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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

tant que ça reste dans la famille

Publié le 11 Juin 2014 par F/.

tant que ça reste dans la famille

On ne mesure pas forcément l'importance du soutien que l'Argentine apporta aux anciens nazis après la guerre. Il ne s'agissait pas de fermer les yeux. Il s'agissait d'accueillir, d'aider, de protéger. A la fin des années 40, selon le chercheur argentin Uki Goñi, le recel de nazis par l’Argentine devint une véritable insititution. Le nouveau gouvernement de Peron désigna une anthropologue antisémite comme Commissaire à l’immigration et un supposé ancien agent de Ribbentrop comme son chef du renseignement. Nombreux, parmi les responsables nazis (et les collaborateurs français) ayant échappé au premier (et en définitive assez lâche) coup de filet, sont les dignitaires qui ont coulé en Argentine des jours heureux, durant des années voire des décennies. Le Médecin de famille, tiré du roman Wakolda de Lucía Puenzo (que je n'ai pas lu / mais je vais le faire), raconte l'histoire d'une famille argentine venue s'installer à Bariloche, au pied des Andes, cœur de la "Suisse argentine". Eva, la mère d'ascendance germanique, rouvre l'hôtel de ses parents sur les bords d'un splendide lac de montagne. Qui sont les Allemands qui habitent ici, travaillent ici, envoient leurs enfants dans des écoles allemandes ? C'est d'abord assez peu clair. Mais parmi eux : un médecin, qui propose à Lilith, leur (petite) fille de 12 ans, de tester un traitement expérimental pour pallier son défaut de croissance, et s'intéresse aussi de très près à la grossesse d'Eva, laquelle attend des jumeaux. La mollesse de la mise en scène et la fadeur relative du scénario, qui joue sur un symbolisme intéressant (le père fabrique des poupées, le bon docteur aimerait investir - il aime beaucoup les poupées, elles sont parfaites) mais trop partiellement exploité à mon goût, ternissent en partie l'intérêt que l'on peut porter au film, sorte de thriller sous anesthésie. Reste que l'histoire, tirée en partie de faits réels, est tout à fait sidérante ; et qui pourrait se risquer à verser dans le baroque et l'outrance pour décrire ce qui, déjà, dépasse l'entendement ? Il faudrait un géant aux épaules d'airain. Il faudrait une colère qui dépasse la colère. Le docteur, dont tout le monde aura sans doute deviné le nom, procède pour sa part avec calme et minutie, comme au bon vieux temps. Il est le Mal absolu, celui devant lequel le Bien se sent idiot et désarmé. "Nombreux étaient ceux qui continuaient de croire en lui, dit le roman, le soutenaient à distance, lui écrivaient des lettres dans lesquelles ils le traitaient en messie." Le fils d'un dieu banal et ricanant, en somme, dont rien ne semble pouvoir satisfaire les terribles appétits.

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Pascale M. 11/06/2014 10:52

J'ai un ami à Bariloche (Hans) qui connaît tout ça de près. L'Argentine et les Nazis, c'est une histoire qui a eu longtemps des échos. A Buenos Aires, dans les années 80, il y avait un restau allemand que je trouvais sympa jusqu'au moment où, descendue au sous-sol pour aller aux toilettes, je suis tombée sur un grand drapeau nazi. En même temps, Buenos Aires est la deuxième ville de la diaspora juive après New York. D'où l'attentat contre le centre culturel hébraïque en 1994.

Pascale M. 11/06/2014 18:11

A partir des années 70, Borges n'était plus trop en Argentine...

F/. 11/06/2014 12:07

Ah merci pour ces éclaircissements, Pascale. Un pays intéressant, donc. Je me demande ce que Borges pensait de tout ça.