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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

soleil exactement

Publié le 24 Août 2014 par F/.

soleil exactement

Elle ne se gêne pas trop ces temps-ci. Ou "il" : au fond, c'est plus approprié. Il entre, balaie la pièce du regard, se laisse tomber sur le canapé, croise les pieds sur la table, un air de vague menace aux lèvres, il porte des bottes. Même pas la peine de dire quelque chose, d'ouvrir un paquet de clopes : on a compris, merci.

La mère d'une amie. Le petit ami d'une amie. La petite-nièce d'une lectrice. Le père d'une autre amie. Le père de quelqu'un qui est plus qu'une amie. Et un autre père encore. Il est là, mains dans les poches, "eh ouais", crache-t-il, "c'est comme ça. Dommage, hein ?" On ne répond pas. On essaie de rester calme, de faire comme si tout était normal ; on n'a pas envie de s'en prendre une.

Cette amie, surtout. Si pleine de classe. Folle, la classe : c'est ce qui revient presque toujours dans la bouche de celles et ceux qui l'ont croisée. Déchirante, aussi : parce qu'elle nous rappelle que nous n'avons que ça à opposer. Et c'est bien peu, la classe, l'élégance, le monde s'en moque, au fond, nous, tout ce qu'on peut faire, c'est admirer, et on sait que, très probablement, on ne sera pas capable de ça le moment venu. Alors ? Ne pas baisser les yeux, c'est tout. Se serrer les uns contre les autres. Ne pas oublier. Oui, c'est un scandale, non, ça ne ressemble pas vraiment à une conclusion logique, ou bien l'une de celles dont on ne percevra le sens que dans un futur lointain, et ça ne ramènera personne.

Je forme une prière, ou quelque nom que vous voudrez bien donner à cette pensée, pour tous ceux que le soleil gêne un peu trop ces temps-ci. Parce qu'on ne comprend pas toujours ce qu'on fabrique ici à essayer de regarder un soleil idiot qui aveugle.

Le Projet Parlez à vos morts suit son cours. Je devais m'en occuper cet été mais je n'ai pas vraiment trouvé l'énergie et il m'a semblé qu'une trêve s'imposait. Mais je vais m'y remettre.

Très belle émission sur les aurores boréales hier sur France Inter, écoutée le long de l'A5 désertée - certainement une rediffusion. Un scientifique parlait du plaisir inouï qu'il avait à s'allonger sur la banquise pour regarder la nuit convulser. Des signes du soleil. Un noyau, des colères de surface, une puissance absolument sans nom. Tout cela, par la suite, se traduisait en des suites d'équations d'une effarante complexité, qu'il n'était pas, de son propre aveu, toujours en mesure d'appréhender. "Parfois, disait-il, je demande de l'aide. Des amis du monde entier qui viennent, on s'assoit, on discute et on trouve des solutions."

Voilà.

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Thibaut 11/09/2014 13:48

Tu m'avais manqué Fabrice.
Et les échanges de commentaires sur l'ancienne version du blog toujours.
Alors j'en écris un. Je pourrais parcourir bon nombre de tes derniers articles et les affubler d'un commentaire sous différents pseudonymes ; ça ferait travailler la stylistique, en espérant vainement que tu ne devines. Mais en vrai ce que j'ai envie de dire aujourd'hui c'est que tu inspires. (et quand on manque pas de souffle, ça délie encore mieux les idées.)

See you.