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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

les sacrifiés

Publié le 30 Septembre 2015 par F/.

les sacrifiés

Demain sort chez Belfond l'un des livres les plus terrifiants qu'il m'ait été donné de lire ces dernières années : L'Enfant dans la Tamise, de Richard Hoskins. Terrifiant, d'abord, parce qu'il ne s'agit pas d'un roman mais bien d'une histoire vraie - et l'on sait depuis longtemps que, si la réalité est le meilleur auteur de thrillers qu'on puisse rêver, elle est aussi le plus obstinément pervers. L'histoire ? Le 21 septembre 2001, la Tamise recrache le torse mutilé, et vêtu d'un short rouge orange, d'un jeune garçon noir, rapidement baptisé Adam. Scotland Yard, qui songe fortement à un crime rituel, fait appel à Richard Hoskins, professeur de théologie à l'université de Bath et ci-devant spécialiste des religions tribales d'Afrique. Or, Hoskins, qui a longtemps vécu au Congo, n'est pas enthousiaste du tout à l'idée de se plonger dans cette affaire : elle fait en effet écho à une tragédie intime et dévastatrice qui, dans une autre vie, a précipité son retour d'Afrique. Mais au fond, et on le comprend vite, le malheureux n'a pas le choix. Parce qu'une telle horreur ne peut rester impunie, qu'une telle énigme ne peut rester irrésolue. Et parce que ce drame, et c'est bien là le point le plus sidérant du livre, n'est en aucun cas un fait isolé. A la suite de Hoskins, nous plongeons dans un monde effrayant, sombre et terreux, un monde de magie noire et d'exorcismes troubles, de trafics dégueulasses, de rituels archaïques et barbares dont les ramifications s'avèrent bien plus étendues qu'on pourrait de prime abord l'imaginer. Comme l'enquête qu'il prétend suivre, et qui s'avère bientôt un prétexte pour évoquer un problème autrement large et dérangeant, L'Enfant dans la Tamise est un livre hautement complexe et tortueux, à cheval entre une Europe prétendument innocente et une Afrique que personne ne veut regarder en face (à cet égard, les chapitres consacrés aux bidonvilles de Kinshasa, une terre ravagée par la guerre, la pauvreté, le SIDA, et désormais soumise à la montée en puissance des mouvements revivalistes, constituent une lecture particulièrement dérangeante parce que oui - on pense aux discours aussi hypocrites que désolants de Sarkozy puis de Hollande, qui ne semblent considérer le problème que sous un angle économique, oui : une partie de l'Afrique est restée engluée dans le passé, mais à qui la faute, et de quoi ce passé est-il le nom ?). C'est aussi et surtout, parce qu'il aborde un sujet totalement inconnu en nos riantes contrées et interroge constamment nos préjugés bien-pensants, nos aspirations à un confort moral nourri de manichéisme bon teint, un ouvrage indispensable.

L'Enfant de la Tamise, de Richard Hoskins, traduit par Marie Causse, éditions Belfond, 384 pages, 21 €.

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