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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

l'art perdu

Publié le 30 Décembre 2013 par F/.

 

Le Masque et la plume est à la littérature ce que Hit machine aurait pu être à la musique si Charly & Lulu avaient invité Kevin Shields ou Bill Callahan entre Britney Spears et Mylène Farmer autour d'un thé à la menthe avec des tronçonneuses à paillettes posées par terre et des posters 3D de Francis Bacon punaisés au mur, soit : une ode au Grand N'Importe Quoi, auréolée d'un très vague parfum de respectabilité parce que, tout de même, ces gens sont journalistes, hein, ils sont allés à l'école. Le problème, si critique littéraire est bien un métier, c'est que l'amour et les convictions entrent également en ligne de compte : en gros, il faut s'intéresser un minimum au sujet. Je veux bien croire que les intervenants du Masque et la plume sont capables d'amour (certains, par exemple, semblent particulièrement goûter les rires du public) et qu'une poignée d'entre eux cultive même quelque conviction susceptible de s'exprimer autrement que par un blinking smiley mais l'impression générale est que, faute de sérieux et de passion, leur légitimité est sensiblement inférieure à celle d'un bibliophile lambda. A vrai dire, j'ai cessé d'écouter ce Grosses têtes des livres lorsque, il y a quelques années, un journaliste a priori rémunéré avec l'argent public s'est vanté de n'avoir pas terminé un roman - ce qui ne l'a certes pas empêché d'en parler, et mal - puis quand, dans la foulée, l'une de ses consœurs surexcitées a apporté en direct, et de façon tout à fait  embarrassante, la preuve qu'elle n'avait rien compris à un autre texte, Lunar Park pour ne pas le nommer (après, si les auteurs commencent à mélanger réalité et fiction, hein, où va le monde). Hier soir, j'ai écouté le podcast de l'émission de dimanche dernier parce que, m'avait-on prévenu, on y parlait de Confiteor. J'étais curieux : un peu comme le type qui accompagne ses gosses au zoo en traînant les pieds histoire de voir si le vieux gnou irascible a enfin rejoint le paradis des ongulés. Oui, je sais, Le Masque et la plume n'est rien d'autre qu'une émission provoc-élitiste que les auditeurs adorent détester mais c'est Noël, non ? et j'espérais tout de même, je ne sais pas, un brin de panache ? Une menue surprise ? Après tout, des gens capables d'expliquer que Christine Angot est un "immense auteur" méritent bien une fraction de notre attention, fût-ce à un rythme annuel. Hélas, hélas ! Qui va me rendre ces douze minutes perdues, désormais ? Certes, Olivia de L. a aimé le livre (autant le dire tout de suite : c'est la seule). Le souci, c'est qu'elle n'a pas été jusqu'au bout parce qu'elle avait une dinde à préparer. (A l'évocation du mot "dinde", puis du mot "fourrer", les critiques mâles s'esclaffent. A tout moment, et comme aucune enclume ne tombe du ciel, on s'attend à voir débarquer Chevallier et Laspales.) C'est un texte "crépusculaire", affirme encore la journaliste de Elle. "Très complexe." Visiblement, elle en a bavé - c'était un très gros livre, ça, madame. Arrive Nelly K., toutes griffes dehors. Le ton change. Roman "trop bien fait", selon la passionaria des Inrocks, plein d'une "virtuosité factice" (je laisse le lecteur s'interroger sur la signification de cette expression. Si j'ai bien compris, c'est quand on vient taper sur l'épaule de Mozart pour lui expliquer qu'il en fait trop. "Garde ton calme, Wolfie.") Nelly ajoute qu'elle a déjà lu ça "cent fois", et en beaucoup mieux. Malheureusement, elle ne donne aucun titre : dommage, ça aurait intéressé les ignares que nous sommes. Michel C. prend la suite, débonnaire. "Il n’y a pas d'univers", balance-t-il, péremptoire. Apparemment, c'est une explication qui se suffit à elle-même. "Virtuosité ennuyeuse", décrète-t-il encore. Franchement, finit-il par avouer, il a préféré Douglas Kennedy. Ah, d'accord : , on comprend. "On a affaire ici à du Umberto Eco refait" est sa conclusion. Je suppose qu'il fait allusion aux Inquisiteurs ? Au côté érudit avec beaucoup de pages ? Je présume que le dernier roman d'Umberto Eco que Michel C. a lu remonte à 1982 ? On n'en saura pas plus. Jean-Louis E., pour finir, n'est "pas allé au bout non plus". Tiens donc. "Manque d’envie", explique-t-il, tel Hubert Bonisseur de La Bath dans le premier OSS 117 quand la princesse lui demande de lui faire l'amour. Selon lui, "l'auteur a joué au génie." Un aveu : on aimerait bien que Jean-Louis E. joue aussi au génie, de temps à autre, jsute pour voir. Il doit bien y avoir un mode d'emploi qui traîne quelque part. "Et puis à un moment, l’Inquisiteur s’engage dans les SS", s'emporte notre homme, déboussolé. (L'autre jour, dans le labyrinthe des glaces d'une fête foraine, un gamin s'énervait tout seul en se cognant partout. Vraiment, je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça.) "L'auteur écrit des conneries exprès, c'est creux, c'est vide." C'est vrai, ça. Cher Jaume Cabré, une suggestion : la prochaine fois, prévoyez des notes de bas de page pour expliquer cette histoire de sauts temporels et de changements de personnes. Vous voyez bien que vous agacez tout le monde avec votre virtuosité factice. A croire que le narrateur est atteint de la maladie d'Alzheimer.

 

 

A l'instar d'un banquet d'Astérix, la recension s'achève sur une salve de bons mots - "vous reprendrez bien un peu de confiteor", ce genre. Ici, le barde, c'est la bande des quatre, le scooby-gang de la médiocrité veule doucement alcoolisée. Pendant qu'une bonne âme s'emploie à bâillonner les philistins, je suggère aux gens ordinaires de retourner lire des livres faussement géniaux ou, à défaut, des critiques rédigées ailleurs que sur une nappe du Café de Flore.

 

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dapi 02/01/2014 15:09

Je souviens de la fois où Arnaud V. a dézingué Mason & Dixon, sous prétexte aussi de "fausse virtuosité" (aarghh). Depuis, le dimanche soir à 20h je fais autre chose.

Pascale Maret 31/12/2013 10:39

Bande de gros paresseux aux neurones en déroute… La virtuosité les gêne ? Pourtant, même quand elle est gratuite ( ce qui n'est pas du tout le cas de "Confiteor", alors que chez certains Américains
du style Nicole Krauss cela sent un peu le cours bien assimilé de creative writing), elle apporte toujours l'immense plaisir d'apprécier le travail bien fait et la maîtrise d'un artiste. (C'est
pourquoi il ne faut pas se moquer de moi quand je me pâme devant une étoile dansant un morceau de bravoure du répertoire, OK ?)