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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

droit au coeur (à propos de Autour de moi, de Manuel Candré)

Publié le 29 Juillet 2012 par F/.

Bien sûr, "on" (de chez on-est-un-con) se posera fatalement la question qui tue et ne vous rend pas moins fort : a-t-il vraiment vécu tout ça - et le reste suivra, plus sûrement encore, comme si la douleur était soluble dans une putain de dissert de bac L : la fiction transcende-t-elle le réel, p'pa ? et où donc est née la vague déposant, sur le sable du maintenant, l'écume de souvenirs si intenses ? Gna gna gna - fuck tout ça. Ce qui se déploie tout au long du bien-nommé Autour de moi, tétanisant premier roman de Manuel Candré à paraître dans quelques semaines aux éditions Joëlle Losfeld, c'est bien autre chose qu'une évocation du passé. C'est du sang sur la vitre. C'est la réalité d'une vie brûlée, fragmentée, c'est le contraire, joli paradoxe, de cette pathologie auto-fictionelle dont souffre depuis bien trop longtemps notre littérature en manque de chair, c'est "autour" comme au-dessus, comme partout - un oiseau de proie cherchant le bon moment pour fondre, tuer, et dévorer les restes en prenant bien son temps, en vous regardant droit dans les yeux.

J'ai lu la première version de ce texte il y a un près d'un an. Je ne connaissais pas Manuel alors. Je l'ai lu en voiture, assis à la place du mort, un fichier PDF sur un kindle à la con, des pages en fusion et même pas moyen de les tourner, et je me suis dit, comme un gland : encore un mec qui parle de lui, encore un garçon en colère. Mais j'ai relu le livre depuis et Manuel (devenu un ami) n'est pas en colère : c'est juste un type qui ne tergiverse pas, qui appelle un chat un chat, quand bien même il s'agit d'un chaton, en vrai, écrasé contre un mur. Et ce qui rend ce livre si poignant, ses dernières pages si belles et douloureuses et difficiles à avaler, ce qui fait que vous reposerez cet petit ouvrage rouge coeur en tremblant, c'est sa vérité, le silence autour du cri, l'autre nom du courage.

Les Mystères grecs laissaient parfois leurs initiés exsangues, tout étonnés et presque déçus de vivre après avoir traversé de si aveuglantes ténèbres. Autour de moi vous donne ça : chaque mot comme une balle, mais on sait que vous survivrez, pas vrai ? C'est notre drame, à nous les humains, et c'est ce qui donne les histoires les plus fortes : nous survivons. "Ce que je veux - je le dis là maintenant et après ça je n'y reviendrai plus - ce que je veux c'est qu'on me foute la paix qu'on me laisse me désagréger lentement sur la plage au matin." Raté, mon pote. Un auteur est né.

 

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Poppilita 02/08/2012 17:10

Ca donne bien envie de s'y plonger

lonekin 30/07/2012 09:57

Oui, mais Fabrice, de quoi qu' ça cause, en gros ?