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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

qui enlève quoi

Publié le 10 Septembre 2014 par F/.

L'Enlèvement de Michel Houellebecq : téléfilm furieusement drôle, bien sûr, mais surtout extrêmement corrosif, en ces temps de rentrée littéraire où tous les auteurs qui en ont les moyens essaient de présenter au photographe leur meilleur profil et de dire ce qu'on attend qu'ils disent : à savoir qu'ils sont de gauche, gentiment space, et pas mal concernés.

Michel Houellebecq, dont on imagine qu'il ne joue pratiquement pas un rôle, est un quasi vieillard édenté, aussi doux avec ses semblables que féroce avec l'humanité. Des gitans l'enlèvent - bon, ce n'est pas très grave : ils sont gentils, le vin est acceptable, la captivité est un peu chiante, mais pas vraiment plus que la vie dehors, qui n'offre que des libertés assez inutiles. Ce qui intéresse notre nonchalant otage, en gros, c'est fumer, picoler et baiser si les circonstances le permettent. Pour le reste, il se contente de peu - une discussion sur Tolkien, un roman quelconque -, et la maison de campagne pourrie dans laquelle ses ravisseurs le détiennent sans trop savoir pourquoi semble répondre parfaitement à ses maigres attentes. A sa façon, la manière d'être de l'écrivain - que cette semi fiction rend bien sûr extrêmement attachant - est un coup porté à toutes les hypocrisies et faux-semblants d'un milieu auquel il n'a jamais appartenu que par défaut, parce qu'il se trouve, hélas, qu'il vend des livres, et beaucoup. Ce que nous dit Houellebecq, c'est qu'il s'en fout, de tout ça, du cirque parisien, du 21e siècle, de la course perdue d'avance à laquelle ses coreligionnaires feignent de prendre plaisir. Paraître beau, paraître sympa, paraître tout court, ça ne l'intéresse pas, ce n'est pas son truc. "Michel" est un mec qui, de son propre aveu, a assez vécu, trouve son inspiration dans les rayons de supermarché et ne ressent aucune envie particulière, si ce n'est celle de passer le temps : l'anti-héros absolu, celui dont notre époque a désespérément besoin sans le savoir, pour la déprendre de cette horrible sensation d'importance qu'elle persiste à se donner.

qui enlève quoi
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Philippe 25/09/2014 13:58

Est si sa non-posture en était justement une, de posture ?... :-)
Beaucoup aimé la confusion systématique Lovecraft/Warcraft sinon, tout du long du film, par le gitan enrobé.