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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

le coeur nécessaire (à propos des années sida)

Publié le 8 Juin 2014 par F/.

le coeur nécessaire (à propos des années sida)

The Normal Heart est l'adaptation en téléfilm de la pièce du même nom écrite par Larry Kramer (qui signe aussi le scénario du film) en 1985. Le sujet ? La montée de l'épidémie de SIDA au début des années 80, la tentative de réaction de la communauté gay new-yorkaise et l'apathie dramatique des pouvoirs publics. Larry Kramer, qui a mis beaucoup de lui-même dans le personnage de Ned Weeks, fut l'un des cofondateurs de l'association Gay Men's Health Crisis, dont il fut viré à l'instar de son héros. Il créa par la suite Act Up et, si son style d'action peut prêter à controverse, je le tiens personnellement pour un héros authentique.

Les quadragénaires (et plus) qui me lisent se souviennent peut-être comment ils ont appris l'existence du SIDA, à une époque où on ne savait pas très bien, voire pas du tout, de quoi il s'agissait et où les journaux évoquaient un cancer gay en exhibant des photos de malades squelettiques et défigurés par les taches brunes du sarcome de Kaposi. Pour moi, deux noms signent la prise de conscience : Klaus Nomi et Hervé Guibert. Hélas, la liste est immense, et la maladie préleva un lourd tribut au sein de la communauté intellectuelle occidentale au détour des années 80 (pour vous faire une petite idée, voici une liste non exhaustive de victimes).

The Normal Heart, une production HBO, est un très beau téléfilm, éminemment politique. Nous parlons d'une époque où certaines personnes refusaient de toucher, d'embrasser, de soigner, de transporter ou d'inhumer les malades. Nous parlons d'une époque où nous racontait que, peut-être, le SIDA pouvait s'attraper en embrassant, en se piquant avec une seringue, en recevant des postillons, etc. Jean-Marie Le Pen, qui est toujours en vie, lui, merci bien, préconisait en toute simplicité la création de « sidatoriums » pour isoler les porteurs du VIH. Ah, cette passion pour les camps. Bref. Joué par Mark Ruffalo, Ned Weeks est un homme en colère, et on le comprend. La passivité totale de l'administration Reagan (personne ne sera étonné) et des organismes de santé publique, la timidité, pour ne pas parler de la peur, des associations gay (en gros : les militants avaient peur, en allant trop loin, de se faire encore plus mal voir), ont sans doute été la cause, au moins en creux, d'une kyrielle de décès qui auraient pu et dû être évités. Act Up a été la réponse de Kramer à cette peur. Certains continuent aujourd'hui de penser que c'est une association qui s'en prend mal. La vérité, c'est que la colère semble la seule réponse vitale à cette monstruosité qu'est le SIDA.

Déchirant, The Normal Heart voit monter la fureur de Ned Weeks, en même temps que la courbe des décès, au sein d'une communauté qui commence à peine à s'épanouir et ne veut pas entendre parler de prudence, de renoncement ou même de calme. En France, le débat aura pris d'autres formes, avec Guillaume Dustan et Didier Lestrade, notamment, ainsi que d'innombrables questionnements sur la notion de passivité étatique coupable, d'outing, de contamination volontaire, etc. En jeu, surtout : comment concilier l'exigence de survie avec l'affirmation sans équivoque d'une identité sexuelle. Et aussi, si l'on peut dire : comment en appeler à l'aide publique sans accuser l'état de meurtre. Comme toute œuvre sérieuse, The Normal Heart pose les questions et nous laisse les réponses. 2h10 absolument poignantes et justes.

Rappel à nos jeunes et/ou ignorants lecteurs : le VIH se transmet par voie sexuelle - rapports de pénétration anale ou vaginale non protégés. Si vous couchez avec quelqu'un dont vous ne connaissez pas le statut sérologique, ne vous compliquez pas la vie, et partez du principe qu'il est porteur. Vous êtes responsable de votre santé : vous, et personne d'autre. Le préservatif, n'en déplaise à certains, constitue une protection absolue, à condition de ne pas craquer (mais un préservatif qui craque est quelque chose qui se voit). Si cette tuile vous tombe dessus, vous pouvez bénéficier d'un traitement préventif (PEP) qui réduira considérablement vos risques d'infection en vous rendant dans les 24h aux Urgences les plus proches. Ne racontez pas de conneries à votre médecin si vous avez juste joué à touche-pipi car : 1) c'est un traitement qui coûte cher à la société et 2) vous allez le sentir passer.

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christelle 14/06/2014 12:54

Oui très beau téléfilm je confirme, déchirant même, révoltant. À voir. Je me souviens oui de ces premières images à la télévision de ces corps maigres et tachés. De Freddy Mercury aussi.