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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

la bête humaine, commissaire

Publié le 16 Décembre 2014 par F/.

la bête humaine, commissaire

"On est au cœur du mal, Carpentier." Dans P'tit Quinquin, la soudaine vague de meurtres qui ensanglante la Côte d'Opale n'a rien à envier aux sinistres mises en scène de Twin Peaks ou True dectective. Un premier corps est retrouvé, découpé dans une vache qui, apparemment, l'aurait mangé ? Qui, pourquoi, comment ? On ne saura rien. Tout juste suit-on, ahuri, les errances saccadées du commissaire Van der Weyden lequel, peut-être remis d'un AVC, ne cesse de cligner des yeux très fort comme s'il avait du mal à croire qu'il n'évoluait pas dans un rêve, et de son fidèle lieutenant Carpentier, contemplatif adepte des dérapages contrôlés, un idiot factice qui, plus souvent qu'à son tour, interroge la ligne d'horizon comme si le monde allait se mettre à table (mais quand il le fait, on le constate par deux fois, c'est en envoyant valser, sans le moindre état d'âme, assiettes et couverts).

Les acteurs n'en sont pas : ce sont des locaux, des trognes, des funambules, ils jouent mais ils sont eux, inénarrables, hilarants, sinistres parfois, mais toujours cadrés avec tendresse par la caméra d'un Bruno Dumont qu'on n'avait jamais connu si étrangement drôle. Burlesque, émouvant, lardé de scènes cultes (les funérailles, le 14 juillet "mystique") et de dialogues à l'avenant ("Bon, police nationale, hein, quand même ! Alors, hein ... Bon !", prévient le commissaire, moyennement sûr de son fait), P'tit Quinquin est une féérie radicale et sombre, une glissade à la Tati, si Tati avait troqué ses chorégraphies millimétrées contre une danse de Saint-Gui - un OTNI qui interroge la France profonde, malaxe son épaule, caresse pensivement sa peau verruqueuse.

Amateurs d'intrigues alambiquées, de résolutions retorses, de virtuosité scénaristique, passez votre chemin. Van der Weyden ne sait rien, ne comprend rien, ne cherche rien, il avance, buté et magnifique, sous les nuages effilochés du mal, hanté par de troubles convictions - une philosophie atone. P'tit Quinquin, surtout, c'est un regard, le gamin qui donne son nom au titre, un ch'ti au front bas, déterminé, bagarreur et raciste mais capable d'incomparables élans de tendresse, aussi, qui observe et prend acte, perdu au cœur d'un maelstrom d'ondes néfastes. Vous aimerez si vous lâchez prise : P'tit Quinquin, à l'instar de son commissaire, est une réponse sans équivoque aux séries américaines - un drôle de type qui hausse les épaules, tourne le dos et disparaît sans autre forme de procès. Démerdez-vous avec vos meurtres, vos secrets et vos vaches carnivores, chante une voix dans son sillage. Depuis Faulkner, Shakespeare et l'invention de l'alcool, on sait bien que la vie est folle.

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Pascal 16/12/2014 11:48

Une merveille. Une saison 2 est envisagée. On parle déjà de zombies. Et ça n'est même pas surprenant...

F/. 16/12/2014 12:12

Chti'dermaaan !