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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

par pitié ne me faites pas de mal

Publié le 5 Mars 2014 par F/.

par pitié ne me faites pas de mal

Noté, dans une récente interview de Bret Easton Ellis (un homme auquel on ne pourra pas reprocher de fermer sa gueule pour de mauvaises raisons) sur VICE : "It’s very difficult for them [les membres de la Generation Wuss] to take criticism, and because of that a lot of the content produced is kind of shitty. And when someone is criticised for their content, they seem to collapse, or the person criticising them is called a hater, a contrarian, a troll." Je ne sais pas si les œuvres produites aujourd'hui sont "moins bonnes" parce qu'on n'ose plus critiquer leurs créateurs, je n'ai pas d'avis sur cette question mais sur l'existence même de la Generation Wuss (une confrérie dont les frontières excèdent allègrement, si vous voulez mon avis, les limites générationnelles fixées par B.E.E. - i.e. les trentenaires - et dont je m'horrifie plus souvent qu'à mon tour de faire partie), je n'ai guère de doutes. Je pense particulièrement aux écrivains présents sur Facebook. Sur mes 4950 "amis" actuels, un certain nombre sont ou se proclament auteurs. Et une bonne portion de ces auteurs, pour le dire gentiment, ont beaucoup de mal avec les critiques négatives. Bien sûr, apprendre qu'on a écrit un ouvrage médiocre ne peut pas faire plaisir, surtout quand on est persuadé que c'est faux. Mais nous devons en convenir : pour des raisons aussi complexes que regrettables, nous avons été éduqués dans l'illusion que nous pouvions et devions plaire à tout le monde.

Il est toujours plus facile de donner que de recevoir. Lorsque quelqu'un nous assure que nous sommes géniaux, nous trouvons ça légitime. Certains d'entre nous se laissent même aller à croire que c'est vrai. En général, nous insérons un lien vers la critique, assorti parfois - raffinement bienvenu - d'un commentaire pseudo-gêné du genre "oh oh, quand même, il/elle exagère". Mais reconnaissons-le : du point de vue de l'image (parce que, rappelons-nous, nous voulons aussi que le monde comprenne que derrière l'écrivain hors du commun se cache un être humain d'une exquise humilité), les critiques laudatives ne sont pas évidentes à gérer. Les lynchages, c'est plus simple : ce sont nos chers "amis" qui se tapent l'essentiel du boulot. Tout ce que nous avons à faire, nous, c'est de fournir le lien, un lien issu - mais cela, nous ne le précisons jamais - d'une embarrassante séance d'ego-surfing. Un silence digne s'impose alors. No comments, gentlemen. No pictures. L'homme seul, frappé par un destin adverse, tête haute dans la tempête. Et c'est sur ce point-là que je rejoins volontiers ce bon vieux Bret. Les trois quarts du temps, la réaction des "amis" est largement aussi consternante que l'initiative qui en est à l'origine. Le critique est une merde. Le critique est aigri. Le critique n'a rien compris. Le critique n'a qu'à écrire, lui. Qui a besoin de ces connards de critiques ? (S'il personne ne propose le lynchage, c'est uniquement parce que le critique n'est pas géolocalisé. "Les gars, on le tient ! Prenez les fourches !") Ne t'inquiète pas, XX : nous, on sait ce que tu vaux. Tiens, sèche tes larmes.

Sérieux, ça craint. Ça donne de l'écrivain l'image d'un gros lourdaud pleurnichard quêtant le réconfort de ses admirateurs. Ça donne des commentateurs l'image de pauvres moutons bêlants incapables d'exercer leur sens critique au prétexte que l'écrivain est un "ami". Surtout, ça fait ressembler FB à une annexe miteuse de SOS détresse-amitié, l'anonymat en moins, la veulerie en plus. Parce c'est quoi, le message ? Parce qu'on est "ami" avec quelqu'un (ce qui, soyons honnêtes, se résume la plupart du temps à avoir liké ses commentaires sur l'intelligence émotionnelle de J-F Copé ou l'euthanasie d'un girafon), ce quelqu'un n'est pas capable parfois de faire de la merde ?

Le top, pour l'écrivain outragé, c'est de laisser passer cinquante commentaires indignés et de clore le débat par un message de tempérance universelle : "non mais attendez, c'est pas parce que ce pauvre critique n'aime pas mes livres que vous devez nécessairement couper les orteils de ses gosses ou l'abonner au Figaro à vie. Après tout, chacun ses goûts de chiottes, songez quelle vie affligeante ce malheureux doit mener pour se livrer à de telles exactions." En somme, je vous livre la victime mais soyez gentil de ne pas la torturer sous mes yeux, je ne supporte pas l'odeur du sang (attendu que, de toute façon, le critique en question ne fait pas partie des amis FB de l'auteur et ne pourra pas se défendre, quand bien même cette idée saugrenue lui aurait traversersé l'esprit).

J'ai réagi deux ou trois fois à des critiques négatives sur le blog des intéressés parce que d'autres personnes que moi étaient directement mises en cause, ou que l'exercice virait trop ostensiblement à l'attaque ad hominem (dans un prochain post : "ces excités qui font les chauds sur le web et que vous rencontrez un jour en vrai"). J'ai posté ici-même quelques messages énervés sur des articles qui m'avaient particulièrement blessé. J'ai répondu il y a six ou sept ans à un razzie obtenu pour SUNK parce que les razzies n'existaient - mais ça, je ne l'ai compris que bien après - que pour des gros bêtas dans mon genre y réagissent. Je ne crois pas (je peux me tromper) m'être un jour plaint de mauvaises critiques sur FB. Mais je suis à peu près certain de n'avoir jamais volé au secours d'une consœur ou d'un confrère sur le mode compassionnel actuellement de rigueur - "ne t'inquiète pas, l'autre est un con."

Brothers et sisters, vagues congénères ou authentiques sœurs ou frères de plume, si vous vous faites défoncer la tête, just deal with it : ça fait partie des risques du métier. Et si vous n'êtes pas capable de sourire noblement et de passer à la suite, songez peut-être à changer de boulot. Toute critique, bonne ou mauvaise, est un mensonge organisé ; il y a des trucs nettement beaucoup plus graves dans la vie.

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Lauryn 07/03/2014 17:13

Entièrement d'accord. Toute critique est bonne à prendre, il y a toujours quelque chose à en retirer sauf, peut-être, celles que je nomme "express" (positives ou négatives, elles se résument à une ou deux phrases dont on ne peut pas faire grand-chose, genre "c'est génial" ou "c'est nul", point final).
Quant au lynchage des critiques sur FB, j'en ai effectivement vu passer pas mal, et ça me fait toujours le même effet... misère.

Ptyx 06/03/2014 15:31

Cela serait intéressant de savoir quelles sont les critiques qui blessent le plus (j'imagine que la réponse varierait en fonction des auteurs, des situations, etc.): celles qui, bien argumentées, visent juste et appuient là où ça fait mal, ou bien celles qui sont à côté de la plaque et qui nous rappellent que la lecture peut relever ou du malentendu ou de la pure subjectivité (un amateur de littérature consensuelle se cassera les dents sur vos romans expérimentaux et vous le reprochera forcément, par exemple)?

Marilou Aznar 06/03/2014 14:27

C'est déjà dingue que des gens ouvrent le livre, et encore plus qu'ils le lisent.

Alias 06/03/2014 12:43

D'accord dans l'ensemble, notamment sur le fait que beaucoup d'auteurs sont vraiment trop sensibles à la critique. Par contre, je pense qu'il est intéressant de s'y intéresser – sans se mettre en avant – et, le cas échéant, d'y répondre.

Plutôt que de parler de "mensonge organisé", je vois ça plutôt comme un avis personnel, plus ou moins bien argumenté selon les cas. Plus c'est argumenté (ou pertinent), mieux ça vaut, bien entendu, mais je pense sincèrement que ça peut être un excellent outil pour mettre en lumière des forces et des faiblesses.

Et puis j'ai aussi tendance à penser qu'en publiant une critique, son auteur met aussi ses organes génitaux sur la table et qu'une critique est elle aussi critiquable,

argali 05/03/2014 22:49

Je suis d'accord avec vous.
Qui que nous soyons, nous n'aimons pas la critique. Mais qui n'est pas critiqué aujourd'hui ? Les journalistes le sont, les flics le sont, les profs, les ministres... Et ceux-ci sont souvent, pour ne pas dire toujours, critiqués sur leur personne pas sur leur œuvre créatrice, ce qui, à mes yeux, est pire.
Dans le monde d'aujourd'hui, si on ne se blinde pas, on ne va pas loin.
Maintenant, avez-vous tant de critiques négatives que ça, vous, Fabrice Colin ?