d'en face, c'est pas con. Poster 40 statuts FB par jour, c'est pas con. Mais le foot. Ah, ah, quels baltringues.

J'ai joué au foot en club de 7 à 15 ans, en banlieue sud ; ça m'a rendu mille fois plus heureux que mes leçons de piano. Trois fois par semaine, je prenais mon sac, je traversais Antony à pied, ou Bourg-la-Reine, j'entrais dans l'enceinte de l'US Metro, j'enfilais mon équipement, j'étais content. Le foot représente le seul véritable contact avec les banlieues populaires que j'aie pu avoir - avant d'habiter dans une cité de Choisy-le-Roi s'entend. La majeure partie de mes potes étaient des Noirs qui mentaient sur leur âge ou des Arabes qui faisaient des conneries ou des bons petits blancs qui se foutaient de la gueule des Arabes et des Noirs mais pas trop fort. On se marrait bien. Une fois, on a pris un 14-0 contre Gennevilliers, et un type m'a prévenu à la mi-temps : si tu essaies de me tacler encore, je te tue. D'accord, monsieur. Un autre jour, on a gagné 4-2, je ne sais plus contre qui, mais j'ai marqué deux buts et mes parents étaient là. J'ai joué au pied de la Tour Eiffel, j'ai joué à Sarcelles, j'ai pris des cars pour des villes où je ne suis plus jamais allé ensuite, je suis tombé dans la boue, je me suis pris des coups, j'ai levé les bras au ciel. Ces souvenirs-là sont parmi les meilleurs de mon enfance.

Mon grand-père maternel adorait le foot. C'est lui qui m'a refilé le virus. C'est un truc qu'on garde à vie. Mon grand-père, qui habitait dans les Vosges, écoutait les matchs à la radio - le multiplex de Jacques Vendroux. En cachette de ma grand-mère, le plus souvent. Il me tapotait l'épaule. "Alors, champion, tu vas jouer au PSG ?" Par la suite, j'ai suivi à peu près toutes les journées de D1, comme on disait alors, un poste de radio planqué sous mon oreiller. Je n'avais pas grand-monde avec qui échanger à ce sujet à la maison, et j'étais donc très content quand je retrouvais mon grand-père. Quand ce dernier est mort et que je suis revenu dans sa rue, à Saint-Dié, j'ai vu son fantôme. Disons : j'ai tellement voulu voir son fantôme que j'ai fini par me convaincre que c'était vraiment arrivé (j'ai écrit un petit texte, là-dessus, je l'ai toujours). La différence n'est pas si importante, si ? L'une des premières questions que m'a posée le fantôme de mon grand-père, c'est : est-ce qu'on s'est qualifié pour l'Euro ? Je suis très triste qu'il n'ait jamais vu la France championne du monde. Mon grand-père n'avait pas une vie super joyeuse mais, quand il écoutait le foot, ses yeux pétillaient et je le trouvais très beau.

J'ai transmis le virus à mon fils. Il s'y connaît mieux que moi, maintenant. C'est un petit mec de huit ans qui n'est jamais si content que lorsqu'il peut enfiler un maillot du PSG ou de Barcelone. Je l'ai emmené deux fois au Parc des Princes au cours de ces douze derniers mois. Je l'ai aussi emmené à New York, en Floride, au Maroc (à Marrakech, quand vous portez un maillot et que vous êtes un petit blondinet, tout le monde vous parle, "hé, Messi, ça va ?"), au bord du Grand Canyon, à Londres, en Bavière, à Venise, à Prague, à L.A., à Oxford, mais ce qu'il a préféré, c'est le Parc des Princes. Zlatan, Spider-Man, même combat.

Le foot peut rendre heureux. Le foot joue sur un principe d'abstraction et de décharge émotionnelle terriblement efficace. On attend toujours quelque chose. Ce que ce spectacle est vraiment ne sera jamais à la hauteur de ce que nous projetons sur lui, exactement comme un doudou ou un personnage politique ou un blockbuster. Le foot nous donne l'occasion d'être fier. De chanter avec une foule. D'exulter, de râler - de pleurer parfois. Oui, si vous voulez, nous sommes cons. Mais ça n'a aucune importance.

Les endroits où je préfère regarder les matchs importants ? Les restos à kebab. Avoir la sensation de faire partie de quelque chose de plus grand que soi n'arrive pas tous les jours. Chers amis qui n'aimez pas le foot : arrêtez de nous en parler, ça ne sert à rien et ça nous rend beaucoup plus tristes pour vous que vous ne pourriez le penser parce que, pendant que vous essayez de nous expliquer que vous aussi, il y a des trucs qui vous font chanter et vibrer et gueuler et sauter dans les bras de vos potes, eh bien, ces trucs-là, vous ne les faites pas.

 

 

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dernière guerre

Publié le 15 Novembre 2013 par F/.

 

Seconde vie est la suite de 49 jours mais il pourrait presque être lu de manière indépendante tant les deux romans sont dissemblables. Seconde vie se passe sur Terre à 95% et s'attache au personnage de Rain, déjà rencontré (mais seulement esquissé) dans le volume précédent. C'est un livre d'aventures, un livre de voyage, une course contre la montre sans montre et une histoire d'amour. J'espère qu'il vous plaira.

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Natacha Polony et l'humour de droite

Publié le 12 Novembre 2013 par F/.

"Ainsi l'homme noble tient le vulgaire à distance,

Sans colère mais avec mesure."

(Yi-King, La Retraite)

 

Il flotte un parfum nauséabond sur les réseaux sociaux ces jours-ci. Ici et là, des voix s'élèvent pour défendre le droit à *l'humour* de Natacha Polony, qui le défend très bien toute seule, à première vue, sortant ses petites griffes dans un post consternant publié sur le site de Marianne. Parce que des voix se sont élevées pour critiquer son tweet fumeux (une photo de mendiante rom accompagnée d'une légende « Leonarda de retour en France pour la Fashion Week », trop lol), la journaliste fustige les "Torquemada de bazar médiatique", les "grands Inquisiteurs ès-humour" qui l'empêcheraient de.... de quoi, au juste ? De rien. Polony n'est menacée de rien, et tout le monde le sait. Personne ne l'empêche d'être affligeante, on serait au courant. Personne ne l'empêche de se réclamer du peuple (elle cite un sondage du Parisien indiquant que les "gens", dans leur grande majorité, ne trouvent pas son tweet choquant - pourquoi l'a-t-elle retiré, du coup, elle essaie d'expliquer mais ce n'est pas très convaincant) et personne n'empêche ses défenseurs de citer Coluche ou Reiser, puisqu'il n'existe aucune loi contre l'art de tout oser. C'est devenu le grand credo du moment, cette histoire de liberté d'expression menacée. Il y aurait donc, d'un côté, les valeureux libres-penseurs non-encartés (Zemmour, Finkielkraut, etc.), qui ont, comme chacun sait, toutes les peines du monde à se faire entendre et, de l'autre, les garants d'un nouvel ordre moral, usant de méthodes para-staliniennes, faisant régner un vent de terreur sur le paysage médiatique français (rappel : Libé vend aujourd'hui à 35 000 ex.), et allant presque, violence suprême, jusqu'à politiser l'affaire. "Je ne vous laisse pas la facilité de me faire entrer de force dans votre clivage gauche-droite", clame Polony à qui veut l'entendre. Un autre trait d'humour brillant, sans doute, qui a au moins le mérite de clarifier involontairement le propos : dire qu'on est ni de droite ni de gauche, en France, c'est reconnaître qu'on est de droite (et quelle surprise, hein, venant d'une femme passée en dix ans de Chevènement au Figaro et déclarant le mariage homosexuel "contre-nature"), ce qui n'est certes pas une maladie honteuse à condition de rester dans le camp de la République, si ce n'est pas trop demander. Une suggestion à Natacha Polony pour une prochaine tribune : user de son sens aigu de la rhétorique pour, non pas défendre sa petite personne médiatique, mais attaquer ce qui doit l'être absolument et sans équivoque :

 

 

L'heure est grave, madame Polony, l'heure est très grave, l'heure est si grave que, osons la question, on peut aujourd'hui se demander si le talent de tous les fiers libres-penseurs-non-encartés-cloués-au-pilori-par-les-médias-trostkistes-mais-soutenus-par-le-peuple dont vous vous réclamez ne pourrait être mieux employé qu'à expliquer leurs vannes douteuses à des gens qui les idolâtrent déjà ou qu'ils ne convaincront jamais. Dans une ville moyenne du sud de la France, m'a récemment rapporté une interlocutrice affligée, on peut désormais traiter les Noirs de "négros" en pleine rue et s'étonner à haute voix qu'ils sachent utiliser des téléphones portables. Est-ce que c'est du Reiser, ça aussi, est-ce que c'est du second degré ? - et, puisqu'on en est aux éclaircissements, est-ce que vous ne pourriez pas dissiper deux minutes le saint halo de neutralité timorée qui vous nimbe pour pousser un coup de gueule éclairé et demander, par exemple, à tous les fâcheux qui ne supportent ni les Noirs, ni les Arabes, ni les Roms, ni les Juifs, ni les homos, ni les trans (pardon à ceux que j'oublie), de se jeter dans la mer juste une fois pour voir si, par hasard, la connerie veule ne serait pas soluble dans l'eau salée ?

 

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full-time punks (à propos d'Amy & Jordan)

Publié le 6 Novembre 2013 par F/.

Dans une première version du Pop Yoga de Pacôme Thiellement, à paraître très prochainement chez Sonatine, figurait un magnifique article consacré à Mark Beyer et son apocalyptique duo, Amy & Jordan - rien moins que la série de strips la plus outrageusement dépressive (et furieusement drôle, en fait) de tous les temps. Depuis septembre, une anthologie est disponible, présentée par les éditions Cambourakis, dont on ne soulignera jamais assez l'audace et la vivifiante énergie. Amy & Jordan ne se raconte pas, Amy & Jordan se vit, exactement comme un orage diluvien dont on aurait renoncé à se protéger : parce qu'il est bon d'être trempé par le désespoir, parce qu'il est doux de ne plus pouvoir rien faire. Coincés dans une mégalopole sans nom, représentation en cinquante nuances de gris bien crade de notre habitat de victime wasp congénitale, Amy & Jordan affrontent la mort, la souffrance, l'absurdité et l'ennui avec un détachement faussement zen, un sur-fatalisme de voyant qui leur confère une immortalité pour le moins malvenue. Chaque jour apporte son lot de catastrophes, de colère, de haine et de tristesse, et aucune fenêtre ne s'ouvre jamais, sinon sur un mur, sinon sur un miroir déformant ou un rêve pire encore que le réel. La réponse d'Amy et Jordan : se détester plus que le monde les déteste. Tout un programme, répétitif et fascinant, qui flirte sans cesse avec le nihilisme le plus exacerbé, l'auteur se riant des pathétiques tentatives (on n'a pas dit "espoirs") de ses personnages - et de lui-même - avec une rigueur SM sans égal. Jordan est dès le départ très clair : "ma capacité d'autodestruction a toujours été sans limite." Et rien ne changera jamais ça. Pacôme Thiellement : "C’est la répétitivité que connaissent les grands dépressifs, l’impression désagréable que tous les points du globe sont devenus absolument identiques, et qu’on peut bien faire le tour du monde, on se retrouvera toujours confronté aux mêmes lieux et aux mêmes gens, aux mêmes malaises et aux mêmes peurs. Amy et Jordan peuvent travailler, ne pas travailler, prendre des vacances, rester chez eux, faire des projections astrales dans leur sommeil, combattre contre des monstres ou des insectes géants, s’étendre au milieu de la rue ou rester des journées entières dans leur lit, ça ne changera rien à leur cauchemar." Ni à la délectation que nous prenons à suivre le déroulé de ce dernier, comme s'il était autre chose que l'existence elle-même, débarrassée de ses confortables mensonges. Hardcore, jouissif, et absolument unique.

 

 

Amy & Jordan, Mark Beyer, 288 pages en hardback, 24 euros.

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pop yoga, le lancement !

Publié le 4 Novembre 2013 par F/.

Jeudi 14 Novembre 2013 au Monte-en-l'air à 19h :

SOIREE POP YOGA

Pour la sortie de POP YOGA de Pacôme Thiellement aux éditions Sonatine (ouvrage extraordinaire, que j'ai eu l'honneur de diriger - de loin), ainsi que la réédition de Poppermost aux éditions MF, une soirée de lancement aura lieu au Monte-en-l'air - avec une présentation-discussion animée par votre serviteur, une séance de signature, et tout le caetera. La page FB est ici. Si vous ne connaissez pas Pacôme, venez : son livre et son rire peuvent changer votre vie. Si vous le connaissez déjà, vous savez que ça va être super. Que faire d'autre un jeudi soir ?

 

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POP YOGA : la culture pop selon Pacôme Thiellement.


Dans cet ouvrage kaléidoscopique, à la fois rigoureux, intense et farfelu, Pacôme Thiellement nous propose quarante-deux textes consacrés à la culture contemporaine et à l’expérience pop. On y trouvera des exégèses des grands musiciens de rock (les Beatles, les Beach Boys, Dylan, Bowie, Gainsbourg, Joy Division, les Residents), mais aussi des évocations de grands écrivains de l’impossible (Pynchon, Lowry, Jarry, Joyce), plusieurs enquêtes subjectives sur des cinéastes démonologiques (Roman Polanski, Lars von Trier, Kiyoshi Kurosawa), des séries théophaniques (Buffy contre les Vampires, Lost) et des dessinateurs de bande dessinée électriques (Fred, Killoffer), enfin, des fragments poétiques sur Marilyn Monroe, une conférence sur les bandes magnétiques inversées, deux explorations de l’hypothèse extraterrestre, un adieu à Amy Winehouse. On y retrouvera surtout les obsessions magico-gnostiques de l’auteur, nourries de la tradition hermétique et d’une bonne dose de théologie alternative. Oh yeah !

 


Librairie Galerie Le Monte-en-l’air

71, rue de Ménilmontant / 2, rue de la Mare

75020 Paris

Tél. : 01 40 33 04 54

Contact : lemontenlair@free.fr

Métro Ménilmontant

Bus 96

 

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here comes the night time

Publié le 3 Novembre 2013 par F/.

Comme beaucoup de monde, j’ai découvert Arcade Fire durant l’automne 2004 avec Funeral. C’était l’époque où on pouvait encore faire attention à ce que disait Pitchfork et Pitchfork disait : 9.7/10, et tout le monde se taisait.

 

 

Le fait est que Funeral restera sans doute comme le meilleur album pop-rock des années 2000, avec Kid A peut-être, dans un genre assez opposé. C’était un disque intense et fiévreux, organique et follement lyrique – hanté, surtout, et qui tranchait tellement avec ce qu’on pouvait entendre à l’époque qu’il était difficile de ne pas l’accueillir avec gratitude. Depuis, et à l'instar de Radiohead, Arcade Fire est devenu un "grand" groupe - transcendant son simple statut de groupe indie, mais affichant des ventes encore bien inférieures, rassurez-vous, à celles de Lady Gaga -, assez populaire pour remplir des stades (que ceux qui s’en plaignent jettent un œil aux charts US et Europe et considèrent les alternatives) et assez malin, la plupart du temps, pour ne pas le faire, et se cantonnant, comme les cinq d'Oxford, à une guérilla marketing souvent irritante mais, concédons-le, diablement efficace.  

 

 

Musicalement, force est de reconnaître que les choses avaient assez peu évolué entre Funeral et Neon Bible, le second ressemblant par moments à un simple succédané du premier (Intervention et No cars go, par exemple, étant connus depuis longtemps des afficionados). The Suburbs, en 2010, avait vu le groupe élargir sa palette de façon spectaculaire, Sprawl II (Mountains Beyond Mountains), notamment, annonçant un avenir potentiellement plus groovy. Reflektor vient confirmer cette tendance.

 

 

Produit par James Murphy (tête pensante des défunts LCD Soudsystem, dont la perte nous laisse salement orphelins), le 4e album des Canadiens donne la part belle au rythme et à la basse, sur un fond toujours aussi sombre, ombreux, limite poisseux par endroits. Les influences world (samba, Haïti, etc.), surtout perceptibles sur Flashbulb Eyes et Heres comes the night time, ne doivent pas être exagérées, et certainement pas, comme on a pu le lire ici ou là, comparées aux échappées aventureuses de Talking Head. Arcade Fire a simplement troqué la rage innocente des débuts contre une approche plus réfléchie, quasi intellectualisée, de sa musique (la composante Brian Eno est bien présente sur les titres les plus lents). C’est assez normal, et forcément un peu regrettable, mais exiger d’un groupe par essence populaire (il n’y a qu’à voir Win Butler et les siens sur scène pour comprendre qu’ils ont moins l’ambition de changer la pop que de faire danser les gens, voire de les rendre heureux ) qu’il se suicide commercialement est un vœu assez puéril. Arcade Fire évolue, mais à son rythme, et l’aventure n’est certainement pas terminée. Cette réserve contextuelle mise à part, et considéré à l’aune de la production pop-rock actuelle, Reflektor plane très largement au-dessus de la mêlée. Rock et dansant, grave et taquin, il agace presque, par moments, par l’impression de facilité qu’il dégage. Avec les deux premiers singles, Joan of Arc, Normal Person et It’s never over (Oh Orpheus) devraient soulever des houles dantesques et joyeuses dans les salles de concert. Arcade Fire est-il le nouveau U2 ? Le simple chaînon manquant entre Coldplay et Radiohead - moins bêtement consensuel que le premier, plus gentiment accessible que le second ? Ou juste un groupe en pleine construction, qui ignore encore à quoi ressemblera la prochaine étape de son parcours ? Reflektor n'enfonce pas le clou de façon défintive mais nous laisse de nombreuses raisons d'espérer.

 

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le roi d'ennui

Publié le 1 Novembre 2013 par F/.

Il existe au moins deux façons de considérer le "cas" Louis II de Bavière. Un : le despote dégénéré dilapidant le fric de la Bavière en rêveries baroques cheap. Deux : l'illuminé attachant et tragique peuplant la montagne de visions fantasmagoriques. Evidemment, en tant que touriste, on vous vend la deuxième (et, non, évidemment, Louis II n’est pas gay, voyons), même si c’est bien l’entrelacement de deux propositions qui fait tout l’intérêt du personnage - et son autisme princier, et sa mort si joliment mystérieuse, "le seul vrai roi de ce siècle" disait Verlaine. Après une semi-bataille pathético-rocambolesque, les membres d’une commission de déposition viennent chercher le monarque dans sa chambre pour lui dire que c’est terminé, qu'il faut partir maintenant - la folie (première nouvelle) n'étant pas compatible avec l'exercice du pouvoir. "Mais vous ne m'avez même pas examiné !" proteste Louis II. Regard contrit de son psychiatre. "Hélas, Votre Majesté. Ce n'est pas vraiment nécessaire." Donc : ces châteaux sont avant tout les symptômes pierreux de la folie d'un homme, et c'est comme tels qu'ils doivent être visités, admirés et vécus, fût-ce au pas de course, et munis d’un audio-guide insipide. Les photos intérieures ne sont pas de très bonne qualité. Il faut dire qu'il est interdit d'en prendre, comme s’il était interdit de poser des questions au fantôme du roi, le pauvre. Chaque fois, je devais attendre que la guide s'éloigne un peu pour dégainer mon portable. A la fin, bien sûr, je me suis fait choper. Mon pauvre sourire "j'ai pas bien compris / faites-moi un procès" était inutile car on sentait bien que la dame était fatiguée de faire appliquer cette consigne débile. Quoi qu'il en soit, les châteaux de Bavière, c'est comme Venise ou l’âme humaine : toujours, vous croyez connaître, mais jamais vous ne comprendrez.

 

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