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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

liberté, égalité et l'autre truc, là

Publié le 30 Mai 2011 par F/.

L'ennui est le malheur des gens heureux, écrivait Walpole. Eh bien, je n'ai pas eu le temps d'être malheureux à Epinal. En préambule, certains m'ayant fait savoir qu'être cité dans mon blog les dérangeait, je passerai pudiquement sous silence les moments de jubilation pré-éthylique partagés avec Pascal G. et le fil métaphysique 2h-4h déroulé en compagnie d'Anne F. dans la sombre moiteur d'un hall de Kyriad. Pour le reste, j'ai beaucoup signé, ai-je trouvé, et les conférences étaient toujours aussi ah-ah-youpi-oui-vraiment. Par exemple, je regrette beaucoup d'avoir raté celle où Ayerdhal (du peu que j'en ai compris) a expliqué qu'il allait monter une maison d'édition numérique. Google actualités restant mystérieusement muet sur le sujet, il m'a fallu m'en remettre aux communiqués de presse du ghetto pour en apprendre plus : Selon Ayerdhal, l'auteur n'a plus besoin de la plupart des intervenants de la chaîne du livre (éditeur, diffuseur, distributeur et libraire) qui récupèrent la majeure partie du pourcentage de la vente d'un livre. L'écrivain précise qu'il n'est pas contre le fait de travailler avec un directeur d'ouvrage (editor en anglais), mais certainement plus avec un vendeur de livres (publisher en anglais). Il invite tous les auteurs à stopper les négociations avec les éditeurs classiques pour se tourner vers lui et lutter contre ce système capitaliste de la gestion du droit d'auteur. Yeah, baby ! Et la foule enthousiaste, j'imagine, d'applaudir à tout rompre. Il faut dire que ça fait réfléchir, tout ça. Perso, le capitalisme, c'est comme le nazisme ou les explosions nucléaires : j'ai toujours eu du mal. Et je comprends mieux, désormais, la nature du sentiment d'injustice qui m'envahit chaque que je vois le DG d'Editis ou de Gallimard passer en Rolls Royce devant moi, une pluie de billets de 100 euros mêlée d'un rire sardonique voletant dans son sillage. Hey, pourquoi est-ce que je ne gagnerais pas plein de fric, moi aussi ? Après tout, écrit-on pour autre chose ? Contrairement à la caissière de Simply Market, ou à globalement n'importe quel salarié, je suis aujourd'hui en mesure de me soustraire au joug infâme de l'hydre ultra-libérale et d'augmenter mes revenus tout en restant foncièrement de gauche. Si ce n'est pas la fête, vous avouerez que ça y ressemble. Mort donc aux libraires qui ne vendent pas assez mes livres merveilleux, aux éditeurs qui se permettent de donner leur avis sur mes textes alors que quand même, merde, c'est moi qui bosse, aux diffuseurs qui mènent grand train sur les routes de France et se remplissent la panse à mes frais, mort, par exemple, à l'Atalante, éditeur pointilleux obsédé par le fric ET libraire cynique obnubilé par sa marge, et place au-tout numérique qui vous permettra, bienheureux lecteurs, de voir mes vidéos, d'écouter ma musique, de connaître en live la couleur de mon slip et de mettre des notes à chaque paragraphe pendant que vous serez en train de lire, privilèges dont, très franchement, je n'imagine plus aujourd'hui un instant vous priver. Cependant, attention : il n'est pas impossible que je crée ma propre maison d'édition numérique. Après tout, et même si je l'aime beaucoup, je ne vois pas très bien je donnerais du fric à Ayerdhal sous prétexte qu'il a eu l'idée en premier. Mes textes, qui ne seront pas passés entre les mains suantes d'un éditeur castrateur, et dont aucune fumée de cigare Montecristo ne sera venue ternir le lustre, resplendiront d'une pureté authentique semblable à celle du diamant brut (on appelle ça "le premier jet"). Vous me lirez sur votre Ipad à 600 euros, je penserai à vous au bord de la piscine, il n'y aura pas de gagnant, pas de perdant : seulement des heureux et des hommes libres. Vous ne pouvez pas savoir comme j'ai hâte.

 

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Fr-X G. 30/05/2011 16:08


"Je me demande si ce que fustige Ayerdhal, ce n'est pas un peu plus complexe qu'une simple question de pourcentage." La question du droit d'auteur a déjà été remis en cause pour la musique, on peut
proposer d'autres modèles très difficiles à mettre en place. Il n'empêche qu'aujourd'hui, le prix des e-books est juste hallucinant, et j'ai mis cette idée en avant parce que contrairement à
d'autres idées d'anticipation, elle touche le pouvoir d'achat et l'argent que peut mettre un lecteur tous les mois (enfin tous les ans, 3 à 4 fois, si on suit les études) dans un livre. Et de
pointer du doigt ceux que Fabrice décrit le cigare au bec avec un sentiment qui monte des tripes... Il n'y a pas que l'auteur qui veut en avoir plus, il y a le lecteur qui aimerait parfois donner
plus à l'artisan plutôt qu'aux intermédiaires. Certes, ca menace directement tout un tas d'emplois, mais le progrès veut cela. Et les acteurs du livre qui essuient la crise en différé par rapport à
la musique ne devraient, selon moi, pas refaire la même erreur en essayant de compenser leur crise par une survalorisation de leurs produits. Sinon c'est le piratage pour la musique, et l'absence
de lecteurs pour l'éditeur (déjà que les gens ne lisent plus, s'il faut en plus passer par des méthodes illégales pour l'avoir pas cher, les gens ne feront même pas cet effort, ils iront plutôt
mater un film ou la télé...).

Quand je vois un broché qui sort à 20 euros, ca me rappelle vraiment le prix des CDs avant la montée en flèche du piratage. Et la réponse des majors avait été de monter les cds jusqu'à 25 euros,
sans doute pour gagner autant sur moins d'acheteurs. mauvaise stratégie. Le livre devient très élitiste dans son prix, alors qu'il devrait être un produit de consommation courante, à la manière des
mangas au japon qu'on lit entre autre aux toilettes (grâce à cela, les éditeurs ont su garder chez les consommateurs le goût de lire, même si c'est accompagné d'images).

En cela, j'avais trouvé la démarche d'Ayerdhal légitime et moderne. J'ignore jusqu'où il a été récemment, mais sa première lettre ouverte sur le sujet me semblait plutôt salvatrice. Les majors ont
bien pris de haut tous ceux qui dénigraient leur système bien établi, et ils n'ont pas empêché leur chute pour autant. Le livre sera épargné car il sera toujours un objet autant qu'une oeuvre, mais
son économie sera forcément affectée par le numérique, je crois. Aux acteurs de ce milieu de voir s'il faut mieux essayer de faire renouer les gens avec la lecture ou au contraire taper toujours
plusceux qui n'envisagent pas de ne plus acheter de bouquins, jusqu'à l'explosion.


F/. 31/05/2011 08:55



Vous soulevez plusieurs problèmes intéressants, et le temps me manque hélas pour vous répondre en détails. Mais s'il est une croyance contre laquelle je m'élève, c'est celle selon laquelle
l'ebook va démocratiser la lecture.


Je passe une cinquantaine de jours par dans dans les collèges et les médiathèques, et je suis à peu près certain que les gens qui ne lisent pas ne liront pas plus sur tablette ou sur ipad : pour
des raisons de coût, d'envie et de temps. La lecture a toujours été un loisir plus ou moins élitiste.


Sur le fait que les "majors" du livre seraient bien inspirées de ne pas s'arc-bouter contre une évolution inéluctable, je vous rejoins en grande partie.



Laurent Gidon 30/05/2011 13:32


On peut ne pas vouloir refaire le monde (ni même le faire) sans pour autant rincer à l'ironie ceux qui essayent, même s'ils se trompent. Un argument vaut toujours mieux qu'un étrillage, même s'il
ne met pas les rieurs faciles dans ton camp.
Et la question n'est pas de savoir si le fait que les gens lisent ou non mes livres est rentable dans la logique actuelle, mais de trouver une logique où ça le deviendrait.


F/. 30/05/2011 13:40



J'emploie l'ironie parce que j'aime beaucoup Yal et que je n'ai pas envie d'être méchant, en fait. Ce n'est pas à moi de donner des arguments : c'est à lui. Le système actuel, avec toutes ses
imperfections, me convient globalement, et il convient aussi à Yal, il me semble, quand Le Livre de Poche, pour ne citer que cet éditeur, vend ses livres. Bien sûr, il pourrait gagner plus de
fric. Bien sûr, il y a des gens qui s'en mettent dans les poches au passage. Mais le libraire, l'attaché de presse, l'éditeur, le représentant, il n'est pas payé à rien foutre, et il n'est pas
forcément bien payé, d'ailleurs. Si le système que dénigre Yal s'effondre, tous ces gens seront au chômage. Pas lui. Crois-moi, je n'essaie de faire rire personne.



Laurent Gidon 30/05/2011 13:22


"Mais ça impliquerait qu'on tienne pour acquise l'idée qu'un auteur doive vivre de ses livres."
C'est vrai. Qui donc de nos jour tient pour acquis que l'agriculteur doit vivre de ses récoltes. Ils n'ont qu'à faire comme les auteurs, jardiner à leurs moments perdus et fournir pour des
clopinettes toute la chaîne de l'agroalimentaire. Où avais-je la tête...


F/. 30/05/2011 13:27



Hé, c'est pas moi qui fais le monde. Tu ne peux pas reprocher aux gens de ne pas acheter tes livres - de ne pas acheter de livres en général, disons. Que tu vives ou non de ton art dépend en
grande partie de la loi de l'offre et de la demande. Si on pouvait garantir à tous les gens qui écrivent que, sous prétexte qu'ils aiment ça, ils ont le droit d'en vivre, il est clair qu'il y
aurait plus de livres que de lecteurs.



Fred Boot 30/05/2011 13:13


On en est tous là, mec. C'est contre ça qu'il devrait se battre, toto.


Fred Boot 30/05/2011 13:06


Je me demande ce qu'il aurait fait s'il avait vécu à notre époque... (hein ? Quoi ? L'est pas mort ?)


F/. 30/05/2011 13:09



De toute façon, c'est pas lui qui décide : c'est sa meuf.