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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

une flamme dans la nuit

Publié le 11 Décembre 2013 par F/.

Ce blog dormait. Il se réveille doucement au murmure de la littérature, la vraie, celle qui enflamme. Dans la nuit du 4 au 5 septembre 2005, trois jeunes filles de l'Haÿ-les-Roses (ville où, par ailleurs, j'ai passé quinze ans de ma vie) mettaient le feu à la boîte aux lettres d'un immeuble, causant la mort de dix-huit personnes, une avocate évoquant - évidemment à raison - la terrible distorsion entre les exactions commises et le drame qui s’en est suivi. J'ignore si Carole Zalberg avait ce fait divers en tête lorsqu'elle a écrit Feu pour feu, je suppose que non, mais je n'ai pu m'empêcher d'y penser en lisant son livre, en même que me revenait en mémoire le terrifiant Bêtes sans patrie d'Uzodinma Iweala, paru il y a quelques années aux éditions de l'Olivier et traduit, heureux hasard, par l'un des frères de plume de Carole, Alain Mabanckou. Mais foin de parallèles et de correspondances. Feu pour feu brûle à mesure que les pages se tournent, comme s'il ne pouvait être lu qu'une fois alors que, comme tout grand poème, il mérite des plongées fréquentes et peu à peu sans bouteille - il brûle d'une colère extraordinaire transformée en une compassion plus extraordinaire encore, et qui en fait toute la valeur. C'est le roman-chant d'un exil et d'une chute, auquel une extrême brièveté confère l'incandescence désespérée d'une comète. Il y a eu un avant, une famille, puis un père et une fille - seuls. Il y a eu Terre Noire, le pays de l'amour enfoui, et le passé saccagé, désormais figé dans le refuge sacré de la mémoire. Il y a eu la fuite, les silhouettes, qu'on imagine maigres et très légèrement penchés, à l'image des spectres sombres de Giacometti, et il y a eu la France, une autre vie, avec les souvenirs et les mots pour seuls viatiques. Mais quels mots ! Chacun roule tel un caillou mauvais sous une chaussure trouée, chacun fuse telle une balle dans la nuit et se répercute pareil à l'écho d'un cri, un cri de quoi ? A vous de le vivre, de le laisser vivre en vous, et il faut se taire maintenant, sinon pour dire qu'on rêverait de ligoter Marine Le Pen et consorts sur un fauteuil comme Alex DeLarge dans Orange mécanique pour les forcer à lire ce bréviaire pour nuits trop simples, les noyer sous un déluge d'amour et de douleur, les humaniser enfin, fût-ce à la force d'un brasier sans pareil.

 

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