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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

la vie capitale

Publié le 13 Septembre 2012 par F/.

C'est un roman de "la rentrée littéraire", comme on dit, un monstre de 1760 pages duquel, pour des raisons assez inexplicables mais soulevant toujours les mêmes interrogations déprimantes (y a-t-il une vie hors Galligrasseuil - Actes sud ?), on aura somme toute bien peu parlé. D'ordinaire, l'ambition de tels monuments suffit à attirer sur eux le feu des projecteurs. Pas cette fois. Il faut dire que l'inénarrable branlette au jambon qui ouvre le machin (on ne sait comment l'appeler autrement) de Christine Angot nécessite indubitablement moins d'efforts de lecture. Dans les plis sineux des vieilles capitales, de Sylvie Taussig, troisième roman de la traductrice de Hannah Arendt et Martin Walser paru aux merveilleuses éditions Galaade, mérite en tout cas autre chose que cette paresseuse indifférence. Il s'agit, on l'imagine, d'une histoire impossible à résumer, une histoire écrite dans une langue étrangement neutre, hypnotique, trébuchant parfois entre ses virgules - l'équivalent en mots d'une déambulation hallucinée au coeur d'une ville transformée, plus ou moins, en problème artistique. D'emblée, le vers-titre de Baudelaire nous plonge dans les méandres stratifiés de Paris. Il est question d'un mur noir réveillant de douloureux souvenirs, d'un couple ébranlé, d'attentats à la mosaïque sur fond d'élections municipales, et puis l'histoire prend une ampleur nouvelle, des directions inattendues, la fresque s'étend en temps réel, des personnages s'ajoutent au cortège par rattachements et recoupements naturels - on croise des avocats, des paumés, des artistes, des figures de la vie politique et culturelle, des quidams et des fous, en définitive, dont les destins s'entremêlent en un étourdissant ballet polyphonique, et l'on se surprend à tourner vite les pages et sans fatigue parce que, derrière les lumières, derrière les murs, ce qui rend Paris vivant, ce sont les douleurs des gens et les questions sans réponse. Une comédie humaine passée au tamis de politiques aussi bien globales qu'intimes, donc, et qui s'achève, on le redoutait, en douce apocalypse - le blanc de la nuit virant irrésistiblement au rouge. Dans les plis..., il est important de le préciser, se lit avec aisance et grand plaisir, et ne s'autorise nulle outrance, c'est peut-être là son tort, délaissant les piégeuses forfanteries du style au profit d'une intrigue en tache d'huile incrustée d'éclats poétiques purs. C'est un peu l'équivalent littéraire d'un film choral de huit heures qui ne cherchait rien d'autre, excusez du peu, que circonscrire la vie moderne : il faut un peu de cran pour tenter l'expérience mais la récompense est à la hauteur. "Sous la bâche invisible, les Parisiens mosaïquent." Lèverez-vous le voile ? A signaler : l'ouvrage est proposé en version numérique au prix très intéressant de 9€99 (tiens : le même prix que les 100 pages du dernier Angot), une initiative suffisamment rare pour être signalée.

 

 

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